Le rock-folk tunisien de Sabry Mosbah

Sabry Mosbah. © Modjo

À 35 ans, le musicien tunisien, toulousain d’adoption, Sabry Mosbah, fils du chanteur Slah Mosbah, revisite la tradition tunisienne sous des lumières rock dans son premier album Asly.

Il possède une voix rauque, abrasive, terrienne, un chant de reliefs, chargé de couleurs et de la gravité du blues. Sa poésie, en dialecte tunisien, épouse les accents des bendirs, des tambours, les notes en graines d’une guitare folk, les glissendi  d’une fretless, le tout ficelé par une solide énergie rock.

Lui, c’est Sabry Mosbah, grand gaillard flegmatique de 35 ans, Toulousain d’adoption, fils de Slah Mosbah, chanteur incontournable en son pays. Sabry Mosbah, soit l’un des hérauts d’une musique tunisienne, en pleine (r)évolution. Son premier disque, Asly (littéralement "les racines"), conjugue des horizons différents, des frottements et beaucoup de lumières. Un premier chapitre musical qui résume à la perfection son parcours.

Une enfance musicale

Sabry naît et grandit à Tunis, au cœur du Bardo, un quartier "tranquille, résidentiel", où il mène une enfance heureuse, au cœur d’une famille d’artistes. Il raconte : "Je suis né au cœur des sons de mon père : une musique arabe classique, à l’ancienne, avec du oud, de longues introductions de dix minutes et plusieurs gammes qui s’enchaînent. Tout gosse, j’assistais à des répétitions avec ses potes, et je jouais des tambours avec une tasse, dans mon coin. De là est né mon amour pour la musique…"

Tout, pourtant, ne coule pas de source. Lorsque son père lui propose d’intégrer le conservatoire pour forger ses premières gammes, Sabry refuse : "Je ne veux pas faire le même métier que toi", rétorque-t-il. L’enfant s’abreuve d’autres sons, parcourt ses propres pistes musicales – une passion folle pour Michael Jackson et son "art total", qu’il imite en toutes circonstances ; un goût prononcé pour la folk de Ben Harper ou le punk de Green Day. "J’adore le rock. Dès que j’entends les distorsions d’une guitare, j’ai la chair de poule et le cœur qui vibre", confesse-t-il.

Bien vite, la vocation musicale professionnelle le rattrape. En échec scolaire, à 16 ans, Sabry accepte la proposition de son père d’assister ses ingénieurs du son dans son studio : "L’évidence m’a frappé. Je me sentais comme un poisson dans l’eau : c’était ce que je voulais faire de ma vie. J’ai commencé à tapoter des claviers, à gratouiller des accords simples à la guitare. Indirectement, à travers ses collègues, mon père me formait. J’ai tout appris sur le tard, et sur le tas."

Une unité rock

Progressivement, Sabry renoue avec les sons de son pays : "J’ai pris conscience que la musique tunisienne était simple, harmonique, flexible, maniable, que tu pouvais l’arranger à ta guise". Ainsi construit-il une partie de son premier disque : "J’ai repris des chansons tunisiennes séculaires ; j’ai conservé intacte leur mélodie, mais j’ai donné une autre dimension à la suite d’accords !" Surtout, assisté de Sofyann Ben Youssef, pianiste et producteur, l’un des musiciens les plus créatifs de sa génération, Sabry Mosbah confère à la tradition – soufi, malouf, hadhra, mezoued – une unité rock.

Son disque, Asly ("mes racines") se compose de cinq reprises et cinq compositions, écrites par Abdoo Saadaoui. Sur des musiques rugueuses, électrisantes, les textes, en dialecte tunisien, traduits dans le livret, expriment les 1000 visages de la Tunisie : la Tunisie antique, l’exil du pays, la nostalgie, mais aussi des thématiques plus contemporaines – la pauvreté, le chômage, la corruption. Sabry explique : "Je tâche de dénoncer les dysfonctionnements, mais toujours d’une façon détournée, subtile, sans enfoncer les gens. Mon pays s’améliore. Il emprunte le bon chemin !"

Sur celui-ci, Sabry Mosbah apporte sa pierre. Mansit, sa chanson fait déjà office d’hymne, en Tunisie, et lui apparaît comme l’un des ambassadeurs d’une nouvelle voie musicale. "Je pense avoir influencé beaucoup de musiciens qui assument désormais le dialecte tunisien, et n’hésitent pas à reprendre le malouf à la guitare. Personne, auparavant, n’avait songé à emprunter ce chemin. Désormais, nous, Tunisiens, sommes plus libres de nous exprimer : moins de barrières mentales nous entravent, pour composer. Mon pays progresse !"

Ce rôle lui tient particulièrement à cœur. "Aucun artiste tunisien n’est mondialement connu, contrairement aux Marocains, aux Algériens", déplore-t-il. L’heure est peut-être venue, pour Sabry Mosbah et sa génération, d’entamer un nouveau mouvement, qui permettra de placer durablement la musique tunisienne sous les projecteurs… 

Sabry Mosbah Asly (Accords croisés) 2017

Page Facebook de Sabry Mosbah
En concert à Paris à l'Alhambra le 5 février (Festival Au fil des Voix)