Axelle Red, l'âme soul

Axelle Red
© S. Leblon

Après une parenthèse country-folk, Axelle Red renoue avec la soul de ses débuts sur Rouge Ardent. Librement inspiré du film Into the Wild de Sean Penn, ce nouvel album aux accents romantiques ponctue vingt ans de carrière pour la chanteuse belge, qui avoue avoir "enfin su réconcilier sa vie, sa musique et ses engagements humanitaires". Entretien.

RFI Musique : Vous annonciez vouloir un "grand disque" avec un "grand son". Est-ce cela, le point de départ de Rouge Ardent ?
Axelle Red :
C’était un tournant nécessaire. Jardin Secret était un album avec de grands arrangements et des grandes chansons, puis j’ai fait ces deux albums Sisters and Emphaty et Un cœur comme le mien avec des thèmes plus engagés, sur lesquels la musique était au service des paroles. Je n’hésitais pas à rajouter des couplets parce que j’avais du texte. Musicalement, il y avait encore des dogmes assez sévères : j’avais tout composé à la guitare et je m’interdisais les claviers ! Cette fois, tout est parti de la mélodie et des arrangements. J’ai composé quarante chansons et j’en ai enregistré quinze, avec les cuivres, les cordes et les percussions que j’imaginais. Puis, j’ai enregistré ma voix en anglais. Un mélange de yaourt et de texte écrit qui est devenu l’ébauche de la version française. Les versions en anglais marchaient très bien, notamment sur Un amour profond, à tel point que je me suis posé la question de faire l’album en anglais ! Mais le français est mon originalité.

 
Vous revenez également dans vos textes à une inspiration purement romantique…
J’avais le choix : soit j’écrivais sur ma vie, soit de nouveau sur l’engagement. Mais je ne trouvais pas les petits bonheurs de mon quotidien très inspirants et j’en avais suffisamment fait sur les thèmes engagés. J’ai donc pris une troisième option, parler d’amour, mais à travers un personnage de fiction. Je me suis inspiré d’Into the Wild, qui m’a bouleversée, pour prendre le point de vue de la petite amie, celle dont on ne parle pas dans le film et qui voit son amour d’enfance partir. Mais il ne part pas pour elle, ni pour une autre. Ce personnage est un grand égoïste, il ne partage rien, prend et ne donne rien en retour. Je voulais décrire tout cela dans les chansons, et garder un fil narratif entre elles.
 
Comme tous vos premiers albums, Rouge Ardent a été enregistré à Memphis, dans le fief de la soul. Qu’est-ce qui vous incite à y retourner ?
Je ne peux plus me passer de cette ville ! Il y a tout ce que j’aime. Elvis, la soul, bien sûr, mais aussi un esprit de mélange et de convivialité unique. Je me suis rendu compte en visitant le musée de la Stax que des genres aussi opposés que la soul et la country se mélangeaient ici. Les musiciens d’Elvis enregistraient des disques de rhythm'n'blues. Pour cet album, j’ai travaillé avec des musiciens du label Stax, et aussi de Hi Records, qui étaient rivaux à l’époque, et qui aujourd’hui travaillent ensemble. Stu Kimball, qui a joué sur l’album précédent et joue régulièrement avec Bob Dylan, nous a rejoints en provenance de Nashville. Bien que les deux villes soient proches, c’est un autre monde pour lui ! Mais je me sens vraiment en famille là-bas. Tout le monde se connaît, passe dans le studio : des anciens, les fils qui font du rap… Ann Peebles est passée pendant mes prises de voix, pour m’encourager. C’était incroyable.
 
Êtes-vous toujours activement engagée dans l’action humanitaire ?
Oui, je suis ambassadrice à l’UNICEF, mais je fais aujourd’hui les choses à mon propre compte. Les violences contre les femmes et les jeunes ne font pas partie de leurs priorités, alors que c’est mon cheval de bataille. J’ai beaucoup voyagé, observé la condition des femmes, me suis engagée dans la lutte contre la prostitution. Et je continue : j’étais au Burundi en septembre. Mais il me fallait la musique, cette lutte était trop lourde à porter. Cet album m’a aidé à replacer chacune de mes activités, à assumer tous mes rôles. Avant cela, j’ai traversé une période où j’étais très malheureuse. Je me disais que je n’avais pas le droit de faire ces petites chansons d’amour, alors que tous ces gens souffraient. Je me sentais impuissante, vaine. Aujourd’hui, la musique m’a permis de trouver un équilibre. Je retournerai un jour sur le terrain, mais avec un état d’esprit différent.
 
Vous venez de fêter vos 20 ans de carrière. Avez-vous, rétrospectivement, certains regrets ?
Je me dis que parfois j’aurais pu faire de meilleurs textes. Mais lorsqu’on va au bout de soi comme je l’ai fait, on ne peut pas regretter. Je n’ai pas fait beaucoup de concessions finalement. Je ne peux pas me reprocher d’avoir un disque qui plaise aux autres et pas à moi-même. J’ai fait des albums parfois "spéciaux", comme Face A/Face B, qui a déçu une partie du public. Mais au final, je dirais que Rouge Ardent est peut-être mon préféré, avec Jardin Secret.
 
Axelle Red Rouge Ardent (Naïve) 2013
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