RFI partage son fonds musical

RFI partage son fonds musical
© Steven Errico

C’est un don particulièrement conséquent, tant en volume que pour son aspect patrimonial, que RFI a choisi de faire : près de 90.000 pièces de sa discothèque, toutes déjà numérisées, vont rejoindre le fonds de la Bibliothèque nationale de France. RFI Musique vous présente quelques-uns de ces joyaux, venus du monde entier.

En l’espace de quelques décennies, la discothèque constituée par RFI a pris des allures de sono mondiale, avec des productions phonographiques qui traduisent toute la diversité culturelle de la planète. "La richesse du fonds discothécaire de RFI raconte l’Histoire du monde, et particulièrement de l’Afrique et de la France", relève Marie-Christine Saragosse, PDG de France Médias Monde.

Ce 9 octobre, avec son homologue de la Bibliothèque nationale de France, Bruno Racine, elle signe une convention par laquelle 90 000 disques vont rejoindre les collections sonores de la BNF qui continue ainsi de disposer d’un des fonds les plus importants au monde, aux côtés de la Library of Congress de Washington et de la British Library de Londres.

"La dématérialisation de ce véritable trésor, composé de nombreuses raretés et exemplaires uniques, a rendu possible ce don", rappelle-t-elle. Parmi ces archives, une partie d’entre elles témoignent de moments forts : les discours d’hommes d’Etat, d’écrivains tels que Léopold Sedar Senghor ou Aimé Césaire. Mais il est surtout beaucoup question de musique, dans son acception la plus large, qu’il s’agisse de celle très traditionnelle des Hauts plateaux de Madagascar ou d’enregistrements de la chanteuse française Yvette Guilbert qui respirent le parfum de l’époque du Moulin Rouge, au début du XXe siècle. Sans oublier les quelque 5.000 bandes originales de films égyptiens, grecs, asiatiques, indiens…

Succès inoubliables ou ovnis musicaux plus confidentiels, les chansons qui ont fait danser, rêver – voire même réfléchir – sont là, sur ces disques qui reflètent des époques, des modes, des styles : ziglibity ivoirien, maloya réunionnais, compas haïtien, raï algérien… À travers ces œuvres, leurs auteurs, artistes du continent africain ou de l’océan Indien, du Moyen-Orient, d’Amérique latine, ont apporté leur contribution à la construction du "village global". La musique, c’est bien connu, n’a pas de frontières.

A l’occasion de ce don exceptionnel fait à la BNF, RFI Musique revient sur quelques-uns de ces albums qui sortent de l’ordinaire.

Les Amazones de Guinée – Au cœur de Paris
"Décastiser l’art, promouvoir une mentalité nouvelle et laisser la femme de Guinée s’assumer et s’épanouir librement dans tous les domaines de la vie, tel est l’esprit qui enfante l’Orchestre féminin de la gendarmerie nationale devenu plus tard les Amazones de Guinée", peut-on lire au verso du 33 tours intitulé Au Cœur de Paris. Tout un programme, qui illustre le rôle sociétal donné à la musique par le régime de Sékou Touré au lendemain de l’indépendance. Enregistré en 1983 lors d’une prestation en France, ce disque qui démarre par le classique Samba, est le premier des Amazones de Guinée, dont la renommée leur avait pourtant permis depuis 1965 de se produire sur les scènes du monde entier et de briller en particulier au Festac de Lagos en 1977.

GG Vikey – Chantre de la négritude
Présenté parfois comme le Brassens du Bénin, GG Vikey partageait avec le poète-chanteur sétois cette envie de tisser sur les cordes de sa guitare des chansons à la fois simples et profondes, n’hésitant pas à bousculer les mentalités et les susceptibilités, à l’image de Président Vikey. Soutenu par le musicien et producteur antillais Gilles Sala, promoteur de la musique africaine, il sort à partir des années 60 plusieurs 45 tours qui sont réunis sur cet album paru en 1976, avant de mettre sa carrière en sommeil pour servir l’administration de son pays. Celui qui chantait Vikey est mort est décédé en mai 2013.


Nass El Ghiwane –
- Essiniya
Les images filmées lors de ses prestations dans les années 70 permettent de vite comprendre quelle place a occupé le groupe Nass El Ghiwane dans le paysage musical marocain. Et la mention "Disque d’or" qui figure sur le premier album du groupe, enregistré à Paris et commercialisé en 1973, va dans le même sens. Un banjo, un guembri, un bendir, des tablas… Il n’en faut pas plus aux cinq garçons, en phase avec leur époque et les aspirations de leurs compatriotes, pour distiller des chansons à l’esprit contestataire et au goût folk, qui continuent de faire référence pour les générations actuelles.
 

Tabou Combo – 8th Sacrement
Dix ans avant que les Antillais de Kassav' réussissent à s’imposer sur la scène internationale, les Haïtiens de Tabou Combo connaissent un succès considérable en 1974 avec New York City au rythme du compas, proche cousin de zouk et tout aussi dansant, avec cette même ambiance de carnaval. Fondé en 1967, le groupe a rapidement quitté son pays pour prendre la direction de l’Amérique du Nord et fait aujourd’hui figure d’institution de la musique haïtienne, même s’il compte peu de membres originaux dans ses effectifs.

Ray Barretto – Acid
En ouverture de l’album, El Nuevo Barretto annonce le changement : jusque-là, le percussionniste aux origines portoricaines s’était surtout fait connaitre dans le monde du jazz. Avec ce disque, paru en 1967 et qui marque le début de sa collaboration avec l’équipe du Fania All Stars dont fera aussi partie Manu Dibango plus tard, il s’oriente vers une fusion aux saveurs très latines, imprégnées de soul et avec quelques effluves psychédéliques, comme le laisse deviner le titre.