Féfé, libre et incompris

Féfé, libre et incompris
Féfé © JM Lubrano

Ex-metteur en son du Saïan Supa Crew, Samuel Adebiyi, plus connu sous le nom de Féfé, réapparaît sous nos latitudes avec un second album intitulé Le Char- me des Premiers jours. Et comme son prédécesseur, ce disque produit entre Paris et San Francisco se joue des frontières entre le hip hop, la chanson et la soul, au risque de sus- citer certains malentendus. Entre- tien avec le chanteur francilien à peine revenu des Francos de Montréal.

RFI Musique : Ce nouvel album bénéficie une nouvelle fois des services du prestigieux producteur américain Dan the Automator. Qu’apporte-t-il d’essentiel à ta démarche ? Féfé : C’est effectivement la deuxième fois que je collabore avec lui. Pour Jeune à la retraite, mon premier album, c’est un directeur artistique qui m’avait orienté vers lui. Ça n’avait pas collé tout de suite d’ailleurs, car nous n’étions pas d’accord sur plusieurs détails. Mais j’ai finalement plutôt aimé ces différences de point de vue. Et j’ai décidé de lui confier de nouveau la production de ce nouvel album. Comme moi, il vient du hip hop mais reste ouvert à des horizons musicaux plus larges, et, comme moi, il est un peu fou ! C’est exactement ce mélange-là que je cherchais, mais que je n’ai jamais trouvé en France. Et puis c’était l’occasion de s’exiler à San Francisco, pendant un mois, loin de Paris où je suis toujours à me demander ce que l’on va dire ou penser de ma musique.

Certains partis-pris de production sont très marqués soul seventies notamment…
Oui, j’ai essayé de retrouver tout ce que j’aime dans la musique soul ou funk des années 60 et 70, ce son organique, cette folie. Retrouver le "charme des premiers jours", mes premiers émois pour les artistes de cette époque, Curtis Mayfield, Sam Cooke, Al Green, Fela… J’ai grandi avec cela, c’est la musique qu’écoutait mon père au Nigéria, puis en France. Il avait une incroyable collection de vinyles et nous les passait le dimanche après-midi pour passer le temps. Mais en même temps, je n’avais pas envie de tomber dans le piège du "revival". Tout le monde s’y est adonné ces derniers temps. Je viens du rap. Donc, il fallait qu’il y ait cette touche moderne, et un mélange heureux avec la chanson française, toujours difficile à faire groover. Cet album, je l’ai voulu riche, avec des arrangements de cordes et des climats parfois très cinématographiques, mais avec les apparences de la simplicité.
 
Est-ce là la principale évolution par rapport au premier album ?
La différence vient surtout du fait que je me pose beaucoup moins de questions ! Je fais ce que j’ai en tête. J’assume les arrangements classieux. Cela fait partie de ma culture. Je savais que certains ne comprendraient pas ce choix, mais je voulais me prouver que j’étais capable d’un album avec davantage de souffle. C’est une étape importante pour moi.
 
 
 Après avoir officié au sein de Saïan Supa Crew, entamer une carrière solo était-il une évidence pour vous ?
Non, je ne m’étais jamais vu en solo à vrai dire. De tout le groupe, j’étais le seul à n’avoir jamais vraiment travaillé dans ce sens. Je songeais d’ailleurs à arrêter la musique lorsque le groupe s’est séparé (en 2007, ndlr). Puis je m’y suis remis progressivement, presque à reculons, lorsqu’un ami m’a offert une guitare. J’ai commencé à maquetter quelques chansons, et ô surprise, une maison de disque s’y est intéressée, alors que je ne songeais qu’à faire la tournée des bars pour faire vivre ma famille, ma guitare et mon MPC sous le bras ! La signature en maison de disque a été une vraie surprise, même si, aujourd’hui, je vois ma carrière solo comme une évidence.
 
Dans le titre, le Chant d’une étoile, en ouverture, tu t’adresses directement à tes détracteurs. As-tu toujours le sentiment que ta démarche reste incomprise ?
Ce morceau est l’un des derniers à avoir été écrit, mais je l’ai placé en introduction du disque parce que, justement, j’avais affaire à beaucoup d’incompréhension. Je n’ai jamais été un puriste du rap. Ce serait mentir aux gens que d’affirmer cela. Déjà, à l’époque de Saïan, j’étais attiré par la bossa-nova, d’autres sons, d’autres musiques, et c’est en partie pour cela que le groupe restait déjà hors du paysage hip hop français. Et je chantais certains refrains. Cela me rend fou de devoir m’expliquer, comme il y a dix ans, face à ceux qui veulent que je ne fasse que du rap. Mais désormais, je ne veux plus calculer. Si j’écoute l'avis des gens, je ne fais plus rien !
 
Quels sont vos futurs projets après cet album ?
J’ai de nombreux festivals prévus cet été, et je prépare plusieurs voyages en prévision de mon prochain album. Je vais aller à la Réunion, à Cuba, au Nigéria et peut-être dans le nord du Brésil, pour suivre le périple des esclaves yoruba, l’ethnie de mes parents, à travers le monde. J’ai déjà le thème de mon prochain album, reste à trouver la manière de le traiter.
 
Féfé, Le charme des premiers jours (Polydor/Universal) 2013
En tournée en France et en concert le 14 octobre à l’Olympia à Paris.
 
Site officiel de Féfé 
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