M- adolescent au présent composé

M- adolescent au présent composé
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M - Matthieu Chédid, enfile des lunettes magiques et renoue avec son côté adolescent. Îl, son sixième album studio, qui alterne entre rock de bande-dessinée et introspection sauvage, possède tous les ingrédients d’un bon –M-. Monsieur –M- reste dans la cour des grands.

C’est devenu une habitude, un truc à lui pour montrer qu’il recommence tout à zéro ou presque. À chaque album, -M- change d’image et ce changement est à chaque fois le signe d’un chambardement musical. Il y avait eu en d’autres temps, le Machistador, dragueur d’opérette à la veste rouge brillante, le papa rose bonbon et voici désormais -M- et ses lunettes magiques. La pochette d’Îl  - avec un accent circonflexe sur le i -, fait le portrait d’un petit bonhomme aux grosses binocles et ce dessin évoque le personnage qui figurait sur Le Baptême, son premier disque.

À quarante ans, Matthieu Chédid aurait-il retrouvé sa part d’enfance ? Pas exactement mais Îl, son sixième album studio, renoue sans aucun doute avec l’adolescence laissée en route. -M- n’est plus un double noir et blanc travaillé par ses ombres mais il redevient le personnage de BD qui chante son Mojo. Les paroles, souvent accessoires, sont des chewing-gums et les grosses guitares saturées restent largement parodiques. -M- sort le cuir, les santiags et les lunettes noires mais on n’y croit pas une seule seconde.
 
Introspection sauvage et loufoqueries
Commencé à Los Angeles et enregistré au labo -M- à Paris, Îl est l’album le plus difficile d’accès de Matthieu Chédid. Il faut plusieurs écoutes et gratter sous la production pour retrouver le personnage rigolo (La grosse bombe) et touchant dans sa mélancolie (Elle, Machine, La vie tue). La grosse claque reçue suite à sa collaboration avec Johnny Hallyday semble avoir nourri l’humour de Faites-moi souffrir et le questionnement sur son double demeure. "Passé noir inutile / Le futur a l’air fragile / Des idées m’éliminent / Et des mauvaises idylles / Et si on arrêtait le film ?", chante-t-il.
 
À quoi reconnaît-on un bon -M- ? À son introspection sauvage et à ses loufoqueries, aux voyages qu’il nous fait faire (l’Africain Oualé, le flamenco Baïa, le jazz manouche La maison de Saraï ) mais surtout, à la capacité qu’il aura de vivre sur scène. Sur ce point, le pari est déjà gagné. Les riffs de guitare prémâchés pour cet exercice s’annoncent ravageurs et les premières dates de la tournée à venir affichent complet.
 
Reste désormais à savoir si cet Îl est le meilleur disque de monsieur -M-… Si on oubliera volontiers quelques titres (Laisse aller, Océan), c’est en tout cas un bonheur de retrouver -M- comme ça, oui. On peut donc grandir tout en restant au fond, un ado rêveur.
 
M Îl (Barclay) 2012
En tournée à partir du 15 février 2013