Axel Bauer, brut de cuir

Axel Bauer
© Y. Orhan

Sept ans après Bad cow-boy, Axel Bauer revient avec Peaux de serpent, un sixième album studio introspectif, au croisement du rock et de la variété, comme un prolongement de Maintenant tu es seul, son autobiographie publiée l’an dernier.

RFI Musique : On était sans nouvelle discographique de vous depuis longtemps. Comment cela se fait-il ?
Axel Bauer : Le temps a passé sans que je m’en rende compte, mais je n’ai pas arrêté de travailler. J’ai commencé l’album chez Polydor, le contrat a été rompu, et j’ai décidé de le produire avec mon label. C’était bien, j’avais du recul. En plus, j’ai collaboré à d’autres projets : j’ai fait une chanson pour Dracula avec Adrien Gallo (des BB Brunes, ndlr), une pour Anggun, j’ai participé à un disque caritatif de reprises avec des grands guitaristes de blues… Puis il y a eu les rencontres avec les différents auteurs, le travail et l’enregistrement.

 
Vous avez aussi sorti votre autobiographie…
Ça faisait dix ans qu’on me suggérait de faire un truc, mais je n’étais pas prêt. Une autobiographie, c’est toujours un peu bizarre. J’avais déjà écrit des petites histoires qui m’étaient arrivées, puis je me suis laissé embarquer. L’écriture elle-même vous rend spectateur et créateur de votre propre vie. J’avais été très secret pendant toute ma carrière, et je me suis dit : "Plus rien à foutre. Rien à cacher !"
 
Peaux de serpent est à mi-chemin entre le rock et la chanson…
L’album d’avant était enregistré en groupe, d’où le côté plus live. Là, je suis revenu à un enregistrement plus traditionnel. Il n’y avait pas une volonté de faire des chansons particulièrement rock. Je me fous un peu de l’étiquette, j’ai des goûts très éclectiques. Par contre, j’ai des idées assez arrêtées sur la production : le deuxième plan d’écoute est aussi important que le premier. J’ai toujours adoré les détails dans le fond : parfois il y a des voix à découvrir, dans les prises de batterie par exemple. D’ailleurs, si on réécoute Cargo au casque, on entend le chien de l’ingénieur du son hurler pendant le solo de guitare parce que les aigus lui faisaient mal... Il y a des accidents comme ça. C’est ce qui fait le corps du son.
 
Les textes sont signés Marcel Kanche, Brigitte Fontaine ou Gérard Manset, entre autres…
J’avais beaucoup écrit, mais à chaque fois que l’un d’eux m’envoyait un texte…  A la base, je suis musicien. Je suis devenu chanteur plus que je ne l’étais au départ. Manset est très en confiance avec le fait de jouer avec les mots, les concepts. Il est assez extraordinaire, son texte est nébuleux (Le jour de ça, ndlr), mais c’est un film en fait. J’ai beaucoup à apprendre. Comme de Marcel (Kanche) qui prend des allégories de hérisson mort sur la route, de celui qui pleure ses chromes rayés pour expliquer que, dans la vie, on est victime ou bourreau par moments. Ils ont une imagination débordante. La rencontre avec Marcel a été assez foudroyante. Il a cette écriture simple, avec beaucoup de questions, qui appelait une composition différente de celle dont j’avais l’habitude. J’ai dû poser un peu plus ma voix. Ça a donné une couleur grave, sombre, que je ne m’étais jusqu'à lors pas autant autorisée.
 
Il n’y a plus vraiment de chanson d’amour, et votre propre texte, L’Enfer, est particulièrement dur…
J’en avais marre des chansons d’amour ! Il y avait beaucoup plus cette recherche de soi comme dans Simple mortel… Et j’aime bien l’humour noir, ça m’amuse. Je suis de la génération d’Hara-Kiri(1), et on est dans une époque où on ose moins aller crûment dans les choses. Le personnage de L’Enfer est une sorte de projection de ce que j’aurais pu devenir si j’étais resté avec la grosse tête suite au succès de Cargo,où tu te balades avec ton cuir… Tout monde te trouve génial, et en même temps, la solitude accompagne cette étape de succès très envahissante. Que se serait-il passé si j’avais eu du succès toute ma vie ? J’aurais été comme le chante Mick Jagger, "Lonely at the top", je n’aurais connu personne. C’est ça aussi le succès : on vous voit à travers votre image mais on ne sait pas qui vous êtes.
 
On trouve aussi un duo de camarades avec Jean-Louis Aubert...
C’est arrivé par hasard. Nous sommes amis de très longue date. On a fait beaucoup de trucs ensemble, dont un trio avec les Rita Mitsouko, sur mon album Sentinelles. Il débarque souvent à la fin d’un album quand je le fais. Parfois, c’est moi. On le sent à distance... Un jour il a appelé, il était en bas. Il a écouté ce titre qui disait : "Tous les hommes à la mer/En dehors de nous deux", j’avais déjà pressenti que ce pourrait être un duo. On a alors adapté le texte de Lebert. (Tous les hommes à la mer, ndlr)
 
Dans Pense à nous, vous chantez le vide que laissent ceux qui nous ont quittés. Daniel Darc et vous avez débuté en même temps, que garderez-vous de lui ?
Sa gentillesse. Nous nous sommes connus quand on avait 18 ans, pendant les années du Rose Bonbon (2). C’était un environnement extrêmement violent, même entre les musiciens. Il y a eu de grosses bagarres là-bas, qui démarraient pour des conneries ! On revenait au punk, à un son pur, et il y avait des clans : ceux qui mettaient de la distorsion, ceux qui n’en mettaient pas, ceux qui étaient fans de The Cure, ceux qui étaient fans de ceci ou cela … Nos rapports étaient durs. Et il y avait cet être extrêmement poétique, éthéré, enveloppant aussi, disponible, qui vous regardait vraiment en aimant les gens. En même temps, il était capable de déclencher une violence contre lui-même, ahurissante. J’ai rarement rencontré quelqu’un qui allait aussi loin dans la destruction et conservait cet aspect aussi présent. Daniel était étonnant dans l’attention qu’il vous portait.
(1)Hara Kiri, journal satirique français
(2)Le Rose Bonbon, club parisien de la fin des années 70 et le début des années 80
 
Axel Bauer Peaux de serpent (Acceleration/Pias) 2013
Axel Bauer Maintenant, tu es seul (autobiographie) (Michel Lafon) 2012
En tournée française et en concert au Café de la Danse à Paris le 25 mars 2013

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