Étienne Daho, la sagesse insolente

Étienne Daho, la sagesse insolente
Etienne Daho © Richard Dumas

Après une sortie repoussée due à la maladie, Étienne Daho publie enfin, ces jours-ci, ses Chansons de l’innocence retrouvée. Enregistré dans son fief de Londres, le chanteur rennais s’y dévoile sûr de sa force, engagé parfois et toujours audacieux dans la forme.

Que l’attente fut longue ! Bouclé au printemps dernier, Les Chansons de l’innocence retrouvée, onzième album studio d’Étienne Daho, devait paraître en septembre dernier, mais la sortie a dû être repoussée de deux mois, en catastrophe. En cause, une péritonite contractée en août par le chanteur, laquelle a failli l’emporter. Mais c’est sans compter sur l’"instinct de vie très fort" dont le natif d’Oran, enfant de la guerre, reconnaît être habité.

C’est cette même force, et ce regard distancé, un peu dandy, sur l’existence, qui traverse son nouvel album, écrit, conçu et enregistré entre quatre villes symboles. Rome, théâtre du très cinématographique L’homme qui marche, où Daho a passé un week-end prolongé de deux mois pour entamer l’écriture de son disque. Londres, où le chanteur a ses habitudes et où l’essentiel des titres a été enregistré. Paris et New York, dont le passé bohême des années 70 hante L’étrangère (avec Debbie Harry, chanteuse emblématique du groupe Blondie).

Sur ces Chansons de l’innocence retrouvée, il flotte un parfum de liberté, de perte de repères aussi pour l’auditeur. Si le titre La peau dure semblait donner le ton d’une pop orchestrale, directe et solaire, ces onze titres emportent ailleurs. Enregistré avec son fidèle acolyte Jean-Louis Piérot, ce nouvel opus rappelle à quel point l’éclectisme de Daho le rapproche souvent d’un autre artiste pop protéiforme, David Bowie. Une connexion évidente sur Le Baiser du destin et ses guitares acérées période Scary Monsters.

À d’autres moments, le renfort de Nile Rodgers ou de Debbie Harry scelle la filiation disco, avant que des cordes ténébreuses ne rappellent le romantisme sombre cher au chanteur. Omniprésent, le socle rythmique assuré par deux excellents musiciens britanniques apporte au disque une dimension soul. Daho et son réalisateur attitré osent tout, comme le registre rock le plus rêche avec En surface, écrit par Dominique A, la chanson d’actualité, sur ce Nouveau printemps inspiré par le drame de Lampedusa, ou la provocation borderline de Onze mille vierges.

De Genet à Doillon

Riche de nombreux invités (citons encore François Marry, de François and the Atlas Mountain), les Chansons de l’innocence retrouvée est produit avec liberté, et parfois un peu de démesure. Il s’avère en revanche moins tourmenté, introspectif que son prédécesseur. Il faut dire que six années séparent ce nouvel album de L’Invitation, réussite majeure et succès critique autant que public. Une période pendant laquelle l’artiste s’est fait plus discret, en termes médiatiques, mais n’a jamais cessé ses activités, empruntant des chemins de traverse inattendus et souvent passionnants.

Il y a eu, d’abord, ce Daho Pleyel Paris, un DVD live en forme de témoignage sur la tournée-fleuve de 2008. Quelques compilations hommages, comme ce Tombés pour Daho sur lequel la nouvelle génération (Biolay, Tellier) reconnaît l’héritage de l’auteur de Pop Satori. Ironiquement, c’est auprès de la nouvelle génération d’artistes français anglophones que ce fan du Velvet Underground choisit de s’illustrer. Avec le très jeune groupe Coming Soon d’abord, en figurant sur l’un de leurs clips, puis à la faveur d’apparitions scéniques à leurs côtés, devant un public trop jeune pour avoir connu la "dahomania". Puis auprès de la chanteuse Lou Doillon, pour qui il réalise en 2011 et 2012 un premier album aux accents particulièrement velvetiens.

Le moment fort de sa carrière "hors champ" a lieu en 2010. Daho enregistre cette année-là avec Jeanne Moreau une adaptation musicale habitée du poème de Jean Genet, Le Condamné à mort. Une expérience dont le chanteur s’est nourri, de son aveu même, pour ses Chansons de l’innocence retrouvée. "C’est en plongeant trop bas que l’on avance un peu", dit-il sur Un bonheur dangereux. Une forme de sagesse que n’aurait pas reniée le controversé poète français.
Étienne Daho les Chansons de l’innocence retrouvée (Polydor) 2013
Site officiel d'Etienne Daho
Page Facebook d'Etienne Daho

En tournée française à partir de l’automne 2014…