Vanessa Paradis, amour toujours

Vanessa Paradis. © J.B Mondino

Après Gainsbourg et -M-, c’est au tour de Benjamin Biolay de travailler avec Vanessa Paradis. Le double album Love Songs, 20 chansons romantiques en diable sur l’amour et la rupture, est une belle réussite. Beau retour pour l’ex-lolita de la variété devenue chanteuse pop quarantenaire au faîte de son talent. Rencontrée à Paris, Miss Paradis revient sur sa rencontre avec Biolay, ses débuts, son rapport compliqué avec les médias… Et l’amour. Toujours.

RFI Musique : Vanessa, comment avez-vous choisi les vingt chansons de Love Songs ?

Vanessa Paradis : C’est la première fois que je communique si peu avec les auteurs. Ils m’ont envoyé leurs chansons toutes faites, toutes belles, toutes sublimes. Je me suis sentie très chanceuse de les recevoir. On ne m’a envoyé que des chansons d’amour, d’où le titre. Ce sont des artistes qui n’ont rien à voir les uns avec les autres : entre Mathieu Boogaerts, François Villevieille (du groupe Eléphant), Mikaël Furnon (de Mickey 3D), Carl Bârât, Adrien Gallo (des BB Brunes). C’est ce que je leur inspirais. En même temps, les chansons d’amour, c’est ce que je préfère chanter. Ce n'était pas très sorcier non plus. Et c’est ce que les gens préfèrent écouter. Ce qui s’est très vite imposé, c’est le double album. C’était hyper chic. Grâce aux moyens d’acheter la musique maintenant, je n’ai pas l’impression d’imposer quoi que ce soit. Je me fais plaisir.
 
Il y a aussi des chansons de rupture…
C’est ça, l’amour !
 
Chanter, c’est mentir, rendre vrai quelque chose qu’on ne connaît pas. Michael Jackson chantait déjà l’amour à l’âge de cinq ans…
Et quand il chantait Who’s Loving You, il avait huit, neuf ans et cette voix insensée. Effectivement les notes, les fréquences, les vibrations et les mots transcendent les chanteurs.
 
New Year est une chanson familiale, cosignée par vous, votre fille et Johnny Depp…
Ça s’est passé sur plusieurs années. Cette chanson a commencé à voir le jour il y a huit ans, j’avais deux accords et je peinais à trouver une mélodie. Ma fille Lily Rose s’est mise à chanter la mélodie telle qu’elle est, elle a trouvé la première phrase. Elle avait six ans. J’ai perdu ma mâchoire quand j’ai entendu ça et je n’ai jamais oublié cette mélodie. Trop beau, trop fort, d’une pureté incroyable. J’ai terminé la mélodie. Mon amie Ruth Ellsworth Carter a fait le texte quelques années plus tard.
 
Comment définir la couleur musicale de l’album ?
Aïe. Je ne pourrai pas. S’il faut mettre un label dessus, c’est de la variété, de la musique pop, mais il y a tellement d’influences musicales, c’est un beau voyage. On passe par plein de cultures différentes. Avec un titre pareil, on sait que c’est le voyage de la musique et de l’amour. On est en France, en Angleterre, à Cuba, en Italie, en Afrique, dans plein d’endroits. Moi, en écoutant les chansons, c’est l’effet que ça me fait, et ceux qui l’ont écouté et aimé me le disent aussi. Pour les arrangements, Benjamin et moi avons beaucoup de goûts communs. Je me suis beaucoup basé sur son premier album Rose Kennedy. Je lui ai dit que j’adorais les cordes, les cuivres, les chorales qui sur son disque, me foutaient des frissons. Je rêvais de chanter avec une chorale. Les chansons partaient de guitare voix et petit à petit, il les construisait. Je n’étais pas dans sa tête, mais il est très instinctif, il va très vite en studio. Il avait dû faire un travail préalable, mais j’ai senti qu’il y mettait tout son savoir-faire, et qu’il était à l’écoute de mes envies. C’était naturel et spontané. Il y a énormément de premières prises. J’adore le mélange entre les choses très écrites et les choses lâchées, attrapées au vif. Il y a des fausses notes, des erreurs, des couacs, c’est ce qui rend la chose vivante et palpable.
 
Pas cette couleur urbaine qu’il apprécie …
Un petit peu sur des ad libs, sur Rocking Chair à la fin. Il aime bien. C’est notre génération. Il ne fait pas semblant. Moi aussi l’urbain, j’adore. Je ne rapperais pas mais…
 
Un duo avec un rappeur, ça pourrait se faire ?
Ah mais bien sûr. Aux États-Unis, ça se fait avec la soul, ça se marie complètement. Chez nous, c’est plus difficile, la langue non plus n’est pas la même.
 
Biolay a souvent suscité la controverse…
Je trouve ça odieux qu’on dise qu’il écrit des belles chansons, mais que c’est mieux quand c’est d’autres qui les chantent. J’adore sa voix, elle est absolument charmante. Il a des tons de crooner. Les gens ne vont pas plus loin que leurs a priori.
 
Vous aussi avez souffert des critiques…
Mais moi j’ai commencé à écrire des chansons il n’y a pas longtemps, je suis pour la plupart du temps, une interprète. Alors que lui il écrit, compose, joue, arrange, chante, écrit pour beaucoup d’autres gens, des hommes et des femmes. A chaque fois, il y met le meilleur de lui. Il ne fait pas le même travail quand il est avec Henri Salvador, Keren Ann. Il fait de la musique avec son cœur, avec sa tête et avec une telle générosité que ça ne se critique pas, ça s’applaudit.
 
On n’aime pas applaudir, en France. L’appréciation critique rentre-t-elle en compte quand vous entrez en studio ?
Jamais, et surtout pas en studio. Le studio est un endroit tellement préservé, c’est une telle bulle de création. C’est la liberté totale, il n’y a pas de jugement, pas de regards. Encore plus cet album-là. Il a été enregistré à Bruxelles, loin de ma famille et de mes amis, en autarcie. On ne pensait à rien d’autre qu’aux chansons et au plaisir. Sinon, ça empêche de faire des choses. C’est comme les horoscopes.
 
Vous avez démarré très jeune. Vous sentiez-vous chanteuse depuis le début, ou l’êtes-vous devenue ?
À 14 ans, je me sentais déjà chanteuse. Je ne savais pas que ça allait durer autant, je ne me posais pas la question, j’avais assez à faire. J’étais embarquée sur cette route. Il n’y avait pas de projet à long terme. Il y a eu un premier single, un second, et ça valait le coup de faire un album.
 
C’était compliqué pour vous à vos débuts, vous l’avez souvent évoqué…
On m’en parle toujours. 26 ans plus tard, chaque promotion que je fais, que ce soit pour un film ou un disque, je passe pour une névrosée de mes débuts… Si on en parle, c’est que c’était très dur. Mais comme on dit, on sort plus grande des épreuves. C’était dense, j’étais en pleine évolution, en pleine croissance. 14 ans, c’est un âge où on est rarement à l’aise avec qui on est, rarement prête à se présenter aux autres, à être jugée, à se défendre. Ça n’est vraiment pas le moment, mais c’est à ce moment-là que ça s’est présenté à moi. Et je ne le regrette pas.
 
Vanessa Paradis  Love Songs (Barclay/Universal Music) 2013
Site officiel de Vanessa Paradis
Page Facebook