La créolité blues de Carlton Rara

La créolité blues de Carlton Rara
© Nicolas Lelièvre

Imprégné de l’esprit du blues, nourri par ses souvenirs des grands jazzmen qu’il côtoyait et qui le faisaient rêver, le chanteur franco-haïtien Carlton Rara conjugue racines et influences sur son deuxième album intitulé Home.

Se sentir chez soi, pour Carlton Rara, est fonction de paramètres qui ne relèvent guère de la localisation géographique. Derrière Home, le titre de son nouvel album, nulle trace d’un quelconque retour aux sources en terre haïtienne ou d’un voyage mémoriel sur les pas des bluesmen américains. L’explication réside ailleurs, dans cette “diversité de couleurs, d’univers” qu’il a réunis sur le CD et qui lui donne l’impression d’être à la maison : du blues, dans son expression la plus pure avec la voix qui sied à l’exercice ; des rythmes traditionnels d’Haïti frappés sur les percussions ; des accents reggae, rappel direct de l’époque Catch A Fire de Bob Marley.

La voix posée, calme de Carlton laisse deviner cette même réflexion qui a guidé son parcours de musicien. “Ne te produis pas prématurément. Lorsque tu viendras devant les gens, c’est que tu auras atteint à tes propres yeux un certain niveau”, s’est-il souvent répété, avec cette exigence de ceux qui ont eu le loisir de voir, d’écouter, d’observer de près “les plus grands”.

Références
 
A Tarbes, dans le sud-ouest de la France, son père travaillait dans une salle de spectacle. Ça veut dire aller chercher Dizzy Gillespie à l’aéroport et l’amener avec sa trompette sous le bras pour qu’il vienne faire le festival de jazz. Ça veut dire voir Art Blakey, manger un sandwich à côté de Lionel Hampton”, raconte le Franco-Haïtien. Ces moments ont rempli, selon lui, le rôle d’une “véritable école de musique”,fournissant des exemples, références à suivre pour “bien faire”.
La notion de proximité avec ces artistes va même parfois plus loin : durant son enfance, quand il entend l’Américain Al Jarreau chanter, il pense que c’est lui, Carl, animé par le sentiment “presqu’animal” que c’est ce qu’il veut faire. Le jeune adolescent cède d’abord à l’appel des percussions. Chaque séjour en Haïti auprès de sa famille maternelle lui fait prendre conscience de l’importance de plonger de façon volontaire dans ce “pays tout le temps en bouillonnement, en perturbation de tous genres”, afin d’accepter mais surtout de s’approprier ses origines. “Que vous le vouliez ou non, ça finit par rejaillir sur ce que vous faites”, constate-t-il.
 
Famille artistique
Présent sur le circuit depuis maintenant une dizaine d’années, Carlton Rara a trouvé des acolytes pour l’accompagner sur scène et en studio. L’équipe de musiciens (dont deux Malgaches) à ses côtés sur Home est la même que celle qui avait participé à Peyi Blue, paru en 2009. Pourtant, c’est en solo qu’il avait fait ses débuts internationaux en 2003 en Afrique du Sud, avant de s’associer au guitariste guadeloupéen Serge Tamas à partir de 2005.
Son approche pluridisciplinaire l’entraîne aussi dans des projets artistiques davantage centrés sur les mots. Ceux de son frère aîné, Guy Viarre, dont les œuvres suscitent de plus en plus d’intérêt. “Je le considérai plus que comme un jumeau : comme un siamois. Comme si on faisait un peu partie du même corps. Moi, une partie plus musicale. Lui, l’écrivain qu’on sait”, livrait-il dans une émission de radio que France Culture consacrait au poète disparu en 2001 à trente ans. Dans ses albums, Carlton n’écrit ses paroles qu’en anglais ou en créole. Pour des raisons d’influences, et de difficultés à chanter en français son répertoire, assure-t-il. A moins qu’il soit, là aussi, question d’auteurs de référence ?
Carlton Rara Home (Aztec) 2012
En concert le 16 juin au Tamanoir à Gennevilliers