Oh! Tiger Mountain / Kid Francescoli, de la planète Marseille

Oh! Tiger Mountain et Kid Francescoli. © Olivier Metzger / Hawaii and Smith

L’un est un crooner rock bondissant, l’autre un musicien romantique qui fait de l’électro pop planante. Repartis chacun de leur côté après la parenthèse du groupe Husbands, les comparses marseillais Kid Francescoli et Oh! Tiger Mountain publient au même moment la suite de leurs aventures. Itinéraires croisés de ces musiciens qui donnent un visage anglo-saxon à la Canebière.

Dans leurs derniers albums respectifs, Oh! Tiger Mountain et Kid Francescoli ont tous deux glissé une seule chanson en français. Pour chacun, elle illustre la façon dont ces musiciens fabriquent leurs morceaux. Chez Kid Francescoli, Les vitrines n’est pas venu au hasard. "C’est la première fois qu’un texte est arrivé avant la musique, raconte-t-il. Il a été écrit par un pote musicien, qui s’appelle David Borras. Je lui avais demandé s’il ne voulait pas écrire en français. Pour moi, l’écriture des textes, c’est toujours insurmontable. Du coup, cela m’a conforté dans cette démarche de faire appel à des paroliers." Au contraire de cette flânerie évanescente, La ville est salle (et tout le monde est malade) sonne pour Oh! Tiger Mountain comme une juxtaposition de slogans, un clin d’œil pour ce chanteur très influencé par les Anglo-Saxons.

Pas aussi reconnu qu’il devrait l’être, Mathieu Poulain, alias Oh! Tiger Mountain, se fraye depuis le début de la décennie un chemin classieux avec sa guitare barytone et sa voix grave. Adolescent à la fin des années 90, le Tigre qui tire son pseudonyme du deuxième album de Brian Eno, Taking Tiger Mountain (1974) et dévore toute la musique, est un crooner de notre époque. Son troisième album très électronique, Altered Man, infusé par une culture encyclopédique, passe par tous les horizons du rock seventies, psychédélique, glam, héroïque… Imaginant volontiers évoluer à la façon de Mark Hollis de Talk Talk, "un songwriter pop parti dans d’autres directions",  il est cette fois-ci "arrivé au bout d’un cycle", travaillant seul sur ce disque. 

Une paire complémentaire

Passionné par l’impact des écrans dans nos vies, ce garçon bavard pose un regard "interrogatif et dubitatif" sur la société connectée. Pas nécessairement geek, il a dû s’intéresser aux nouvelles technologies en faisant sa musique comme un artisan, ayant son propre studio et un label, Microphone Recordings, qui est comme une coopérative d’instruments. Mais dans la vie réelle, ce long personnage est surtout une bête de scène. "Je n’aime pas m’embêter à un concert, j’aime les performeurs, assume l’antistatique. À 14 ans, j’ai vu un chanteur de punk qui se jetait dans la foule, en faisant une performance comme les Cramps, avec le micro dans la bouche et tout. Je me suis dit que je voulais faire comme lui. On peut m’aimer, être agacé, mais je ne veux pas laisser indifférent."

Au sein du groupe Husbands, il occupait beaucoup de place avec sa basse entre Simon Henner, la machine à faire danser du trio rock électro Nasser, et Kid Francescoli. Posé derrière ses machines et sa batterie électronique, le Kid était au contraire comme un soutien solide. Tandis que le Tigre est "l’illuminé" de la bande, Mathieu Hocine serait plutôt le "romantique". Ce n’est pas pour rien que cet inconditionnel de foot a emprunté une partie de son nom à Enzo Francescoli, un attaquant uruguayen très élégant qui fit les beaux jours de l’Olympique de Marseille (OM) au tournant des années 90. La pop électronique de Kid Francescoli est en effet une musique qui a la tête dans les nuages. "On utilise souvent cette expression ou la formule être dans la lune de façon péjorative, mais moi, je l’aime bien. Cela veut dire qu’on flotte au-dessus gens", dit-il simplement.

Le Kid et sa muse

Depuis un séjour de quelques mois à New York, ce musicien a ramené dans ses bagages la chanteuse Julia Minkin, devenue sa muse. D’abord amants, ce qu’ils ont déjà raconté sur un disque, With Julia (2013), le Marseillais "avé l’accent" et la New-Yorkaise désormais installée à Marseille, ont fait évoluer leur relation vers une amitié créatrice. "Ce qui est bien, c’est que les thèmes et les paroles du nouvel album, sont le résultat de deux ans de conversations sur la route", explique Mathieu Hocine. "Pour moi, c’est un peu difficile d’écrire sur un thème qui ne serait pas l’amour. On peut faire cela à l’infini. Je commence souvent avec quelque chose qui vient de notre relation ou de mon expérience, mais je l’exagère, je le change", nuance Julia Minkin, dans un français fluide.

Sur Play me again, Kid Francescoli et Julia imaginent donc une suite à leur tube aérien Blow Up. Leurs chansons planantes évoquent d’assez loin Air et toute cette part cinématographique de la French Touch. Très facile d’accès, les mélodies bleutées sont toutes taillées dans la pop, à l’instar de l’irrésistible Bad Girls ou du sensuel Come Online. "Si tu es sincère au moment où tu crées, tu as l’impression de faire un single à chaque morceau, explique le Kid. Après, c’est le public qui choisit. Quand j’ai trouvé le refrain de ‘The Player’, j’étais trop content, lorsque j’ai mis le refrain de saxophone à la fin ‘It’s Only Music, Baby’, je me suis dit : c’est le meilleur morceau de l’album. C’est quand il y a dix ou onze singles que tu peux sortir un disque." C’est, semble-t-il, la recette qu’éprouvent ces deux Mathieu, deux garçons au cœur de la trentaine qui feraient presque de Marseille une capitale de l’Amérique ou de l’Angleterre. "Why not ?", comme on dit sur le Vieux Port.

Oh! Tiger Mountain Altered Man (Microphone Recordings / Sounds Like Yeah / Pias) 2017
Kid Francescoli Play me again (Microphone Recordings) 2017

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