Printemps de Bourges, des artistes à suivre

Printemps de Bourges, des artistes à suivre
Pierre Lapointe, Printemps de Bourges 2015 © V. Passelègue/RFI

Le 24 avril dernier, débutait la 39e édition du Printemps de Bourges. Pendant six jours se succèdent dans la capitale berrichonne un nombre d’artistes venus d’horizons très différents, français ou étrangers, connus et inconnus, groupes ou artistes en solo. De la chanson à la pop en passant par le reggae ou l’électro, la programmation est toujours aussi éclectique. Une façon pour nous de revoir des artistes dont on suit la carrière avec intérêt et curiosité comme pour Hindi Zahra, Camélia Jordana ou l’inénarrable Pierre Lapointe.

La journée a débuté vers 13H30 en passant une tête aux concerts des Inouïs, sélection de jeunes groupes ou artistes, faite par le Réseau Printemps qui depuis 30 ans tente de repérer ceux qui pourront se lancer dans le milieu des musiques actuelles. Dans la salle du 22 Ouest, le quatuor Rouge Congo balance des rythmiques imparables sur un fond de musique électro largement influencée par les années 80. Ces jeunes gens originaires de Reims, n’en sont qu’à leurs tout premiers sets. Qui peut dire avec certitude ce que sera leur avenir ? D’aucuns pourront faire des paris sur leur longévité comme on a pu le faire par ailleurs, avec des artistes comme Hindi Zahra, Camélia Jordana et le Canadien Pierre Lapointe qui chacun dans un genre différent, a marqué dès ses débuts, l’esprit du public et des professionnels

En fin d’après-midi, dans le centre historique de Bourges, le Théâtre Jacques-Cœur accueille  deux jeunes femmes, toutes les deux auteures d’un deuxième album fort attendu. Hindi Zahra, chanteuse née au Maroc, vient de sortir Homeland. Accompagnée de 6 musiciens, elle semble comme habitée par ce qu’elle chante : en français, elle interprète Un jour extrait de ce dernier opus, avec beaucoup de ferveur ; en anglais, elle parait avoir intégré tous les codes du blues américain et donne parfois à ses envolées vocales, quelques accents à la Billie Holiday. En berbère, elle a parfois des intonations plus graves qui renforcent notre idée qu’il s’agit là d’une belle interprète au regard intense, au sourire enchanteur et au chant si présent.
 
Camélia Jordana en est elle aussi, à son deuxième album, sorti en 2014, et intitulé Dans la peau. Elle apparaît sur scène, dans un décor scintillant et poétique. A l’image des paroles comme échappées de petits poèmes qu’elle distille entre ses chansons. Son air juvénile malgré son chemisier en strass, contraste avec les arrangements délibérément appuyés par des rythmiques techno et des nappes électro dans lesquelles sa voix au timbre si particulier, finit par se perdre. C’est précisément le cas avec Sarah sait, un titre qui fait briller d’intensité le regard de la chanteuse mais qui aurait peut-être mérité d’être interprété avec plus de sobriété. Celle qui fut révélée par le télé-crochet Nouvelle Star a tout de même fait beaucoup de chemin et tente de se construire un univers qui lui ressemble. A suivre donc.
 
Une bonne dizaine d’année que l’on suit ce fameux Canadien qui a traversé l’Atlantique et a su se faire adopter par le public français. Preuve en est l’accueil extraordinaire dont a bénéficié Pierre Lapointe (33 ans au compteur) au Palais Jacques-Cœur, non loin du précédent théâtre. Dans la cour de l’édifice gothique du XVe siècle, est installé un chapiteau en plastique transparent dans lequel un piano attend le maître du show.
 
Car c’est bien de cela dont on parle : Pierre Lapointe fait le show ! Censé reprendre le répertoire de son disque enregistré et sorti en France l’année dernière, Paris Tristesse, répertoire qu’il qualifie lui-même de "dépressif", il alterne avec un certain panache, mais aussi une bonne dose de cabotinage, les interprétations classiques et précises de titres comme Nu devant moi ou Je déteste ma vie avec quelques sketchs dans lesquels sous ses airs de fils de bonne famille, il pratique l’autodérision, balance quelques réflexions caustiques sur les Français et donne une version grivoise de la vie à la cour du roi de France sous le règne de Louis XVI et Marie-Antoinette ! Ce mélange des genres surprenant n’a fait semble t’il, que confirmer auprès du public enthousiaste de Bourges, l’originalité de cet artiste qui n’en finit pas de tenter de nouvelles approches de son métier.
 
3  questions à Pierre Lapointe
 
Depuis votre premier album sorti en France, La forêt des mal aimés, vous avez développé  une carrière des deux côtés de l’Atlantique, est-ce une situation qui vous convient ?
Oui, en fait j’ai eu peur d’avoir à choisir. Je suis heureux de ne pas voir eu à le faire. Je suis heureux de faire des allers et retours entre Montréal et Paris. C’est un peu essoufflant parfois car il y a beaucoup de choses qui se passent sur les deux continents. C’est beaucoup de stress, de décalage. Mais je ne changerais pas de vie !
 
Faites-vous les choses de la même façon au Québec et en France ?
Moi, je les fais de la même façon, mais les choses n’ont pas la même importance sur un continent ou sur l’autre. Au Québec, j’ai acquis une forme de crédibilité, les gens viennent vers moi et me demandent des choses qu’on ne me demande pas ici car je suis moins connu. J’ai décidé assez tôt de ne rien changer et de ne pas jouer la carte du « faut séduire les Français » ! Mais en même temps, j’ai fait l’année dernière le disque Paris Tristesse, enregistré et sorti en France, parce que j’estime ne pas être assez connu ici ! On voulait faire un projet comme celui-là, pour le plaisir de faire un projet 100% français.
 
On vous sent intéressé par toutes les formes d’art, art contemporain, danse, mode, etc….
Ce qui me mettait mal à l’aise au début de ma carrière, c’est qu’on me demandait de choisir,  mais je ne voulais pas ! ma carrière idéale aurait été celle d’un directeur artistique. Je ne voulais pas être seulement chanteur… il fallait que ce soit le plus large possible. Mais la chanson est venue à moi et je me suis dit que j’allais m’en servir pour faire plein de choses que j’aime faire. Au final, je finis par être directeur artistique de mon travail. Je finis par faire ce que j’aime par-dessus tout, travailler avec des collaborateurs qui eux, font partie de la véritable scène d’avant-garde. Moi, je suis un pont entre la culture pop et quelque chose de plus pointue. J’aime bien travailler avec ces gens-là, c’est eux qui m’inspirent le plus.
 
Site officiel du Printemps de Bourges
Page facebook du Printemps de Bourges
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Page facebook de Camélia Jordana
Page facebook de Rouge Congo

 A écouter : la Bande Passante au Printemps de Bourges (25/04/2015)