Daho, ce héros

Daho, ce héros
Etienne Daho au Festival Days Off, juillet 2014 © P.R. Worms

Dans le cadre du festival Days Off, à la Cité de la Musique à Paris, Étienne Daho, absent des scènes depuis plusieurs mois, suite à de graves ennuis de santé, s’est vu offrir une carte blanche. Le chef de file de la pop à la Française a, pour l’occasion, établi un programme audacieux, en trois temps forts : Pop Satori, Pop Hits, et Tombés pour la France. Samedi 5 juillet, la Cité de la Musique vibrait d’émotion pour le deuxième volet de son triptyque : une succession de tubes, de singles, parcourant les trente ans de sa riche et folle carrière. Nous y étions. Récit.

"Sans tomber dans le mélodrame, je suis tellement content d’être là, vous ne pouvez pas savoir…" Samedi 5 juillet, à la Cité de la Musique, devant un parterre comble, vibrant à l’unisson, sous les salves d’un tonnerre d’applaudissements, les larmes d’émotion d’Étienne Daho, ont accompagné ses paroles, si fortes de sens. Ce sont celles d’un rescapé, qui n’eut de cesse de (re)jouer, ce soir-là, avec l’enthousiasme gracieux, funambulesque et pudique, qui le caractérise, "le premier jour du reste de sa vie" : un bonheur, en communion extatique avec ses fidèles.

Renaissance

En février dernier, la figure de proue de la pop à la Française, icône indétrônable de générations successives, devait en effet assurer à la Cité de la Musique, comme Patti Smith ou Air avant lui, son "domaine privé". De sérieuses complications de santé, engendrées par une péritonite, le forcèrent à annuler cette carte blanche, à retarder la sortie et la tournée de l'album Les Chansons de l’innocence retrouvée, son flamboyant dernier disque (novembre 2013)…

Puis vint la guérison. Le retour à la vie. Et la tenue des promesses. "Nous avons finalement décidé d’accueillir ce focus Daho, au sein de Days Off", explique Vincent Anglade, programmateur de la Cité et de ce festival aux couleurs pop, rock, électro, dont l’esprit aventureux, avide de projets spéciaux et inédits avec les artistes, ne pouvait que recevoir avec joie la créativité tous azimuts du chanteur, habitué de l’Institution (il avait notamment chanté à la salle Pleyel, Le Condamné à Mort de Genet, avec Jeanne Moreau en 2011). 

Une jeunesse moderne

Élaboré en concertation étroite avec Daho, ce cycle, sous le nom classieux d’"Une jeunesse moderne", se décline ainsi en trois chapitres. Le 1er juillet, phase "une", le chanteur rejouait Pop Satori (1986), son disque culte, fétiche d’une génération, emblème des 80’s. Mardi 8, en point d’orgue, il orchestrera, à Pleyel, Tombés pour la France, un plateau composé d’une kyrielle d’artistes, influencés par son univers, une famille de cœur, proche de ses mondes (Dominique A, Lou Doillon, La Femme, Elli Medeiros, Lou Lesage, Mustang, etc.).

Samedi, en deuxième chapitre, la Cité recevait surtout le volet Pop Hits : soit une succession de ses plus grands tubes, de ses singles, mêlés à quelques faces B, des inédits, et autres Chansons de l’Innocence Retrouvée. Un best of personnel, moments forts et titres phares de ses trente ans de carrière, qui éclaire la relation évidente de cet inventeur d’un son si particulier, celui d’une époque, atemporelle, aux hits, ces chansons populaires, ancrées dans les mémoires collectives, sans jamais céder une seule note à la facilité.

Des tubes et des faces B

Après une première partie assurée par l’ex-chanteuse d’Electrelane, Verity Susman, l’impatience vibre, palpable, dans la salle. Un mélange de public de tous âges, scande son nom, bat des mains à tout rompre. Quand soudain, il apparaît. Beau comme un mythe. Lunettes noires et classe impeccable. L’élégance ? Un mot taillé pour lui. En trombe, sa musique démarre sur des grooves imparables. Tel un chamane, il tournoie des baguettes, frappe sa cymbale en mesure, galvanise la foule qui déjà, se déhanche. Aux premiers tempos, la magie opère, pour ne plus s’estomper : une plongée dans son histoire.

Daho intime, voué à un "trac de malade", comme il le confesse, se livre, raconte des anecdotes, comme sa rencontre, tout en pudeur, avec Dominique A, pour la chanson En Surface. A travers ses hits, il parle de lui. De son dernier opus ("un moment de grâce pour l’inspiration", avoue-t-il. "Tout est parfait sur ce disque !", hurle en réponse un quidam), il interprète aussi L’Homme qui marche et La Peau dure.

Et puis, les tubes s’enfilent, paroles en chœur sur toutes les lèvres : Saudade, Comme un Boomerang, Le Premier Jour et Epaule Tatoo, sous des ovations tonitruantes, Heures Hindoues dédiées à Francis Bacon et Georges Dyer, Sortir ce soir, hymne de fêtards nostalgiques, ou encore Le Grand Sommeil… Sur cette dernière, Daho dit, en introduction : "Cette chanson, composée avec Arnold (Turboust) et Franck (Darcel) m’a sauvé la vie, m’a propulsé. Mon titre fétiche !"

Enfin, dans les interstices, le chanteur livre des créations plus confidentielles, comme il l’explique : "J’ai appelé un peu à l’arrache, cette soirée, Pop Hits. Mais tous les titres ne sont pas pop. Ni des hits." Ainsi, il libère Soleil de Minuit, composé pour un film d’Olivier Assayas, et L’Invitation.

Bientôt, le show touche à sa fin. Sous une écoute intense, une chair de poule partagée, Daho interprète la sublime Ouverture, l’une de ses chansons préférées. En ultime fin, au deuxième rappel, après une pluie de remerciements, ce sera Bleu Comme Toi… Ce soir-là furent offerts aux spectateurs, une plongée dans des mélodies précieuses et des grooves indéniables : un feu d’artifice pop aux accents indémodables… Rendez-vous mardi pour la fin du voyage. Direction l’étoile Daho.

Site du Festival Days Off
Site officiel d'Étienne Daho
Page Facebook d'Étienne Daho