Bertrand Cantat, des chansons pour ses partisans ?

"Amor Fati", le nouvel album de Bertrand Cantat. © Barclay

Avec Amor Fati, Bertrand Cantat signe son premier album sous son nom. Mais l’éternel retour de l’ex-chanteur de Noir Désir le renvoie toujours un peu plus à sa condamnation pour le meurtre de sa compagne, l’actrice Marie Trintignant, et à ce qui entoure ce fait divers. L’écoute de cet album relève donc de l’exercice d’équilibriste, d’autant plus que l’artiste y règle ses comptes. 

Le retour dans la lumière de Bertrand Cantat est-il tout à fait possible ? Plus encore que pour ses précédentes apparitions publiques, la sortie du premier album solo de l’ex-chanteur de Noir Désir a soulevé des vagues d’indignations dans la presse et sur les réseaux sociaux. Après la Une des Inrockuptibles pour le moins controversée, c’est une enquête du journal Le Point revenant sur la violence conjugale de l’artiste, condamné à huit ans de prison pour le meurtre de Marie Trintignant, à Vilnius, en 2003, qui a relancé la polémique.

Écouter ce nouveau disque dans un tel contexte relève donc de l’exercice d’équilibriste, d’autant que Bertrand Cantat y règle ses comptes. Que ce soit avec le groupe Detroit, où il racontait toute sa vie de façon cryptée, ou sur des projets parallèles, où l’on pouvait y voir des échos, il s’agissait principalement d’évocations poétiques. Cette fois-ci, l’album, qui n’a pas été envoyé pour écoute aux journalistes avant sa sortie par le label Barclay – chose rarissime-, sonne plutôt comme un chant pour ses partisans. "Ce qui est, est", voilà ce que répond d’avance Bertrand Cantat, citant Nietzsche et son "amour du destin", l’Amor Fati.

Dans cette chanson titre, il enfonce le clou : "Eh toi qu’est-ce que tu sais d’ma vie, qu’est-ce que tu sais d’ma peine / Tu parles, tu causes, tu parades, tu gloses / Et t’as mauvaise haleine on dirait Sue Ellen / Tu fais semblant de savoir, tu racontes des histoires / Bouffon, charlot." Cela polarisera encore le débat sur l’indignité de son propos. Le chanteur continue aussi d’exercer son regard critique sur la société, ce qu’il a toujours fait. Mais que nous disent le pamphlet anti-Brexit, L’Angleterre, ou le constat sur l’époque Aujourd’hui ? S’il a été un porte-parole de la génération altermondialiste au temps de Noir Désir, pas sûr qu’il se fasse encore entendre des cortèges militants.

Musicalement, Amor Fati est un beau disque parce qu’on y retrouve un Bertrand Cantat qui a vieilli, dont la voix demeure incandescente. Le rock nerveux cède le plus souvent la place à des chansons aux tempos lents, où les arrangements électroniques crépusculaires (Sillicon Valley, J’attendrai) serpentent au milieu les guitares. Accompagné par Pascal Humbert et Bruno Green, déjà membres de Detroit, on retrouve de ci, de là, la trompette d’Erik Truffaz. On n’en doutait déjà plus après les premiers épisodes de ce retour sans fin, mais Cantat sait faire des chansons et les incarner.

Ceux qui l’aiment continueront de l’aimer, ceux qui ne comprennent pas qu’il continue de chanter le voueront aux gémonies. L’erreur serait d’en faire, au nom du rock, un héros romantique.

Bertrand Cantat Amor Fati (Barclay) 2017

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