Avec pas d’casque, une certaine mélancolie

Avec pas d'casque
Stéphane Lafleur sur la scène du festival d'été de québec 2012 © Marie-hélène Mello

Tant dans les petites salles que sur les grandes scènes extérieures, comme celle occupée récemment au Festival d’été de Québec, le groupe québécois Avec pas d’casque invite à découvrir des textes évocateurs déposés sur de magnifiques ballades folk-country.

Gare à ceux qui se laisseraient influencer par le nom de la formation du musicien et cinéaste québécois Stéphane Lafleur : Avec pas d’casque n’est pas un projet humoristique, malgré son plaisir évident à jouer avec les mots. Dans Astronomie, paru au printemps dernier, le quatuor offre à quelques exceptions près des chansons intimistes assez mélancoliques. Et, chaque fois qu’il monte sur scène, le public semble absorber de façon quasi paranormale les paroles écrites et chantées par Lafleur.

C’est exactement ce qui s’est produit au Parc de la Francophonie, où le groupe jouait le 10 juillet dernier, en introduction d’une soirée du Festival d’été de Québec programmée par le chanteur et pianiste Patrick Watson. Pendant le (trop) bref spectacle d’Avec pas d’casque, les milliers de festivaliers rassemblés sur l’herbe ont écouté avec autant d’attention les douces chansons Intuition #1 et Talent que la plus enjouée La journée qui s’en vient est flambant neuve. La seule interruption du concert, qui a d’ailleurs fait plaisanter Lafleur, ne provenait pas des spectateurs, mais bien du bruit tonitruant de motocyclettes au loin, dans la ville en fête. Il a pris une petite pause avec de reprendre Deux colleys où il l’avait laissée, devant un public toujours aussi réceptif, jusqu’au fin fond du parc. Magie.

"À nos débuts, nous ne nous permettions pas de moments réellement calmes en spectacle", se souvient le compositeur et guitariste. "Au contraire, nous avions plutôt tendance à crier ! Mais les shows nous ont permis de réaliser qu’il y avait une écoute très attentive. J’ai eu envie d’explorer cette avenue." Les chansons folk-country du dernier album s’écoutent en effet plus calmement que celles de Dans la nature jusqu’au cou et Trois chaudières de sang, les précédents opus. Et elles dévoilent de nombreux bijoux qui, autrement, passeraient peut-être inaperçus.

Comme c’était le cas avec L’amour passe à travers le linge, ce joli tube qui a élargi le bassin de fans d’Avec pas d’casque en 2008, le troisième opus contient son lot d’images fortes et de métaphores inusitées : "J’ai la patience d’une file d’attente", "Le soleil me crache au visage / Des bâtons de lumière", "Toi tu as ce talent / Pourvoir des formes dans le bois de mer / Des animaux / Ou des béciques à gaz" . "Une amie a décrit ce que je fais comme ceci : 'tu dis des choses absurdes, mais de façon sérieuse'. Je pense que ça résume assez bien !" C’est peut-être là que réside ce petit côté qui fait parfois sourire, même quand l’histoire est triste.

"Sur les 18 chansons que nous avions au départ, seules 9 ont été choisies", raconte le compositeur. "Même si, de nos jours, on consomme surtout la musique à l’unité, j’écoute encore des albums complets chez moi. C’est important pour moi de faire les bons choix en fonction d’une ambiance, d’une courbe… " Pari tenu : Astronomie convie à un riche voyage qui se clôt en beauté avec Les oiseaux faussent aussi. Le tout est habillé avec simplicité par des guitares, des cuivres, du vibraphone, des synthétiseurs, de la batterie et… du gazou.

Mais ceux qui ne comprennent pas les paroles peuvent-il quand même aimer Avec pas d’casque ? "Quand j’étais petit, j’écoutais Beat it à plein volume et je ne comprenais rien. Quand j’ai demandé à mon père de traduire, ça m’a beaucoup déçu !", conclut Lafleur en riant.

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