Les Francos de Spa à la folie

Maurane
Francofolies de Spa 2012 © Marie-Catherine Mardi

Les Francofolies de Spa viennent de se dérouler en Belgique du 18 au 22 juillet, fermant la marche après celles de Montréal et de La Rochelle. Pour leur 19e édition, le public était au rendez-vous et le soleil, s’il s’est laissé désirer et qu’on n’y croyait plus, aussi.

Cinq jours durant, sur 8 scènes, dont deux en accès libre, plus 6 "bars en folie", se sont succédé pas moins de 155 artistes, d’origine belge, québécoise ou française, plus quelques autres dont un outsider de taille, Hugh Laurie, invité pour l’occasion.

Une juxtaposition d’univers divers et variés, allant de la chanson au hardcore en passant par les musiques électroniques ou du monde. Tout un programme qui s’apparente à une fête de la musique géante qui s’étendrait sur presque une semaine, envahissant rues et jardins.

Dès le coup d’envoi, le mélange des genres était à l’honneur. Ainsi, on pouvait profiter des concerts chanson de Lescop, Vincent Liben ou Ours, et aller se déchaîner entre-deux aux sons endiablés de Skip the Use qui a littéralement enflammé un public déjà bien préparé par la performance surprenante de Experimental Tropic Blues Band, le groupe de hardcore belge qui monte, produit par Jon Spencer. Et selon les préférences de chacun, terminer la soirée en allant écouter Shaka Ponk ou Barbara Carlotti.

Le lendemain, la pop reprenait ses droits par intermittence. Après que Carmen Maria Vega ait secoué le public avec son répertoire néo-réaliste à tendance punk, le concert de Jali rassemblait la foule la plus dense depuis le début du festival, tombant à pic pour réchauffer l’atmosphère alors que le ciel commençait à se couvrir. Dans le même temps, Benoît Dorémus séduisait un autre public avec son répertoire plus intime. Puis l’on découvrait le swing des Bruxellois de Balimurphy avant de faire un choix entre le concert tout sourire de La Grande Sophie et l’ambiance feutrée dont L a le secret, même en extérieur. Qu’importe, puisque l’un des avantages de Spa est que l’on puisse presque tout voir, le site étant à taille humaine.

Un festival accessible à tous.

Ce n’est pas la seule particularité de ce beau festival. Force est de constater que tout est fait pour y accueillir le public dans les meilleures conditions possibles, et ce sans discrimination. Car en plus de l’ambiance familiale qui s’en dégage (on y croise des gens de toutes générations, les enfants y ont leur place autant que les plus âgés, car il est possible de s’asseoir et de protéger les oreilles des plus sensibles), une des particularités est l’accessibilité du site pour les personnes à mobilité réduite, au-delà de tout ce dont on a l’habitude ailleurs. Et si on ne compte pas les rampes ou les chemins d’accès pour les fauteuils roulant, on est obligé de remarquer une autre exception de taille : un certain nombre de concerts sont traduits en simultané en langage des signes pour les malentendants.

Quand ce n’est pas le cas, certains artistes font tellement le show que le visuel vaut le déplacement à lui tout seul. Ainsi, Julien Doré, pour sa première participation à l’évènement, a communiqué à un public curieux et conquis son énergie à toute épreuve du haut de son look christique.

Les Bars en folie étant quant à eux libres de droits d’entrée, le plus grand nombre a pu y découvrir, dans le cadre des Québécofolies, la prometteuse scène canadienne francophone lors des concerts de Lisa LeBlanc, Bernard Adamus, Jimmy Hunt ou Daniel Léger entre autres, qui y ont eu lieu toute la semaine.

De la fête nationale à la fête tout court.

Dès le troisième jour, et avec l’arrivée du week-end, c’est bel et bien la fête qui a envahi la rue autant que la grande scène Pierre- Rapsat. Après une après-midi bercée au son de l’indie-folk à quatre voix de Dan San, les Syd Matters belges, au cœur du Village Francofou, on dansait au concert de Charlie Winston, mais surtout à celui de Selah Sue, qui quelques heures auparavant faisait une apparition surprise et remarquée au sein de son ancien groupe AKS.

Le lendemain était jour de fête nationale. Beverly Jo Scott, belge d’adoption, offrait un sacré moment de rock’n roll, chauffant les planches pour Cali tant et si bien que le concert de ce dernier, noir de monde, était quasi-inaccessible.

Puis Maurane, la grande enfant du pays, est venue partager dans le cadre intime et raffiné du Théâtre du Centre culturel les plus beaux titres de Fais-moi une fleur, son dernier album en date, accompagnée entre autres du guitariste Louis Winsberg. La chanteuse était heureuse d’être là et cela se voyait ! Généreuse en anecdotes et autres petites histoires, pleine d’humour, revisitant son Prélude de Bach ou Armstrong de Nougaro, faisant danser une salle entière sur Toutes les mamas avant de revenir entonner a capella Les Uns contre les autres, l’une des perles de Starmania, en chœur avec tout le public, très ému.

Beaucoup d’émotion également en cette même salle le dernier jour, pour un spectacle joué à guichets fermés : William Sheller a subjugué, seul au piano, une assistance qui l’a rappelé pas moins de quatre fois sur scène. Une jolie parenthèse réservée à quelques privilégiés certes, mais qui n’étaient pas en reste puisqu’au même moment avaient lieu à la fois les concerts d’Emily Loizeau et de Catherine Ringer.

En guise d’au-revoir, tout le monde s’est retrouvé pour l’incroyable showde clôture de Jean-Louis Aubert, toutes guitares à fond, son camarade Kolinka à la batterie, une pêche d’enfer sur scène, et autant dans la foule reprenant tous les morceaux à tue-tête, de son répertoire solo à Téléphone.

L’année prochaine sera la 20e édition des Francofolies de Spa. Elles nous réserveront sans doute à cette occasion de belles surprises. On ne sait pas encore lesquelles, mais on a hâte d’y être.
 
Site des Francofolies de Spa