Garou, droit devant

Garou, droit devant
Garou © DR

Relancé par le succès de son album de reprises Rhythm and Blues et sa présence remarquée dans le jury de l'émission de télé française The Voice, Garou s'offre un casting de luxe d'auteurs-compositeurs (Goldman, Obispo, Cabrel, De Palmas, Plamondon) pour sa huitième livraison studio qui s'intitule Au milieu de ma vie. Rencontre avec RFI Musique pour une interview-vérité.
 

RFI Musique : Est-ce l'heure d'un premier bilan pour vous ?
Garou : Cela s'est fait de manière inconsciente. Je ne me suis pas arrêté pour faire un bilan et demandé des titres dans cette veine-là. C'est en faisant le choix des chansons que je me suis rendu compte qu'elles étaient assez rétrospectives et très proches de moi. Je fais ce bilan aujourd'hui en parlant de l'album.

Le titre Au milieu de ma vie s'ouvre par cette phrase : "Je n'ai pas vu passer le temps". Doit-en en déduire que vous n'êtes pas du genre à vous poser ?
Je ne l'ai jamais fait et je ne suis pas parti pour le faire. Mais je me canalise un peu plus qu'avant dans certaines folies. Sauf que j'en ai trouvé d'autres, comme les séries-télé par exemple. J'étais très excessif dans mon rapport avec le milieu de la nuit. Quand tu arrives dans n'importe quel gros night-club dans le monde et que tu t'aperçois que tu connais la moitié des gens, tu commences à te poser des questions (rire).

Peut-on considérer ce disque comme un kaléidoscope de toutes vos humeurs musicales ?
C'est exactement ça. Il y a du rock à la Kings of Leon (Avec elle), du blues, de la variété française retouchée de façon plus anglaise. J'ai toujours eu des goûts éclectiques, mais là, on a insufflé une véritable modernité. Comme pour mon album Rhythm and Blues, j'ai voulu travailler avec le collectif anglais Sanctuary Music Vault. On n'avait pas terminé ensemble d'explorer certaines choses.

Cet album marque vos retrouvailles avec Luc Plamondon et Richard Cocciante...
Ils n'ont jamais été rechantés depuis Notre-Dame de Paris. Ils me connaissent depuis le début. Richard m'avait dit lors de notre première rencontre qu'il n'était pas amateur de blues. Au cours de mon audition qui a duré quatre heures, j'ai fini par chanter du blues avec lui. Et là, quinze ans plus tard, il me compose un blues ! Quant à Luc, ça fait douze ans qu'il me parle de son envie d'être là pour l'album de mes 40 ans. Je trouvais que c'était une drôle d'obsession. Mais aujourd'hui, je comprends mieux.

Dans la chanson Le blues dans le sang, il est question de blues, de whisky et de cigarette. Est-ce votre cocktail détonant depuis 20 ans ?
J'aime encore les bonnes choses... les mauvaises aussi (rire). Et je dois avouer que j'ai troqué un peu le whisky contre la vodka. C'est vrai que je ne me suis jamais détaché de cette ambiance-là. Quand je pars en tournée, c'est le même état d'esprit. Évidemment, j'ai maintenant plus de responsabilités puisque je suis mon propre producteur. Mais quand je dis "la manette est dans le bus", c'est la formule magique. Cela signifie qu'on a un long trajet en bus et que personne ne va dormir de la nuit parce que je vais jouer au poker avec les musiciens.

Pourquoi avez-vous été touché par le texte de David Nathan, Avancer ?
Parce qu'il était à la fois intime et universel. La chanson est passée par mon restaurant à Montréal. Marc Bolay, mon associé, m'a dit que je devrais l'écouter et me l'a envoyée. Le premier jour de l'enregistrement, j'ai pris l'Eurostar pour me rendre à Londres. J'étais dans le train avec mon casque et est arrivée ladite chanson. Je me vois encore la larme à l’œil en train de regarder le paysage. J'ai vécu un moment incroyable, je suis tombé à la renverse. Au studio, j'ai dit à tout le monde qu'on allait changer le programme et qu'on allait enregistrer la chanson immédiatement.

Vous avez pris la plume pour écrire Tu sais. Êtes-vous un père qui se sent coupable de ses absences ?
Bien sûr que je me sens coupable. Mais la chanson s'appelle Tu sais donc je sais que ma fille comprend tout ça. Je l'avais écrite au départ pour elle, pas pour l'album. C'était trop personnel pour qu'elle y figure. Mais finalement, j'ai écouté la chanson avec ma fille et il y a eu des larmes de tendresse qui coulaient. Je m'en rappellerai toute ma vie. Et c'est ma fille qui m'a demandé de la mettre sur l'album.

Quelles sont vos fêlures ?
Je suis un peu massacré de partout. J'ai soixante ans dans le corps, mais seize ans dans la tête. Donc j'ai encore les fêlures des premières fois. Je suis quelqu'un qui ne vit que d'émotions.

Êtes-vous conscient que l'émission The Voice vous a offert une nouvelle visibilité ?
Complètement. A ma grande surprise, beaucoup de gens m'ont découvert avec ce programme. Je faisais surtout des télés où je ne faisais que chanter. Là, on m'a vu sous une autre facette et cela m'a apporté un gros capital sympathie.

Aucune lassitude à y participer ?
Le seul souci, c'est d'être loin de la maison. Mais encore une fois, c'est la patronne, ma fille, qui a pris la décision. Parce qu'entre la sortie de l'album et la tournée, j'avais de bonnes raisons de ne pas le faire. On verra, par contre, pour une quatrième saison.

Et si vos quarante premières années étaient à refaire ?
J'essayerai de refaire la même chose. Je me suis principalement reposé sur mon authenticité, ma spontanéité et mon instinct. J'ai vécu beaucoup de choses qu'on connaît et d'autres qui ne se racontent pas. Je suis toujours allé au bout des choses.

Comment allez-vous aborder ce nouveau tournant ?
Je n'ai surtout pas envie d'être blasé. Donc, je veux me renouveler constamment : nouvelles expériences, nouvelles folies, nouveaux excès (rire).
Garou Au milieu de ma vie (Mercury) 2013
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