Michael Kiwanuka, en tournée sous une bonne étoile

Michael Kiwanuka. © Universal Music Group

Après deux albums plébiscités, Home Again et Love & Hate, le Britannique d'origine ougandaise Michael Kiwanuka s’est lancé dans une tournée mondiale. Son voyage musical prend un tournant différent depuis l’utilisation d’une de ses chansons dans une série américaine. Douceur, authenticité et lyrisme, au rendu intact sur scène.

Nous sommes à Monterey en Californie, Nicole Kidman est au volant de son 4x4, les vagues s’écrasent lourdement contre les falaises, des enfants dansent, le risque de la chute n’est jamais loin, le tout est enveloppé par la voix unique, craquante et rocailleuse de Michael Kiwanuka : "Did you ever want it? Did you want it bad? Oh my. It tears me apart." ("Est-ce que tu le souhaitais ? Le souhaitais-tu vraiment ? Moi, ça me fend le cœur")

Michael Kiwanuka a été le premier surpris en découvrant une chanson de son dernier album au générique d’une série à succès de la chaîne HBO : Big little lies. Puis de chanter plus loin dans Cold Little Heart : "Did you ever notice, I've been ashamed, All my life, I've been playing games…" ("N'as-tu pas remarqué à quel point j'avais honte, toute ma vie je n'ai fait que jouer...") "Maybe this time I can be strong" ("Peut-être que cette-fois je serai fort").

Il en faut peu pour que la carrière d’un musicien bascule. Des passages radio, une présence remarquée à la télévision... Fut un temps, un DJ pouvait même décider de la carrière d’un morceau. Les temps changent, les médias sont dilués et les moyens de lecture volatils. Pour un chanteur "confidentiel" comme Michael Kiwanuka, se retrouver au démarrage d’une série américaine au casting prestigieux s’est avéré être un "instant Eureka", selon le manager de l’artiste. Une exposition efficace, car durant les 7 semaines de la diffusion de la série, le morceau était dans le top 100 des morceaux recherchés sur Shazam, avec un sérieux pic de lecture sur Pandora, le Spotify américain (voir les détails ci-dessous). Le manager de l’artiste d’expliquer à Forbes : "ce genre de choix musical, quand ça fonctionne bien et que ça fait mouche, devient un moment magique où vraiment tout se combine merveilleusement."

Des références allant de Marvin Gaye, Bill Whiters, Terry Callier ou Van Morrison

Pourtant, il y a peu, Michael Kiwanuka confessait au magazine français Télérama : "J'ai failli arrêter la musique, tout m'angoissait." Car même plébiscité par la presse, son premier album n’avait pas réalisé la carrière attendue. Les chansons folk, à la voix douce mais franche, n’avaient pas réussi à atteindre leur public.

Alors c’est peu dire que le chanteur a souffert pour réaliser son deuxième album, cela lui a pris quatre années ! Exigeant ou agacé, toujours est-il que Love & Hate (tout est dans le titre !) est sorti l’année dernière et a été pour les connaisseurs un moment de réconciliation musicale.

La critique lui a d’ailleurs généreusement collé des références allant de Marvin Gaye, Bill Whiters, Terry Callier ou Van Morrison, mais c’est aussi le parolier qui s’impose, soutenu par les sublimes arrangements de son nouveau producteur : Danger Mouse. Résultat : des chansons au format atypique et aux univers enchevêtrés… On parle d’artiste soul, dans la tradition du pur gospel, mais c’est aussi au Pink Floyd de Shine on you crazy diamond qu’ont été comparées les planantes envolées lyriques de Cold Little Heart. Et pourquoi pas ? Sachant qu’il a été bercé jeune par Nirvana, même s’il confesse un véritable déclic musical après avoir entendu Otis Redding. La musique n’a plus de frontière délimitée, en tout cas Michael Kiwanuka sait les franchir aisément.

"Quand je compose un morceau, j’essaie toujours d’imaginer à quelle image ça pourrait correspondre. Le rapport que j’entretiens avec certaines chansons est souvent lié aux films que j’ai vus", explique Michael Kiwanuka à Forbes en citant comme une de ses premières sources d’inspiration le générique d’ouverture de Jackie Brown, de Tarantino, sur le morceau Across 110th Street de Bobby Womack. Et il reconnaît que c’est un argument marketing solide car la télévision "ouvre la porte aux gens comme moi, aux artistes qui n’entrent pas dans un certain moule."

"Ce que c’est qu’être un artiste noir et comment l’oublier, et d’ailleurs peut-on juste l’oublier ?"

Michael Kiwanuka semble aller bien maintenant. Il le chante en restant lucide dans Black Man In A White World : "J’ai trouvé la paix mais je ne suis pas joyeux. Je suis un homme noir dans un monde de Blancs." Cette chanson est sans aucun doute sa prouesse (elle a bénéficié aussi d’un passage dans la série The Get Down). Elle n’est certes pas la plus touchante de l’album, mais demeure la plus bouleversante. Il explique : "qu’il a toujours senti ce souci d’être noir, ce que c’est qu’être un artiste noir et comment l’oublier, et d’ailleurs peut-on juste l’oublier ?"

Alors, il l’a exprimé tout simplement…Un peu comme sur les autres chansons dans lesquelles, il sait, avec la même simplicité, la même justesse, parler des affres du sentiment amoureux, des difficultés d’être heureux ou plus simplement de trouver l'âme sœur. Pour enfin trouver la paix après avoir constaté cruellement ses échecs et ses défaillances ? C’est en tout cas ce qu’il souhaite dans la chanson Love and Hate : "I believe, She won't take me somewhere I'm not supposed to be, You can't steal the things that god has given me, No more pain and no more shame and misery." . ("Je crois, Qu’elle ne m’emmènera pas là où je ne suis pas supposé aller, Tu ne peux me voler ce que Dieu ne m’a pas donné, Plus de douleur, ni de honte, ni de misère…")

Michael Kiwanuka Love & Hate (Polydor) 2016
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