An Pierlé, l’orgue au bout des doigts

An Pierlé. © CC0/Chris Hakkens

Elle avait fait paraître un premier album autour de l’orgue l’an passé. La Belge An Pierlé signe avec Cluster une suite parfaite à son diptyque. Un brin plus expérimental que son prédécesseur, ce septième disque confirme la grâce d’une songwriter théâtrale, au talent évident.

Cela fait maintenant plus de vingt ans qu’An Pierlé poursuit une carrière discrète dans le paysage des filles qui chantent. Héritière de la britannique Kate Bush, cette belge a construit avec son compagnon et alter ego musical, Koen Gisen, un cocon d’où elle sort régulièrement des albums toujours tenus.  Chantant le plus souvent en anglais, un peu en français parfois, mais quasiment jamais dans son flamand maternel, cette femme enfant nimbe sa musique d’une théâtralité gothique.

Le sombre Cluster ne fait pas exception à cette règle, qui clôt un diptyque où elle est accompagnée par un orgue. L’histoire remonte à 2012, lorsque la chanteuse, nommée compositrice de la ville de Gand donne un concert solo à l’Église Saint-Jacques et s’échappe d’une configuration piano/voix dont elle est coutumière. Avec l’aide de l’organiste des lieux, elle gravera assez de titres pour remplir un album, puis un second.

Les mélodies d'An

En d’autres temps, cela aurait pu être un double album. Mais en paraissant à dix mois d’intervalle sous la forme de deux disques distincts, on ne trouvera rien à redire. Quand Arches jouait le plus sur la grandiloquence de l’instrument liturgique, Cluster se révèle sensiblement plus expérimental (Sovereign, Monkey). Où un saxophone et des cuivres évoquant le rock progressif des années 70 se frayent un chemin au milieu des boîtes à rythmes et des claviers.

Ce qu’on appréciera une fois de plus dans ces huit morceaux qui parlent d’amour contrariés et de grands sentiments, c’est le sens mélodique (Bedroom dust, It’s like), mais aussi la profondeur d’une production jouant sur la voix d’An Pierlé et des deux chanteuses qui l’ont accompagnée dans cette aventure. Au final, Cluster est à ranger au côté des beaux disques de songwriter au féminin. On trouvera aussi dommage que la Belge ne rencontre pas hors de ses frontières le succès fulgurant d’une Agnès Obel, et l’écoute qui va avec.

An Pierlé Cluster (Pias) 2017

Page Facebook d’An Pierlé