Soan, la preuve de vérité

Soan, la preuve de vérité
Soan © DR

Sens interdits, le troisième album de Soan, ancien gagnant de l'émission de téléréalité Nouvelle Star, confirme le talent singulier d’un chanteur qui avait suscité beaucoup de doutes à ses débuts.

Saura-t-on enfin qui est Soan ? Ou, plutôt, parviendra-t-on enfin à fixer une bonne fois pour toutes, son image. Lorsqu’il a emporté la septième édition de Nouvelle Star en 2009, on ne savait pas vraiment s’il était un rebelle égaré dans l’univers prévisible de la variété ou un produit factice. Certains des critiques les plus bienveillants voyaient en lui un personnage hybride et fantastique comme la Mock Turtle (la tortue fantaisie) d’Alice au pays des merveilles

Il y a eu presque trois ans entre le premier album de Soan et le suivant. Mais il a fallu attendre à peine plus d’un an après Sous les yeux de Sophie pour qu’arrive ce troisième album. Heureusement, Sens interdits raffine et précise l’image d’un auteur-compositeur-interprète dont les références sont si transparentes qu’on a parfois craint de le perdre derrière toutes ces grandes ombres tutélaires.
 
Certes, son timbre est toujours à mi-chemin de Bertrand Cantat et de Christophe Maé, mais on commence à mieux entendre un souffle personnel et vrai, une intention sauvage et inquiète, une insolence tendre et joliment funambule. Ainsi, beaucoup d’adolescents vont sans doute aimer les premiers mots de Me laisse pas seul du premier extrait de l’album : "Come on little girl / Kiss me please / Et ferme ta gueule / Me laisse pas seul" – une déglingue désordonnée, une âpreté urgente, qui mêle rock, romantisme et une soyeuse dose de provocation candide.
 
Évidemment, on peut trouver que Soan a tant de facilités d’écriture qu’il n’échappe pas, parfois, à des complaisances vaguement cryptiques et foudroyantes – "L’audace des corbeaux / Mon stylo de problèmes", par exemple. Mais il sait aussi bouleverser. Et c’est là qu’il a atteint une maturité incontestable, sans effets faciles et sans chercher non plus midi à quatorze heures, comme dans Conquistador, énième chanson introspective d’ivrogne ou d’enfant mal grandi, qui atteint une profondeur "brélienne" avec une belle économie de moyens.
 
Et il sait aussi se faire portraitiste de son époque, comme dans Bobo, charge sur l’esprit bourgeois-bohème pas toujours nuancée mais diablement jubilatoire. Et son duo avec Rachid Taha sur la chanson Sens interdits est une belle promenade de guerriers du frisson.
 
Soan Sens interdits (Epic-Sony) 2013
 
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