Daran, de la France au Québec

Daran
© R. Coignard

De la chanson, du rock, un nouveau groupe made in Montréal. Après Le Petit peuple du bitume sorti en 2007, Daran revient avec L’Homme dont les bras sont des branches, et ses treize inédits "patinés" de scène en scène au Québec avant d’avoir été enregistrés. La Belle province où le chanteur s’est installé depuis presque trois ans. Rencontre.

RFI Musique : Depuis votre dernier album, vous êtes devenu québécois !
Daran
 : La première fois que j’ai entendu un de mes titres à la radio, c’était au Québec. Au moment de la sortie de J’évite le soleil, ils avaient beaucoup passé ma chanson L’aquarium. A cette époque, j’étais déjà prêt à franchir l’Atlantique pour être sur place, et puis ça a démarré en France avec le deuxième album et Dormir dehors. Mais j’ai toujours continué à y sortir mes disques, à y aller en promo, à faire des concerts sans me limiter aux Francofolies de Montréal et aux festivals d’été. Récemment, j’ai pris ça comme une espèce de challenge revigorant de repartir à la conquête de ce territoire que j’aime, et qui est finalement tellement vaste que je me suis rendu compte que je n’en avais parcouru peut-être que le dixième… Faire des dizaines et des dizaines de concerts, parcourir des milliers de kilomètres, c’était un peu l’idée. 

Musicalement, les chansons de votre nouveau disque font l’effet d’autant de lignes d’horizon à atteindre… Ont-elles été écrites au Québec ?
Elles ont été composées en France mais arrangées au Québec avec les musiciens. Quand cette idée d’immigration m’est venue, je ne voulais pas partir les mains vides. J’avais déjà l’album sous le bras, composé en démo très sophistiquée, prêt à être enregistré. En arrivant là-bas, mon premier souci a été de monter un band québécois. Je connaissais des musiciens à Montréal, mais je voulais voir ce que cette ville offrait comme sang neuf. J’y ai finalement trouvé les oiseaux, rares à mon sens, qui sont avec moi sur scène et jouent sur ce disque. Et quand j’ai vu à qui j’avais à faire, j’ai mis mes belles démos à la poubelle, j’ai remis tous les morceaux en guitare-voix et ils n’ont jamais entendu ce que j’avais fait au préalable.
 
Que vous ont-ils apporté de différent ?
D’abord un son. Aujourd’hui, il y a une scène émergente extraordinaire à Montréal, aussi bien francophone qu’anglophone. Il y a vraiment un son, avec ces guitaristes très atmosphériques. Je suis aussi allé chercher un bon coup de pied au cul parce que j’ai dû énormément travailler pour être au niveau de mes musiciens ! La musique là-bas, c’est très très sérieux. Ils sont forts comme on n’imagine pas. Et tu découvres que ton guitariste joue aussi du piano, qu’il est aussi réalisateur, ingénieur du son…
J’ai fait le choix de leur abandonner le bébé. Ce qui pour moi, est un choix très important. Quand moi-même, je suis réalisateur, je suis un dictateur… Je pense que ce qu’il y a de plus important dans l’art, c’est le lâcher prise. Si on met sur une échelle, les chanteurs des plus mauvais aux meilleurs, on se rend compte que c’est ça qui les différencie : il y a ceux qui s’écoutent chanter et puis, il y a les Thom Yorke… Ils ont beaucoup travaillé, mais ce travail-là ne se ressent plus : quand ils chantent, on a l’impression de voir l’intérieur, et c’est une espèce de lâcher prise. Alors prendre mon album et le donner en pâture à des gens que je connaissais à peine, c’était aussi un travail sur moi. Bien m’en a pris d’une part pour ce qu’ils ont amené, et en plus, je me retrouve avec des musiciens qui sur scène, jouent des choses qu’ils ont trouvé pour la plupart. Donc évidemment, il y a une autre dynamique, une vraie implication.
 
Que vous chantiez l’amour, la joie, les "temps durs pour les tendres", la plupart des chansons sont celles d’un observateur…
Je crois que c’est mon angle d’attaque. Il y a des gens qui vont crier leur rage et ça marche très bien parce qu’ils sont faits pour faire ça. Moi, j’aime bien le second degré. On se dit souvent que tout a été dit. Mais on trouve toujours une nouvelle façon d’enfoncer le clou quelque part, de soulever une autre petite facette d’un même problème que tout le monde connaît. Faire une chanson qui parle aux gens, finalement, c’est peut-être réussir à cristalliser des choses qui sont dans l’air et que tout le monde pressent, prévoit, entend… Quand les gens l’écoutent, ils ont le sentiment que c’est exactement ce qu’ils auraient voulu dire. Ils s’y retrouvent. C’est pour ça qu’il y a aussi un temps pour une chanson. Parfois, ce n’est pas le moment, mais ça, c’est du hasard. Quand tu fabriques de la musique, tu fais ce qui te plait le plus, après si ça plait aux autres, c’est la cerise sur le gâteau. Je vivrai toujours mieux avec un album que j’adore qui ne marche pas, plutôt qu’avec un album qui cartonne sur lequel j’ai fait plein de compromis.
 
Daran L’Homme dont les bras sont des branches (Washi Washa) 2013
En concert à Paris le 30 mai au Divan du monde (complet), le 13 novembre au Café de la Danse