Julien Doré, amour, louve et tropiques

Julien Doré, amour, louve et tropiques
Julien Doré © DR

Avec son troisième album, Løve, Julien Doré, ancien vainqueur paradoxal de l'émission La Nouvelle Star, s’envole vers des terres lointaines et mythiques pour un album tout moelleux.

Dans ses interviews de promotion, Julien Doré décrypte volontiers le titre de son album Løve : il ne s’agit pas seulement d’un amour barré (même s’il sort d’une peine de cœur) mais du mot danois qui désigne le lion et qui se prononce louve. Voilà pourquoi apparaît sur la pochette le roi des animaux, mais avec un je-ne-sais-quoi de mélancolique dans la pose et dans le regard. Et pourquoi aussi il cite plusieurs fois la femelle du loup. Cela suscite ainsi une image un peu approximative dans Chou wasabi : "Le ciel se couche sur ta peau de louve" – ce qui est oublier l’épais pelage de canis lupus et de ses cousins. 

Parvenu au troisième album studio, Julien Doré doit répondre aux questions rituelles de cette étape. Le premier album Ersatz, en 2008, installait l’univers d’un créateur révélé au grand public, avec ses paradoxes et ses provocations, par sa victoire dans l’émission La Nouvelle Star.
 
En 2011, Bichon confirmait un sûr talent d’écriture, une vraie capacité à attirer les featurings finauds, un charisme certain dans l’interprétation… Dans Løve, Julien Doré doit passer l’épreuve de "l’album normal", du disque qui ne bénéficie plus de l’effet démultiplicateur de la curiosité et qui est censé inaugurer le cours régulier d’une carrière établie.
 
Son parti-pris est donc presque conceptuel – le lion, la louve, le chagrin d’amour sublimé. Et il aboutit à un album ouaté, voire engourdi, tout entier consacré aux souvenirs heureux de l’amour, aux départs en vacances et à la sensualité d’hôtel.
 
Les chansons planent dans une brume idéale de farniente à Miami à l’aube des années 80, ou quelque part sur une Riviera middle class de feuilleton. Curieusement, on a l’impression que Julien Doré partage une bonne partie du bagage de Sébastien Tellier, et notamment dans la tentation de plonger dans les délices sucrées de la musique de genre.
 
Le premier single extrait de l’album, Paris-Seychelles, assume fièrement un bilinguisme aux contours classiques : quelques mots d’anglais qui tournent de manière entêtante et des couplets en français. Et, plus loin dans l’album, Julien Doré adopte le plaisir de ne chanter qu’en anglais, le temps d’une ballade ébréchée à la Mark Lanegan, Memories.
 
Mais il sème aussi son album de beaux objets pop singuliers, comme Platini, ode à un footballeur mythique qui célèbre également le temps qui passe et l’épuisement des sortilèges sur le terrain. Et, avec Corbeau blanc, il porte haut le flambeau d’une pop torrentueuse et ouvragée à la Gérard Manset.
 
Longue méditation sur la douceur – voire la torpeur – Løve est un album de chanson lounge qui, en d’autres temps, aurait fourni aux boums adolescentes une belle moisson de slows. Dans l’immédiat, c’est surtout un intéressant pas de côté : s’étant montré en ses facettes multiples – et donc presque tout entier – dans ses deux premiers albums, Julien Doré creuse une part de lui-même. Une seule. Il en garde pour la suite. Le voici romantique, souriant malgré les larmes. Le retour à l’ironie mordante ou la fantaisie, ce sera pour plus tard. Cela s’appelle une carrière.
 
Julien Doré Løve (Columbia/Sony music)
Site officiel de Julien Doré
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