Le regard sur le monde des Têtes Raides

Le regard sur le monde des Têtes Raides
Têtes Raides © J.Mignot

Plus d’un quart de siècle qu’ils trimballent leur caravane de mots et leur univers bricolé. Moins d’un an après un projet qui les avait amenés à reprendre les poètes, les Têtes Raides signent avec Les Terriens un nouveau disque où ils ressortent les guitares électriques et sur lequel on retrouve leur regard amusant sur le monde. Christian Olivier, auteur-compositeur-chanteur et "écriveur" des Têtes Raides, nous en parle.

RFI Musique : Les personnages que l’on voit sur la pochette de votre nouveau disque, ce sont des Terriens ?
Christian Olivier : C’est une espèce de Terriens, parce qu’ils sont assez nombreux, en fait. Ce sont les nouveaux habitants de la terre qui déboulent… L’idée de ce disque, c’est : "On veut toujours tout réinventer ! À chaque fois qu’un terrien déboule, il est là pour réécrire l’histoire." Dans ce titre, Les Terriens, il y a aussi un côté humour, rigolo.

Quelle couleur musicale vouliez-vous donner à ce disque ?
J’ai l’impression que Les Terriens ont ressorti les guitares électriques, ils avaient besoin de retrouver une ouverture de sons, un espace. Il y a donc eu un vrai travail sur les guitares, dès l’écriture… Quand j’ai débuté ce disque, j’avais déjà 3-4 chansons, et je voulais travailler sur la profondeur du son, sur quelques effets, sur l’énergie aussi.

On a l’impression que Les Terriens est joyeux en dépit de thèmes assez graves. Vous êtes plutôt optimiste ou pessimiste dans votre constat ?
Je pense que si je n’étais pas optimiste, je n’arriverais pas à faire des disques. Même si on ne raconte pas forcément des choses drôles, pour faire de la musique on est obligé d’être joyeux, d’avoir cette énergie, cet humour, avec tout ce que cela comporte de jeu.

Certains de vos textes traitent de la montée de l’extrême-droite aujourd’hui en France. Comment vivez-vous cela ?
Il faut toujours être vigilant, continuer à mener le combat. Malheureusement, l’extrême-droite refait surface par périodes. A un moment donné, il faut reprendre la parole là-dessus sans en faire des tonnes, parce que je ne suis pas non plus du genre à faire de la pub pour ces gens-là.

Votre réponse serait plutôt dans l’absurde, dans la poésie.
C’est ça ! Avec Têtes Raides, on a baigné dans la poésie dès le départ. Pour notre album précédent, Corps de mots, on a repris Lautréamont, Genet, tout un tas de poètes qui parlent de choses graves et puis de l’absurdité de ces choses graves. Je pense que c’est par le biais de la poésie, de l’imaginaire, du rêve qu’on peut ouvrir les fenêtres quand il y a des odeurs nauséabondes comme celles-là. C’est par ce biais qu’on réussit à toucher les gens et qu’on arrive à leur dire qu’il y a des choses très belles à faire vers lesquelles il faut tendre.

A quel moment la poésie est-elle venue à vous ?
Oh assez tard, je devais avoir 18 ou 20 ans. Têtes Raides, la musique, le rock, lire des bouquins, j’ai tout commencé en même temps ! C’est venu par l’intermédiaire d’un ami qui m’avait remis le "Condamné à mort" de Jean Genet, cela m’avait intérieurement complètement bouleversé et cela m’avait donné une énergie énorme. C’est cette chose-là que j’essaye de transmettre encore aujourd’hui parce que quelque part, on est un peu des courroies de transmission pour ces écrits.

Et comment parvient-on à écrire quand on a ces modèles-là ? Cela peut complexer…
Je n’ai jamais été frustré par ça, au contraire, pour moi, ça a toujours été des appuis, des tremplins pour écrire. J’ai vraiment plongé dans l’écriture et depuis 25/30 ans maintenant, en dehors d’écrire des chansons, de toute façon, j’écris tous les jours. C’est un besoin de mise au point, un espace de liberté, d’imaginaire, et puis c’est quelque chose de physique. L’écriture, les textes et la lecture, c’est vraiment de l’ordre de la nourriture. Lire un Genet, c’est comme aller manger une entrecôte.

Comment les mots se confrontent-ils à la musique des Têtes Raides ? Tout ça vient en même temps ?
Le texte et la mélodie, c’est-à-dire la grille d’accord, sont là avant que le groupe n’intervienne, c’est vraiment un travail très personnel. Entres les textes et la musique, tout est très imbriqué. Il y a une phase d’arrangements derrière mais quand j’arrive en studio, le travail est bien avancé, je connais déjà la structure des morceaux. Pour moi, toutes les résonnances d’un texte doivent se fondre complètement dans une mélodie parce que le sens, le jeu rythmique des mots, tout cela fait un au final.

Les Têtes Raides ont beaucoup changé de membres depuis leurs débuts. Comment composez-vous avec cela ? Et comment continuez-vous à écrire cette histoire ?
C’est vrai, ce n’est pas simple tous les jours, parce qu’avec les chansons, Têtes Raides, c’est des gens. On a démarré à trois, on a été quatre, on a été huit, on a été six, du mouvement il y en a tout le temps eu et suivant les albums, ça bouge encore. Malgré tout, je dirais que Têtes Raides est arrivé à un endroit où il y a un respect du projet, qui peut changer selon les époques. Têtes Raides, c’est un personnage qui avance, les gens forment le corps de ce personnage et chacun a les clefs d’une articulation.

Et quelle est la place de Mère-grand (surnom de Christian Olivier au sein du groupe, ndla) dans tout ça ?
(rires) Mère-grand est train de recharger son cabas, parce qu’elle y met toujours des carottes et quelques poireaux dedans, et dans Les Terriens, je pense qu’il y a sans doute une ou deux Mère-grand qui passent.
Têtes Raides, Les Terriens (Tôt ou Tard) 2014
Page Facebook des Têtes Raides

En tournée en France et les 10, 17, 24 et 31 mars au Bataclan à Paris