TransMusicales de Rennes, au son de l’oracle du rock

Fishbach aux TransMusicales 2016. © Bastien Brun

Aux portes de l’hiver, les TransMusicales sont toujours une référence en matière de défrichage musical. Pour une 38e édition qui a réuni 62 000 spectateurs durant le week-end dernier, le festival breton a fait une large place aux artistes français, à l’image de Fishbach, mais aussi à des curiosités venues de toute la planète rock, au sens large.

Il est tard dans la nuit de samedi à dimanche, les basses font vibrer les halls du Parc Expo de Rennes. À cette heure, la fête bat son plein et les TransMusicales se transforment en grosse machine à danser. C’est alors que les ados -ou les post ados, dira-t-on- prennent le contrôle d’un festival où toutes les générations se mélangent allègrement. Les plus grisonnants se souviennent encore du temps où le rendez-vous créé en 1979 pour être le porte-voix de la scène locale se tenait uniquement en centre-ville.

Aujourd’hui, les Trans sont partagées entre quelques salles de la ville (Le Liberté, L’Ubu) et donc, le Parc des expositions, en lisière de Rennes. Les illustres anciens passés par là, les Noir Désir, Portishead, Daft Punk, Sonic Youth, Björk, font l’objet d’une rétrospective pour le 30e anniversaire du magazine les Inrocks.

Mais pour que le rendez-vous breton reste fidèle à lui-même, il continue cependant à changer. Cette année, la principale nouveauté sur la forme était autour de concerts du midi qui ont mixé la cuisine et la musique, à la chapelle Saint-Anne, et de la décoration des lieux. Où l’on a vu des pingouins partout et un calamar géant...

Assez têtus

Sur le fond, la philosophie des Trans n’a pas bougé d’un iota. "On est quand même assez têtus, on creuse toujours le même sillon. On reste fidèle à une histoire, à des idées", remarque Béatrice Macé, la directrice du festival, en charge de la logistique. Ce qu’il faut traduire par une programmation musicale guidée par "la curiosité" et sans têtes d’affiche. Avec ses 3,2 millions d’euros de budget (dont 900 000 € de budget artistique) et ses 62 000 spectateurs, le festival ne figure pas parmi les mastodontes. Mais c’est bien l’un des oracles de la culture rock, au sens large.

Ce qui s’écoute à Rennes se retrouvera très vraisemblablement en bonne place sur l’affiche des saisons à venir, à l’image de la chanteuse Fishbach, qui présentait durant cinq soirs son spectacle au théâtre de l’Aire Libre (lire ci-dessous). Outre une année riche en artistes français, impossible de découvrir ailleurs le dernier groupe de folk-rock finlandais, de la musique électronique venue des quatre coins d’Afrique ou une fanfare allemande reprenant de la house. C’est bien toute la "sono mondiale" 3.0 qui se retrouve ici, et on aurait tort de s’en plaindre.

BCUC aux Transmusicales 2016. © Bastien Brun

Au milieu d’une ribambelle de percussions, les Sud-Africains de BCUC se sont taillé la part du lion. Pendant quelques jours, ces protégés de Jean-Louis Brossard, l’incontournable patron de la programmation des Trans, ont joué partout : dans une prison, dans le métro, à la radio. Leur mélange de styles traditionnels et du son actuel des rues du township de Soweto a communiqué au Hall 8 une sacrée dose d’enthousiasme. Samedi, on sera aussi resté bouche bée devant Super Parquet. Loin d’être flottant, ce groupe auvergnat introduit des instruments comme la cabrette dans son électro de tous les diables.

Ce qu’on aura regretté a contrario ? Que le super groupe de Yuksek ne décolle jamais vraiment. Et puis, que les Groovelets de la Portugaise Marta Ren, côté soul, les Sud-Coréennes de The Barberettes et quelques autres, reprennent par le menu une esthétique sans rien y apporter du tout. Même à l’ancienne, certains sont autrement plus inventifs. Autour d’une chanteuse, Raphaëlle, les Normands de Métro Verlaine ont pris les guitares pour faire un rock psychédélique en français brûlant. "Notre musique, c’est la réponse qu’on peut apporter au sens de la vie, notre manière de nous révolter",  résume son cerveau, Axel. Dans une atmosphère pour le moins électrique, on ne demande pas mieux.

 

Site officiel des TransMusicales de Rennes

Précédée par un certain emballement, Fishbach présentait cinq soirs durant la création de ces TransMusicales au théâtre de l’Aire Libre. La chanteuse française dont la musique pleine de synthétiseurs est tout droit sortie des années 80,  aura donné un beau spectacle. On a donc parlé de son rapport à la scène avec Flora Fischbach – avec un C en plus pour son vrai nom…-, une fille hantée, mais pas si sombre que ça dans la vie de tous les jours.

RFI Musique : Comment se passe une création aux TransMusicales ?
Fishbach
  : (En souriant) Plutôt bien, même si j’ai une petite extinction de voix. C’est très intense. C’est dix jours de résidence, cinq représentations, plus la Générale. C’est aussi nouveau, car avant j’étais toute seule sur scène et maintenant, je suis accompagnée par des musiciens. Il y a aussi un décor, on a tout fait nous-mêmes. Moi, j’ai peint ma guitare, on a fabriqué les meubles pour mettre les synthés...

La scénographie tient une place importante dans votre spectacle. Pourquoi cet aspect théâtral ?
Quand j’étais toute seule, je théâtralisais déjà mon propos, je jouais les personnages de mes chansons. Là, j’ai voulu faire une prolongation de mon âme et inviter les gens chez moi, en créant une chambre dans laquelle on peut se perdre, un endroit duquel on peut aussi sortir.

Cela ressemble à cet endroit chez vous ? Y a-t-il autant d’ombres ?
Oui, je compose beaucoup de chansons dans le grenier chez mes parents. Il y a une fenêtre avec un store. Donc, quand je fume, avec le soleil qui passe à travers, ça m’inspire beaucoup. J’ai donc recréé cet espace sur scène, un espace de confort.

Vous avez aussi une façon de danser très particulière, habitée… 
Je n’ai jamais fait de danse, mais je dois être une danseuse frustrée. Au début, je pensais que je dansais comme un parpaing, mais tout cela est venu assez naturellement. Je ne me contrôle pas trop quand je suis sur scène. C’est quand j’ai vu les premières vidéos de mes concerts que je me suis dit : "Waouh qu’est-ce que je fais là ?" Je ne réalisais pas. Et petit à petit, je me suis mise à appuyer les propos avec mes gestes. Ce que je fais beaucoup aujourd’hui et que j’adore.

Fishbach A ta merci, album à paraitre le 27 janvier 2017