Luc Arbogast, le télé-crochet… et les autres

Luc Arbogast, le télé-crochet… et les autres
Luc Arbogast © DR

Il s’appelle Luc Arbogast et avec son univers librement adapté de la tradition médiévale, ce candidat à l’émission The Voice a été l’un des succès inattendus de cet été en France. Au moment où la dernière promotion des télé-crochets arrive sur le devant de la scène, petite revue inventaire.

Il demande chaleureusement votre prénom avant de commencer l’entretien et se dit "très heureux" de ce qui lui arrive. Luc Arbogast affiche sa joie d’être l’un des chanteurs les plus écoutés du moment en France et la surprise de celui qui ne s’attendait pas à tout ce bruit. Sorti en plein milieu d’un été blanc et sec, Odysseus, son sixième album, s’est offert le luxe de déloger pour un temps Daft Punk en tête des charts français et d’être rapidement couronné disque de platine : 100 000 exemplaires vendus. En quelques semaines, ce chanteur de rue s’est retrouvé pris dans un tourbillon médiatique au point de ne plus pouvoir se produire en public sans signer "des centaines de papiers".

Pour comprendre ce phénomène, il faut remonter plusieurs mois auparavant, lorsque son apparition dans la deuxième saison de The Voice a étonné tout le monde, jurés de l’émission compris. Le bonhomme massif avec ses grelots au niveau des chevilles, ses habits d’un autre temps et son bouzouki irlandais, interprétait l’une de ses compositions et contrastait singulièrement avec ce que l’on attendait du télé-crochet. Il explique au sujet de sa sortie prématurée de The Voice à l’issue de la première grande émission (le prime time) : "Je suis venu pour faire connaître mon univers et je suis ravi de cette belle sortie. Si j’avais dû avancer plus, j’aurais sans doute été obligé de faire plus de concessions. Ce parcours m’a permis de rester intègre."
 
Des instruments traditionnels
 
L’ancien troubadour qui avait "il n’y a pas si longtemps que ça une crête sur la tête" et jouait sur le parvis des cathédrales, ne se prévaut d’aucune orthodoxie en ce qui concerne sa voix haut perchée et la musique traditionnelle : "Je fais une musique basée sur la tradition médiévale avec des instruments traditionnels comme le shofar (instrument à vent, ndla), ou le laud (instrument à cordes), mais je privilégie l’émotion. Ma musique est moderne avec même des boucles électroniques, je n’ai pas la prétention de faire de la chanson médiévale, il y a d’excellentes compagnies de reconstitution historique qui sont spécialisées dans ce domaine." Luc Arbogast cite plutôt en modèle le folk traditionnel d’Ange et de Malicorne, l’influence sur lui de groupes de punk comme La Souris Déglinguée, du métal héroïque et des jeux de rôles.
 
Premier disque produit après son passage dans l’émission The Voice, Odysseus a été selon le chanteur réalisé avec "la même éthique que ses cinq albums autoproduits" : il compte deux chants traditionnels médiévaux et une reprise du Mad World de Tears for Fears. S’il s’excuse "noyer le poisson" dès qu’il s’agit d’évoquer les discussions qui ont débouché sur sa signature avec le label Mercury – maison de disque des candidats à The Voice et filiale du géant du disque Universal – Luc Arbogast se montre autrement plus bavard concernant une musique médiévale "qui n’a rien de belliqueux et n’est qu’amour". Il veut désormais amener son univers, mûri durant 18 ans et plus de 800 concerts, dans les amphithéâtres romains et s’interroge : "Changer ? Certainement pas ! Pour quoi faire ? La preuve : ça marche beaucoup mieux quand on ne se déguise pas, qu’on est juste soi-même."
 
Des albums de reprises trop lisses
Le musicien sera-t-il la curiosité d’un moment ? Parviendra-t-il comme il l’ambitionne, à amener la musique traditionnelle vers le grand public, à l’image des bretons Alan Stivell ou Dan Ar Braz ? Pourra-t-il faire oublier à l’instar d’Olivia Ruiz ou Elodie Frégé, son passage par un télé-crochet et construire une autre carrière ? Précédant de peu le succès surprise de Luc Arbogast, deux autres candidats des télé-crochets, Olympe et Sophie-Tith, ont fait leur apparition dans les bacs avec un autre exercice, plus convenu celui-là : l’album de reprises.
 
Tandis que le premier, chouchou du public de la dernière édition de The Voice, proposait un EP de huit chansons sans relief reprenant largement son parcours entre variété française et pop anglo-saxonne, la jeune gagnante de Nouvelle Star, Sophie-Tith, optait pour un disque plus osé, toutes proportions gardées cependant. Dans ce dernier, une appropriation de Pauline Croze se frotte à une lecture littérale d’Emilie Simon ou au méconnu Chat du café des artistes, déjà passé à la moulinette pop par Charlotte Gainsbourg. Si la lycéenne de 16 ans, prise sous son aile par Sinclair, est assurément talentueuse, les reprises beaucoup trop timides de ces Premières rencontres ne sont manifestement pas destinées à laisser une trace à la postérité et disons-le tout net, c’est tant mieux.
 
Comme dans le télé-crochet dont elle est issue, Sophie-Tith devra s’émanciper et trouver son propre rôle ; elle a la vie devant elle pour transformer ses chansons en disque de platine.
 
 
Luc Arbogast, Odysseus (Mercury / Universal) 2013
Sophie-Tith, Premières rencontres (Polydor) 2013
Olympe, Olympe (Mercury / Universal) 2013