Lescop, toujours être ailleurs

Lescop en concert
Francofolies de La Rochelle 2012 © Bastien Brun

Lescop, chanteur du groupe de rock Asyl, démarre sa carrière solo et révèle dans ses chansons pop noires, un artiste dansant et cultivé. Il était l’une des découvertes des dernières Francofolies de La Rochelle.

La mer s’est retirée et a laissé derrière elle les Francofolies de La Rochelle. Le long de la plage, à l’écart de la ville, la salle du Casino est prise par le noir et les lumières blanches. Lescop arrive sur scène. Les mots sont directs. Il balance son micro d’avant en arrière. Mathieu Lescop est le chanteur du groupe Asyl – "le meilleur groupe de rock français", selon lui - Aujourd’hui, il part sur de nouvelles autoroutes. "Je ne me pose pas la question de savoir où en est Asyl. Qu’on joue ou pas, pour moi, ça reste la même chose. De toute façon, ce sont mes frangins, mes amis, mes potes, c’est tout. Les deux frères ont leur groupe, Fantastic Nobody, et moi, je suis en train de faire mon album solo. Asyl, c’est l’histoire d’un groupe de lycéens de La Rochelle. Au début, tout le monde se fout de ta gueule, on te dit que tu n’arriveras à rien. Et puis, tu fais le tour de l’Europe, tu passes à la télé, tu voyages partout, même aux Etats-Unis."

Le squelette des chansons

Lescop, 33 ans, est au premier jour de sa carrière solo. A La Rochelle, dimanche 15 juillet, il joue le temps que les Francofolies réservent aux découvertes - 40 minutes-. Le concert ne laisse donc pas de place aux fioritures, il s’agit d’une montée simple mais efficace. Temps n°1 : mise en place du décor, des grandes villes côté sombre, un peu de rouge. Temps n°2 : la basse apporte de la chaleur à cette photographie clinique. Temps n°3 : "Vous voulez danser ?" La guitare, son aigu, claque dans l’obscurité. Le groupe à trois sur scène, chant, guitare, basse, s’accompagne d’une boîte à rythme. Lescop chante et danse. "Lorsque j’écris, je veux toujours garder un squelette à mes chansons. Sur l’album, il y a plusieurs couches et sous-couches, mais j’aime bien garder une base simple." La musique de Lescop ressemble à celle de Manchester au début des années 80, c’est de la new-wave avec des textes répétitifs. Une référence évidente : Joy Division et son chanteur, Ian Curtis.

D’abord froid, Lescop révèle dans sa présence peu bavarde comme dans ses paroles, un tout autre visage. Alors qu’on le pensait aimant le noir et blanc, il apprécie volontiers les nuances de couleur : "Dans la vie, je n’aime pas les choses binaires – je ne parle pas de la musique-. A chaque fois, j’essaye de faire en sorte que les choses s’imbriquent, comme un peintre qui rajoute du rouge et du bleu pour équilibrer son tableau. Quand tu regardes un tableau de Jérôme Bosch, boom, ça éclate : je crois que la musique, comme la peinture, c’est pareil."

Les morceaux de Lescop sont faits pour danser et ce côté aérien fait l’intérêt de son premier EP, intitulé Lescop. Pas seulement dansant, pas tout à fait rock, pas exclusivement new-wave… Il faut écouter ses textes pour se rendre compte que Mathieu Lescop est cultivé. Il a construit sa culture à partir du choc produit par un disque d’Eddie Cochran et il nourrit l’ambition "d’aller toujours ailleurs". La preuve ? Pour composer ses nouvelles chansons de pop noire, Lescop a d’abord évité les guitares rock, avant de les rajouter et de les laisser vivre sur scène.      

Lescop EP Lescop (Mercury) 2012
Mypace de Lescop