Le festival Alors chante ! célèbre Pierre Perret

Le festival Alors chante ! célèbre Pierre Perret
Pierre Perret, Festival d'Alors Chante 2016 © Francis Vernhet

En ouverture d'Alors chante !, festival qui a été transféré pour cette 30e édition de Montauban à Castelsarrasin et qui s'est achevé dimanche 8 mai, Pierre Perret s'est produit pour la première fois dans sa ville natale. Émotion palpable aussi bien du côté de l'artiste que du public. De quoi donner des signes d'encouragement à une manifestation en totale reconquête.

Quelques pas au rythme soutenu. Pierre Perret regroupe ses deux poings, les tend à destination du public. C'est le geste du vouloir. Son "Enfin!" inaugural sonne à la fois batailleur et libéré. Désir brûlant d'un partage tant espéré. Comme une justice réparatrice aussi. La situation est effectivement inhabituelle et peut-être ne se reproduira-t-elle pas de sitôt (même si, sous le coup de l'excitation du salut final, il leur a fait la promesse de ses chansons futures en avant-première).

Pierre Perret donne un récital dans sa ville natale. Évidemment, les 800 places de cette soirée ont rapidement trouvé preneurs. Accueil conforme à ce qu'on imaginait : chaleureux, debout, fraternel. Perret instaure un jeu de séduction taquin. Il commence par une ballade à la nostalgie douillette (Au café du canal). Glisse sur des regrets espiègles (Estelle). Et partage le micro avec Blankass pour un Mon p'tit loup autant bancal qu'attendrissant.

Puisqu’il s'agit d'une fête, la tradition tend à l'invitation. Suivront donc Alexis HK et Nolwenn Leroy. Les orchestrations à l'ancienne ne mettent pas vraiment le feu. Gilou, son accordéoniste auteur du Viens boire un petit coup à la maison, est fidèle au poste comme depuis une demi-décennie.

La voix est parfois chevrotante. Rien de grave. Il compense cette amplitude limitée par des velléités de diseur et ce don du petit air qui s'installe. Il y a les chansons reprises en chœur (Tonton Cristobal, Vaisselle cassée), celles transmises de génération en génération (Le zizi, Les jolies colonies de vacances ou Donnez-moi des jardins en compagnie des enfants de l'école de la commune), celles en dessous de la ceinture (La Corinne, Alphonsine), celles de circonstance et autobiographique (Je suis de Castelsarrasin qu'il termine dans un filet étranglé), celles éveilleuses de conscience et débouchant sur des standing-ovations émues (Lily, La femme grillagée, La bête est revenue). Perret explose la barre initialement prévue des deux heures. Tout est ici prétexte à jouer les prolongations et à savourer l'instant présent. 490 chansons à son répertoire. Autant dire qu'il possède suffisamment de munitions.

Renaissance d'un festival

Le lendemain, on le cueille pratiquement au saut du lit. Curiosité pressante de savoir notamment le pourquoi de cette longue absence artistique à domicile. Pas besoin d'emprunter des chemins détournés. Il livre tout de go l'identité de l'auteur de ce crime de lèse-majesté, en l'occurrence l'ancien maire aux mandats à rallonge. "Il était allergique à mon personnage, d'un mépris confondant. Je ne l'ai pas vraiment connu et pourtant il disait des choses affreuses sur moi. Il a essayé d'influencer les gens de Castelsarrasin à mon sujet".

Le magistrat actuel a dévoilé lors de l'inauguration le buste de terre à l'effigie du chanteur. L'Académie Charles-Cros lui a remis pour la deuxième fois un prix pour l'ensemble de sa carrière. Glorification à tous les étages. Perret est accueilli tel le messie et défenseur ardent d'un festival encore convalescent.

Alors Chante ! revient de loin. Suite à l'annulation de l'édition précédente, cette institution aurait pu disparaître définitivement des radars. Dominique Janin, affective et passionnée présidente de l'association Chants libres, et son équipe ont pris les choses à bras-le-corps. Inutile de comparer ou de convoquer le souvenir. Bien sûr, on aurait aimé que l'annulation des concerts de la fin d'après-midi (Clarika, Dimoné, Luce...) à deux semaines du coup d'envoi soit évitée. Mais pour maintenir à flot un équilibre financier très fragile, c'était inéluctable. Renaissance ainsi en douceur, nouveau site qui ne manque pas de charme, fréquentation en dents de scie (5200 spectateurs dont un millier pour les spectacles jeune public). Il s'agit d'une année de transition.

Vianney - qui sait définitivement attraper un public – et Thomas Dutronc ont surfé d'un point de vue comptable sur la dynamique de Perret. Radio Elvis, conquérant malgré une assistance famélique. Alexis HK, impeccable dans son jubilatoire spectacle sur Brassens. La Grande Sophie, d'une énergie folle. Pas de déception artistique si ce n'est l'absence de dernière minute de Maissiat (remplacé par Valérian Renault, ex-chanteur des Vendeurs d'Enclumes).

Sentiments discordants, parfums vénéneux, beauté destructrice, Hubert-Felix Thiéfaine distille sa poésie noire et ses fulgurances rédemptrices. Uppercut en pleine face et prestation loin devant la meute. Même sentiment à l'issue des huit morceaux dévoilés par Tony Melvil, incontesté et incontestable prix du jury pour les Découvertes. Il y a chez ce garçon au charisme scénique affolant une théâtralité savamment dosée, une écriture racée et une alchimie criante avec ses deux acolytes musiciens. Et puis, impossible de résister aux Miroirs à l'envers, titre d'une puissance happante. Il faut se pencher urgemment sur ce chanteur lillois qui a l'éclat d'un pur-sang. Rien que pour des claques de cet acabit, Alors Chante ! est précieux et indispensable.

Site officiel de Pierre Perret
Site officiel du Festival d'Alors chante !