L’autoportrait de Pascal Obispo

L’autoportrait de Pascal Obispo
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Vingt-deux ans après son premier album, Pascal Obispo, auteur des tubes l'Envie d'aimer ou Lucie, sort son premier best of, titré MillésimeS. La célébration d’un talent singulier et efficace.
 

On a peut-être du mal à le croire mais Pascal Obispo, n’a jamais sorti de compilation. Avec MillésimeS, il comble sans doute un manque, mais en profite aussi pour réaliser une sorte d’autoportrait. D’ailleurs, sur la pochette, il dévoile son intimité avec une photo de lui à l’âge de quatre ans, regardant droit vers l’objectif avec une grimace d’enfant que l’on dérange.

Si l’exercice du best of fait partie des figures imposées d’une carrière, Obispo a mis longtemps à y céder : MillésimeS paraît vingt-deux ans après son premier album. Et le chanteur ne fait rien comme les autres, puisque sa compilation parait quelques jours après les fêtes de fin d’année, qui marquent le sommet des courbes de ventes de disques.
 
Il est vrai qu’il a perdu l’habitude, et depuis belle lurette, de céder aux usages et aux pratiques classiques du show business. Car Pascal Obispo a pour singularité d’être un artiste que le métier n’a jamais vraiment porté dans son cœur. Un indice : malgré le chapelet de Disques de diamant, de platine et d’or qu’il arbore, il n’a été couronné que deux fois par une victoire de la musique – en 2001 pour la chanson L’Envie d’aimer composée pour Les Dix commandements et en 2004 pour la tournée Fanlive – après en avoir manqué au moins une douzaine, pour lesquelles il était nommé.
 
Et l’homme est incorrigible : hâbleur, va-t’en guerre, volontiers provocateur, il ne s’embarrasse pas de formules consensuelles et de langue de bois. Dernière saillie en date : en annonçant à un quotidien sa tournée dans des salles de moyenne capacité, il parle ouvertement d’"un spectacle nombriliste". Comprenez : il privilégie le seul dialogue qui compte vraiment, celui de l’artiste et de son public.
 
Son best of est du même esprit. Un premier CD présente ses tubes et le second rassemble, après deux chansons inédites de belle facture, une douzaine de duos et d’enregistrements événements – Allumer le feu avec Johnny Hallyday, So Many Men avec Youssou N’Dour, Soledad avec Luz Casal, Y’a pas un homme qui soit né pour ça en trio avec Florent Pagny et Calogero, Assassine en concert… Si ce second disque est plutôt réservé aux fans, le premier peut apparaître comme un manifeste en vue des conversions à Obispo. Car il révèle finalement que, une fois émondée de quelques bizarreries ou foucades semées sur ses albums, son écriture est d’une claire cohérence : une riche matière mélodique pop, le sens de la pente ascensionnelle, la ferveur des sentiments. Et on finit, d’ailleurs, par remarquer les chansons dans lesquelles ses influences et ses admirations s’entendent le plus nettement, comme la soul à la Barry White dans Tu vas me manquer ou Michel Polnareff dans Lucie
 
En choisissant les titres de sa compilation, Obispo a été bien inspiré : gros tubes radiophoniques ou chansons connues surtout des fans, les dix-huit titres du premier CD s’enchainent sans que l’on perçoive le passage du temps entre les plus anciens et les plus récents, ni de rupture de style. La marque des artistes qui durent et qui dureront.
 
Pascal Obispo MillésimeS (Sony Music) 2013.  
En tournée à partir de mars 2013