Tue-Loup, la musique sans le bruit

Tue-Loup
© Sam Nissim

Plus de quinze ans d'existence et l’impression qu’ils sont toujours sur le même chemin. A l’écart du bruit et des rumeurs, Tue-Loup sort son neuvième disque, intitulé 9. Le groupe amené par Xavier Plumas et Thierry Plouze donne ainsi une suite à un parcours discret construit dans les brumes d’une chanson rock poétique.
 

Il y a des groupes comme cela, auxquels on ne s’attend pas mais qui sans bruit, continuent leur chemin. Formé à la fin des années 90 autour du chanteur Xavier Plumas et du guitariste Thierry Plouze, Tue-Loup a construit un parcours si discret qu’on pourrait le croire en pointillés.

"C’est vrai qu’on est resté confidentiel, un peu trop à notre goût d’ailleurs, sourit Xavier Plumas, et je ne sais pas trop comment expliquer ça. Peut-être qu’on fait une musique exigeante, dans le sens où elle demande du temps pour être appréciée à sa juste valeur et que, dans une époque où on n’aime pas prendre son temps, cela ne cadre pas avec la logique du marketing. Peut-être aussi qu’on a une part de responsabilité. En faisant le choix de vivre loin de Paris, en ne recherchant pas la célébrité, on n’a pas fait non plus tout ce qu’il fallait pour se mettre en avant. Mais de toute façon, cela ne nous ressemble pas."
 
Contrairement aux apparences et à ses chansons dans lesquelles se déploient de longues parties de guitares, Tue-Loup ne semble pourtant pas avoir pris son temps. Leur neuvième disque en quinze ans, appelé 9 "parce qu’il y a neuf chansons, neuf personnes qui ont participé à l’enregistrement et que c’était un titre générique", donne une suite à ce parcours construit dans les brumes d’une chanson rock poétique. Comme à ses débuts, où il était déjà le représentant d’un certain rock, Tue-Loup porte sur lui la fin du siècle passé.
 
Du spleen et des paysages
 
A contre-courant de l’air du temps, la musique de Tue-Loup évoque le lieu-dit de la Sarthe dont le groupe tire son nom, et où il a enregistré ce nouvel album. Il y a de la grisaille, un vert voilé et au loin, l’esquisse d’une forêt. "J’avais envie de laisser pas mal de place à la musique et à l’électricité, c’est pour cela qu’il y a un instrumental et deux chansons où le texte est expédié assez vite", précise Xavier Plumas. Teinté du spleen propre à la chanson rock, l'album 9 laisse voir entre les lignes des références plus éloignées de ces terres : Talk Talk, le groupe de post-rock canadien Godspeed You ! Black Emperor ou le trompettiste franco-suisse Erik Truffaz.
 
Tout au long de ce disque, les textes de Xavier Plumas et sa voix passent au second plan. A l’image du brouillard, ils s’élèvent au-dessus des hommes mais ne libèrent jamais l’horizon. "Les textes me viennent en marchant, dit l’intéressé. L’écriture est quelque chose de solitaire, alors que la musique provient, elle, des rencontres. Je suis beaucoup plus attaché à l’humain qu’à la technique. D’ailleurs, les albums de Tue-Loup sont enregistrés avec les musiciens qui sont là sur le moment et qui passent."
 
Et si Tue-Loup rencontrait avec 9 un plus large public ? Il le ferait à sa manière, bucolique et contemplative, regrettant qu’aujourd’hui l’image d’un groupe compte autant que sa musique et ses mots.
 
Tue-Loup 9 (2012)
En concert à Paris, le 11 décembre 2012 au Point Ephémère