La Caravane Passe, la touche manouche

La Caravane Passe, la touche manouche

Intrépide, gaie, aventureuse, La Caravane Passe revient avec un quatrième album, Gipsy for One Day, qui vient confirmer son cocktail tsigano-punk et son surnom de "Mano Negra" des Balkans. Rencontre avec le conducteur en chef, Toma Feterman.

De la Corée aux Philippines, de l’Europe à la Thaïlande, de l’Indonésie au Japon, où une tribu de danseuses nippone ondulent du ventre sur leur savoureux cocktail tsigano-punk-rock français… avec ses 60 à 80 dates par an, la Caravane Passe, pilotée par le truculent Toma Feterman n’usurpe pas son identité : elle "passe" partout ! Aux quatre coins du globe, leur dynamique attelage galvanise les foules, fait frétiller les hanches, propage à l’envi sa frénétique bougeotte… 

A son bord, de joyeux ambassadeurs de la chapka, ce couvre-chef russe adopté par les rappeurs new-yorkais, devenu accessoire streetwear et dress code branché, auquel ils consacrent un rap (Shouf la chapka), mettent le feu aux poudres : un feu d’artifice scénique et sonore qui vient confirmer leur surnom de "Mano Negra des Balkans".

Deux ans après leur dernier disque, Ahora in da futur et ses trépidantes tournées, le combo revient donc en Hexagone, avec un quatrième album, Gipsy for one day, "Gipsy d’un jour", soit ce que ces gadjos sédentaires deviennent une fois sur les planches, affublés de leurs déguisements d’"astiqueurs de manche" (de guitare)… Et comme il s’agit d’une fièvre contagieuse, il y a fort à parier que leurs spectateurs mutent aussi, au diapason de leur invitation lancée à "sortir du quotidien, couper la cravate, la tremper dans un verre de vin, et guincher jusqu’à plus soif…" Car de la Tsiganie, la Caravane Passe incarne le romantisme, la fureur de vive, le nomadisme, la liberté et la bohème…

Faire feu de toute musique

Dans cet univers poétique, Toma Feterman tombe comme Obélix dans la potion magique : tout petit. Français, issu d’une famille polonaise et roumaine, il passe, enfant, ses week-ends chez ses grands-parents, dont le tourne-disque oscille entre musique klezmer et Chœurs de l’Armée Rouge : "Le mélange de la rigidité militaire et le côté groovy de la musique klezmer, ça donne la chaleur des Balkans", trouve-t-il.

 
A l’adolescence, l’un de ses meilleurs amis, serbe, ramène systématiquement, de ses vacances au pays, des disques, et cette eau de feu qui accompagne l’ivresse musicale, la rakia. L’appel de l’Est titille Toma : en Serbie, il rencontre son épouse. D’incessants périples au cœur de l’Europe, comme au festival international de trompettes de Guča, renforcent ses amours.
 
Danedit in new windows les bandes-son tsiganes, l’âme de tout un peuple, il y a bien la virtuosité, le déchirement et l’humour, la passion, l’authenticité, et cette leçon de vie, présente en une poignée de notes… Alors si Toma joue punk-rock, il décide de fonder en parallèle, une formation de musique de l’Est traditionnelle. Et puis, bien vite, il mixe les deux : une recette à laquelle vient notamment s’adjoindre le Catalan Olivier Llugany, proche des Gitans, joueur de trombone et de fiscorn, un gros bugle de sa région.
 
Car depuis leur premier album, Velkom Plèchti, en 2007, jusqu’à Gipsy for One Day, la Caravane Passe s’empare allègrement de la musique tsigane pour faire feu de toute musique : rumba, hip hop, reggae, tarentelle, ska… Des détournements audacieux, des pied-de-nez qui séduisent les détenteurs de la tradition, lors de leurs nombreux concerts en Serbie, en Bosnie, en Macédoine, au Monténégro… D’ailleurs, les Tsiganes eux-mêmes, partis d’Inde, détournèrent au fil de leurs escales, les musiques locales, les magnifièrent avec plus d’énergie, de force, de virtuosité, d’ornementations et de sevdah, l’équivalent du duende, ce supplément d’âme, ce brin de magie qui sublime la musique.
 
L’humour en prime

Si la Caravane Passe possède, elle aussi, le sevdah, il s’impose très certainement dans leur humour, leur irrésistible autodérision. Ainsi, Gipsy for One day s’ouvre sur Rom à Babylon, qui traite de l’actualité dramatique des Roms en France. Pourtant, leur propos ne sauraient être moralisateurs, plutôt légers, comique, pour toucher au plus juste.
 
Leur bonne humeur s’épand sur le toc un peu kitsch de notes indiennes dans What to do in Katmandoo ?, le long des trottoirs d’un Saint-Tropez bling-bling (Saint-Tropez), ou dans leurs danses collectives rétro-futuristes lorsque La Caravane convie le public à s’enlacer pour un slow ("Faut du slov’, faut qu’on s’love") avant la fin du monde.
 
Mais surtout, il y a ce titre, T’as la touche, manouche, sur lesquels les potes de musique et de franche rigolade – le chanteur Sanseverino, le virtuose de la guitare Stochelo Rosenberg –se moquent gentiment de tous ces gadjos tripoteurs de guitare tsigane, ces "Romains Michel", dans lesquels ils s’incluent, bien sûr : un titre frais et hilarant.
 
Dans cet album, règne donc la gaieté et l’amitié (dont le featuring d’Erika Serres, petite sœur musicale tsigane hongroise sur le titre Gipsy for One Day), l’appel de la route, et l’énergie… La Caravane Passe, et vous partez avec !
 
La Caravane Passe Gipsy for One Day (XIII Bis, Warner) 2012

Site officiel de La caravane Passe
En concert à Paris le 8 novembre à la Maroquinerie