Catherine Ringer à nouveau sur le ring

Catherine Ringer à nouveau sur le ring
© r.corlouer

Pour son premier album solo après la disparition de son compagnon Fred Chichin, en 2007, Catherine Ringer, moitié des Rita Mitsouko, remonte sur le ring de la chanson pour Ring n’Roll, un disque brut, rugueux, ouvert sur son âme et ses sentiments.

Lyrique : tel s’impose Ring n’Roll, le premier album solo de Catherine Ringer. Lyrique, d’abord, parce que la moitié des Rita Mitsouko donne de sa voix généreuse, s’envole dans les aigus comme un pinson, roucoule, explore les profondeurs de la tristesse, rugit d’amour, exulte la colère, livre du blues, l’âme à nue, tout un spectacle...

Lyrique, surtout, car la diva s’y dévoile sans fard, avec des sentiments à peine voilés, crus, à mains ouvertes : face au miroir, la môme Ringer se regarde seule, sans ce double, cet amoureux avec qui elle a partagé la scène et sa vie pendant 28 ans, le père de ses trois enfants. En novembre 2007, Fred Chichin s’éteint des suites d’un cancer foudroyant, en pleine tournée pour l’album Variéty. Et parce qu’il lui fait promettre, Catherine continue la tournée sans lui, avec ce sous-titre, "chante les Rita Mitsouko" : une manière de partager le deuil avec le public.
S’ensuivent alors les projets, tels ses collaborations aux films Liberté (Tony Gatlif) ou Adèle Blanc-Sec (Luc Besson), et l’enregistrement d’un album hommage à Nino Rota. Puis Catherine se tait. Elle qui croit en cet adage napolitain, "Qui ne chante pas ne va pas bien", a cessé de siffloter, de pousser la mélodie, toujours et partout : un mutisme, dont la sortira Mark Plati, producteur du dernier album des Rita.
Dix jours de squat chez Madame en juillet 2008, redonneront à "La Ringer" le goût d’écrire. Dans une solitude nouvelle, elle construit des chansons, avec la discipline, la précision et le métier, hérités de Fred, unis à son propre goût de la folie et de la démesure. Comme elle veut un album qui se danse, elle fait appel aux services de la rappeuse Missy Elliott, alors prise par d’autres engagements. Ce sera finalement RZA, du Wu-Tang Clan, qui arrangera ses chansons à Los Angeles, avant que Catherine ne vire 80% de ses réalisations, et ne retourne voir Plati.
Catherine à facettes multiples
Que dire, alors, de cet album ? Qu’il surprend. A la première, comme à la dixième écoute, cette sorte de poème élégiaque et foutraque, se dévoile épineux, problématique, corrosif, un peu brut, tissé de matières différentes, globalement inégal... On ne saurait par quel bout le prendre, et c’est peu dire qu’il s’apprivoise difficilement.
Ici, peu de tubes, mais une Catherine à facettes multiples, de soie et de rage, de tendresse et d’élans. Qu’elle grogne sa hargne contre les couleurs et les affres de la création (Punk 103), qu’elle s’interroge sur une expression convenue et philosophique du vocabulaire (Pardon),  qu’elle ouvre grand les fenêtres sur l’amour et la reproduction (Vive l’amour) ou clame le musette d’une Piaf déglinguée (Rendez-vous), elle construit un puzzle de poésie surréaliste, absurde, minimaliste, électro, rock... touchante, bien sûr, comme dans son Got it sweet, où elle groove comme personne, se transforme en blues woman à cœur perdu.
Mais surtout, il y a cette perle, qui illumine l’album, ce Mahler : sur l’admirable adagietto de la Symphonie N°5 du compositeur viennois, Catherine Ringer déroule l’hommage et le cri d’amour à son homme disparu. Du murmure vibrant au chant passionné, elle rappelle qu’elle aurait pu être cantatrice classique, si son goût de l’éclectisme et du rock'n’roll ne l’avait toujours portée. Surtout, elle témoigne de la présence de Fred Chichin dans chacune de ses notes et dans sa chair. Dans le miroir et sur l’album, Catherine n’est finalement jamais seule. Ainsi conclut-elle ces quatre minutes d’impudeur magnifique : "Au fond de moi, oui, c’est bien toi/Encore toi/ Ton regard est dedans mes yeux/ Oui, c’est ta flamme/ Et je suis deux".
Catherine Ringer Ring n’Roll (Because) 2011
En concert à la Cigale le 19 et le 22 mai et en tournée.
 

Site des Rita Mitsouko