Yann Perreau en solo

Yann Perreau en solo
Yann Perreau sur la scène du Club Soda aux Francofolies de Montréal © m. mello

Débutées le 9 juin, les Francofolies s’emparent du Quartier des spectacles de Montréal jusqu'au 18 juin. Pour l’occasion, le charismatique chanteur compositeur Yann Perreau a conçu une performance unique qu'il a présentée ce mercredi 15 juin sur la scène du Club Soda. Un concert qui a révélé toutes les facettes de son talent. Reportage.

 

À l’opposé des artistes français, québécois et internationaux qui se produisent sur les plus grandes scènes des Francofolies de Montréal (Grand Corps Malade, Catherine Ringer, Radio Radio, Alpha Blondy) il y a ceux, comme Yann Perreau, qui préfèrent s’installer dans de plus petites salles. Pour en faire un lieu d’expérimentation privilégié.

Hier, pour la première fois depuis dix ans, le créateur d’Un serpent sous les fleurs (2009) s’est présenté seul au piano. Reconnu pour l’excellence de ses concerts, il a ainsi entrepris une démarche plus risquée : exhiber le squelette de ses hits pop-rock parfois teintés d’électro et de dub. Durant ce qu’il a qualifié de "jeu en solitaire", Yann Perreau est même passé de la musique au stand-up comme un poisson dans l’eau, effleurant au passage le théâtre, la danse et la poésie.
 
À notre arrivée au Club Soda, le public était déstabilisé par la présence d’un piano à queue en plein centre du parterre. Sous les regards incrédules, l’artiste est apparu sur scène en caleçon et une scie à chaîne à la main. Il s'est ensuite lancé dans un strip-tease inversé, pendant lequel il a lascivement enfilé un complet beige. Puis il est descendu s’installer au piano pour entamer Soul Circus et plusieurs autres succès revisités, entrecoupés d’interventions humoristiques.
 
Éclats de rire et de voix
 
De chanson en monologue – et de surprise en surprise –, Yann Perreau a démontré qu’il était aussi capable de susciter l’émotion profonde que de faire rire aux éclats. À certains moments, par exemple durant Le Bruit des bottes et La Chanson la moins finie, son interprétation était si naturelle qu’il paraissait être seul chez lui, en train de s’emporter au piano. Au contraire, ses chansons plus rythmées, ses discours et ses pitreries (il n’a pas hésité à lancer des sandwiches à la foule et à grimper sur son instrument, entre autres) montraient un performeur soucieux de son public et en pleine possession de ses moyens.
 
Au total, Yann Perreau a offert une dizaine de pièces de ses trois albums (le plus récent, mais aussi Nucléaire et Western Romance, qu’on n’avait pas entendus depuis longtemps). De plus, il a interprété Amour sauvage amour, un extrait du spectacle collectif "Douze hommes rapaillés" (hommage au poète québécois Gaston Miron) et une reprise de Petites boîtes de Graeme Allwright (chanson en français ayant inspiré le thème de la série américaine Weeds). Du grandiose au burlesque, une performance tout en contrastes avec des transitions assez fortes pour ne pas perdre les spectateurs, qu’il invitait régulièrement à chanter avec lui.
 
En n’abandonnant jamais son public et en le surprenant durant près d’une heure et demie, Yann Perreau a défendu son prix Félix "Spectacle de l’année" et sa réputation de bête de scène. Et, en montrant que ses chansons tiennent la route sans habillage ni artifice, il a aussi défendu son talent de pianiste et de compositeur. Tout cela, quelques heures avant de remonter sur scène pour présenter un deuxième spectacle dans la même salle, cette fois en formule régulière avec son groupe.
 
En concert à Paris le 21 juin place de la Bastille, pour la Fête de la musique.