The Inspector Cluzo, rock du terroir

The Inspector Cluzo aux Eurockéennes de Belfort, juillet 2016 © S. Bozon / AFP

Depuis près de dix ans, les Landais de The Inspector Cluzo prêchent la bonne parole d'un blues rock très funky un peu partout dans le monde. Ils reviennent avec leur dernier album Rockfarmers.

À la suite de leurs voyages, ces adeptes d'une musique à l'ancienne ont décidé de revendiquer pleinement leur identité gasconne et repris une ferme où ils réhabilitent l'élevage traditionnel des oies.

Quand on passe un coup de téléphone ce jour-là afin de convenir d’un rendez-vous, c'est le guitariste et chanteur Laurent Lacrouts qui nous répond directement. Alors que pour n'importe quel groupe, on aurait eu plus de chance de tomber sur un manager, une maison de disque, ou encore un tourneur. The Inspector Cluzo privilégie les circuits de production courts et un rapport aux choses des plus directs. Ils ont bien une solide équipe d'une trentaine de personnes autour d'eux, mais ce genre de détail en dit long sur la philosophie d'un groupe indépendant qui a actuellement le vent en poupe.

Laurent Lacrouts et le batteur Mathieu Jourdain sont des phénomènes, de sacrés musiciens qui prennent à deux la place de cinq ou six personnes. Dans leurs concerts, il n'y a pas de manières ni de bandes pré-enregistrées (ce que l'on voit de plus en plus) qui fournissent aux musiciens l'essentiel de leurs orchestrations. "Les ordinateurs nous servent à regarder les e-mails et à organiser les tournées", lance l'un des membres de The Inspector Cluzo.

Pour eux, c'est très important de construire un spectacle interactif sur scène, qui change en fonction du public. "On ne peut absolument pas être prisonnier de ça, explique Mathieu Jourdain. Ce qu'on déplore, c'est que beaucoup se cachent désormais derrière des bandes, soit parce qu'ils ne savent pas jouer, soit par peur de laisser place à l'imprévu."

Guitare, provocation et rock'n'roll

Pour qui goûte la catharsis d'un bon vieux rock, voir les Cluzo en live, c'est les adopter de suite. À grands coups sur les toms martelés et de riffs de guitares graisseux, ils fabriquent un blues rock dans la lignée de Led Zeppelin ou des White Stripes.

Ce qui fait tout le savoir-faire des deux landais, c'est justement de savoir y apporter d’innombrables nuances. "Il n'y a pas de set list, on ne sait pas exactement ce qu'on va faire. Mais on rit, on pleure, il y a de la tendresse, une explosion, il faut qu'un set passe par toute cette palette d'émotions", constate Laurent Lacrouts. Et d’ajouter : "On allume un peu le public pour capter l'attention, on le taquine aussi."

S'ils jouent souvent la carte de la provocation, les Cluzo ont longtemps arboré le slogan : "Fuck the bassplayer !" Mais le groove naît ici de l'alchimie entre un guitariste au jeu roublard et d'un batteur solidement ancré dans la terre.

"Comme notre musique est assez funky, on nous a souvent dit qu'on n'y arriverait jamais sans bassiste. Mais comme on a relevé le défi, on a fait un petit pied de nez à tout ça", raconte Matthieu Jourdain. La formule a donné son nom à un disque et surtout leur label, mais cette "période est clôturée", puisque nos deux mousquetaires se sont lancés dans une redécouverte de leur identité gasconne.

Rockfarmers, le retour à la terre

Ayant poussé les études scientifiques loin - et donc, loin de la campagne -, Laurent et Mathieu ont opéré un retour à la terre très progressif. "Comme beaucoup de Landais, on faisait le potager et on gavait les canards pour notre consommation personnelle. Mais depuis trois, quatre ans, on s'est lancé dans l'élevage des oies, en faisant l'acquisition d'une ferme qui s'appelle ‘Lou Casse’, ‘Le chêne’ en gascon, détaille Laurent Lacrouts. C'est la conséquence de nos voyages de par le monde, en Chine, en Inde, aux Philippines, où l'on a été choqué par la dérive de l'industrie agroalimentaire et la pollution évidente."

C'est cette histoire que raconte Rockfarmers, le cinquième disque des Cluzo, et le troisième s'intéressant à leur territoire. Chanté tout en anglais, il n'en raconte pas moins ce "passage de témoin avec les anciens" ou l'envie de quitter les rails d'une société qui a cultivé les champs avec des OGM et des pesticides. Ce n'est pas tout à fait un hasard si, plus qu'avant, la fusion funk et rock s'est muée en un rock dépouillé de tout, produit maison. Enregistré sur des bandes à la ferme, l'album a été mixé sur du matériel analogique à Nashville par Vance Powell, un homme de main de Jack White (tête pensante du groupe The White Stripes).

Plébiscités au Japon, leur pays d'adoption, par les festivals rock, les Cluzo passent désormais une saison à parcourir le vaste monde, une autre à la ferme et sur les marchés de la région de Mont-de-Marsan. Profitant à plein de la mondialisation culturelle, ils prennent leur bâton de pèlerin pour prôner un retour à une agriculture remettant en place l'entraide entre les voisins et les méthodes anciennes. On dira qu'ils ont de "bio-jours" qui s'ouvrent devant eux…

 

The Inspector Cluzo, Rockfarmers (Term) 2016. 

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