Le Printemps de Bourges, toutes les musiques

Le Printemps de Bourges, toutes les musiques
Sarah W_Patsun au Printemps de Bourges 2014 © V.Passelègue

Le festival du Printemps de Bourges s’achève ce 27 avril avec le grand concert du dimanche qui cette année, accueille les deux chanteuses Zaho et Tal. Cette édition comptabilise 126 concerts en salle et 52 concerts en extérieur. L’occasion pour tous de venir écouter des artistes de toutes générations aux styles parfois très différents !

Le journaliste est un individu chanceux dans le contexte d’un festival de musique. Il se déplace au gré de ses envies, au gré aussi des impératifs de sa rédaction aussi. En moyenne, il voit de nombreux concerts sur l’ensemble du site. Découvertes ("t’as vu Billie Brelok sur la scène des Inouis ?"), confirmations ("Julien Doré, son disque est génial et sa tournée s’annonce super bien !", ou célébration ("Tindersticks à la Cathédrale, on va pouvoir entrer ?"), tout se discute sur tous les tons et sur tous les genres. 

Car cela est dorénavant un poncif mais le festival du Printemps de Bourges affiche un bel éclectisme de programmation. Du coup, tous les publics peuvent se rencontrer dans cette manifestation très populaire dont la fréquentation globale pour cette édition, avoisine les 240.000 personnes. 
La soirée du samedi 26 avril nous a encore démontré que l’éventail incroyable d’artistes programmés pouvait parfois nous troubler et nous ravir. Et puisqu’il faut choisir, nous débutons notre soirée avec le pianiste crooner d’origine italienne, Raphael Gualazzi. Signé sur le prestigieux label Blue Note, le jeune homme conquiert le public de l’Auditorium avec sa fantaisie et son sens du swing.
 
Proche de là, le W, immense chapiteau de 6000 places accueille le premier groupe de la soirée, les Parisiens de Sarah W_Papsun, auteurs d’un récent album Peplum. Grâce à un mélange électro-rock très efficace, des guitares omniprésentes, des voix hautes, les 6 musiciens réussissent à séduire un public encore clairsemé à cette heure-là (20h).
 
Pas de répit pour celui qui veut tout voir et tout entendre et direction, le très joli Théâtre Jacques-Cœur dans la vieille ville de Bourges. C’est là que la chanteuse Anne Sylvestre donne son récital. Le contraste est saisissant ! Changement de décor, de répertoire, de public, d’ambiance, voire d’intensité des décibels. La dame se produit avec 3 musiciennes (piano, clarinette et violoncelle). La voix est claire, les textes piquants (Des calamars à l’harmonica) ou émouvants (Juste une femme). La salle conquise d’avance.
 
Pour rejoindre le 22 Est, il faut prendre le chemin inverse. On est samedi soir, les bars sont ouverts et accueillent pour un certain nombre, des groupes venus jouer en live (25 bars et 20 restaurants ont joué le jeu pour l’opération Printemps dans la Ville). Les habitants sont de sortie, histoire de se promener, de profiter de l’ambiance festive de la ville, de manger un kebab ou de retrouver des amis autour d’un verre.  
 
Le 22 Est accueille le jeune Canadien francophone Peter Peter, auteur d’un dernier album très remarqué, Une Version améliorée de la tristesse. Sa pop matinée de rock en ferait oublier la mélancolie certaine qui teinte d’habitude ses morceaux. Mais là, le jeune homme sous de faux airs d’Etienne Daho, savoure son plaisir de jouer au Printemps.
 
Les douze coups de minuit vont sonner et finalement c’est vers le W, que nous nous dirigeons. La foule est immense, c’est la fête pour la Rock’n’beat party que nous avions laissée quelques heures plus tôt. La bière coule à flot et le chapiteau s’est transformé en dancefloor géant. L’arrivée de Kavinsky, installé relativement stoïquement derrière ses platines, déchaîne le public. Le musicien et DJ balance son électro très marquée années 80 et fait danser plusieurs milliers de jeunes gens dans une ambiance survoltée.
 
La nuit se poursuit au Palais d’Auron jusqu’au petit matin avec une programmation électro, de Daniel Avery à Gesaffelstein.
 
Une nouvelle fois le Printemps de Bourges a tenu ses promesses, celle des grands rendez-vous musicaux, celle des découvertes, celle de l’intimité de certains concerts comme celle des grands rassemblements. Un Printemps qui ouvre avec panache, la saison des festivals.
 
4 questions à Anne Sylvestre
 
Anne Sylvestre avait participé à l’édition 1978 du Printemps de Bourges pour y revenir dix ans plus tard avec Pauline Julien pour un spectacle intitulé Gémeaux croisés … Rencontre avec celle qui va bientôt fêter ces 80 printemps.
 
Benoîte Groult a écrit dans les années 80 : "Anne Sylvestre ose chanter pour son public et ose continuer à être elle-même" Est-ce une bonne définition de votre approche du métier ?
Oui c’est vrai et ça continue à être vrai. Sans le public, tout ça n’existerait pas. J’écris des chansons, je les chante et le public en veut, c’est bien ! Et par ailleurs, il y a effectivement une exigence : j’écris ce que je veux et je veux que ce soit d’un certain niveau bien sûr. Je tiens à bien écrire. Je trouve que ce n’est pas la peine d’écrire des chansons pour parler comme dans la rue. Ecrire une chanson, c’est écrire. On peut se donner des impératifs.
 
Ecrire des chansons est une forme d’engagement pour vous ?
Oui bien sûr ! A partir du moment où on écrit, où on chante, des choses en lesquelles on croit, qui sont proches de soi, on s’engage. Pour moi, la chanson n’est pas une chose innocente, ce n’est pas que du divertissement. J’exprime des sentiments, des situations, des opinions mêmes qui me sont chers, proches. Je le fais du mieux que je peux dans mes chansons.
 
De quels jeunes artistes vous sentez vous proche aujourd’hui, s’il y en a ?
Oui il y en a ! Je vais encore dire des noms et je vais en oublier ! Agnès Bihl, Amélie-les-Crayons, Yves Jamait, Aldebert, Jeanne Cherhal, Albin de la Simonne. Et dans le moins jeunes, il y a évidemment toujours Michèle Bernard, Véronique Plestel, Bernard Joyet. Ce qui me plait, c’est ce qu’ils chantent, ce qu’ils expriment et la façon dont ils le font.
 
Avez-vous toujours envie d’écrire des chansons et de faire des concerts après plus de cinquante ans de carrière ?
Ah ce "toujours" ! Vous n’avez pas dit "encore" et je vous en remercie !
Ecrire des chansons, oui ! je me dis que je n’ai pas fini d’écrire de toutes façons. Je ne sais pas quand, je ne sais pas quoi, je ne sais pas comment ça viendra, et si ça vient difficilement et bien, je verrai. Envie de chanter bien sûr ! si on veut de moi… c’est mon métier, c’est ma vie.

Site officiel du Printemps de Bourges