Tamikrest et la ville du désert

Tamikrest. © Sébastien Rieussec

Baptisé Kidal en référence à cette ville du nord du Mali chère aux Touaregs, le quatrième album du groupe Tamikrest est conçu d’abord et avant tout comme un véhicule pour servir la cause de ce peuple saharien, défendue inlassablement entre blues incandescent et rock électrique du désert.

L’image surprend : pas de grands espaces sahariens qui convoqueraient facilement l’imaginaire occidental en quête d’exotisme, sur la pochette du nouvel album de Tamikrest, mais une forêt de poteaux électriques, des murs gris, une vaste rue cabossée arpentée par quelques silhouettes fantomatiques. Et un ciel orange. Ambiance pesante, presqu’apocalyptique, dont se dégage une sorte de blues.

Entre cette représentation visuelle forte et ce qu’expriment les onze chansons du CD, le lien s’avère rapidement évident, sur le plan musical. Si le groupe d’Ousmane Ag Mossa a donné à son quatrième album le nom de Kidal, c’est pour montrer son attachement à cette ville du Mali qui semble logée au cœur d’un paysage lunaire, lorsqu’on la devine sur les vues aériennes. Située à une dizaine heures de piste de Gao, en direction du nord-est, elle reste malaimée par une partie de la population du pays, sans doute parce qu’elle fut un bagne à l’époque de la colonisation puis associée à la violence du régime de Moussa Traoré jusqu’en 1991.

Pour les Touaregs, elle occupe une place emblématique dans leur combat politique, culturel et identitaire, cristallisée par les nombreux soubresauts survenus dans un passé récent, à la fois berceau de leur activisme et symbole de la répression dont ils ont été (souvent) victimes. "Cet album parle de toute la souffrance et des manipulations exercées sur les populations prises en tenailles de toutes parts", dit aussi un des membres du groupe.

Dans les chansons, il est question de soulèvement (Tanakra), d’unité (Mawarniha Tartit), de chemins couverts de brouillard (Manhouy Inerizhan), de la révolution vue comme un devoir (War Tila Eridaran), du sentiment d’être étranger sur sa propre terre (Adoutat Salilagh)… Des textes courts, quelques phrases qui reviennent : la singularité de l’écriture musicale des Tamasheq n’a pas cédé au formatage, tout comme leur blues rock – ou rock blues – hypnotique, cousin proche du registre de Tinariwen.

Sans doute Ousmane et ses acolytes de Tamikrest ont-ils assisté aux "guitares" (concerts, NDR) données par le groupe phare de la musique touarègue dans le petit amphithéâtre de Radio Tisdas, la station locale, lorsque Kidal était devenu sa base de repli.

Tamikrest Kidal (Glitterbeat) 2017

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