Franck Monnet, chansons du bout de la terre

Franck Monnet, chansons du bout de la terre
Franck Monnet © Julien Mignot

Après quatre albums, un disque pour enfants et des chansons pour Divine Idylle de Vanessa Paradis en 2007, on avait peu de nouvelles de Franck Monnet. Sept ans plus tard, le voilà de retour avec Waimarama, ses chansons amoureuses et ses images de Nouvelle-Zélande, où le chanteur est parti rejoindre la femme qu’il "aime depuis qu’il a vingt ans". Rencontre.

RFI Musique : Vous signez avec Waimarama un double retour, c’est également celui de vos retrouvailles avec le label Tôt ou Tard
Franck Monnet : C’est un label qui a une relation assez passionnelle avec ses artistes, et moi je suis le "plan cul" qui revient tout le temps chez Tôt ou Tard. J’ai signé trois fois chez eux, c’est un record… C’est comme ma maison, je connais tout le monde, je m’entends très bien avec eux. Ils me connaissent par cœur et je sens qu’il y a une curiosité pour ce que je fais, des amitiés même.

Malidor, votre album précédent, portait un nom irréel ; Waimarama existe-t-il vraiment ?
On vit à Paekakariki, un village de 1600 habitants sur la côte ouest, et Waimarama, sur la côte est, est plus sauvage encore. Ca ressemble plus à une plage avec un peu de maisons qu’à un vrai village, mais c’est un endroit vraiment sublime, qui m’a inspiré la chanson du même nom. Quand t’arrives là, tout à fait au bout de la Nouvelle-Zélande, pour un Français évidemment, t’as l’impression d’être au bout de la terre. Si tu vas plus loin tu rentres chez toi. Cet endroit est d’une beauté renversante, c’est difficile à imaginer tellement c’est beau.

Comment votre expatriation a-t-elle influencé cet album ?
C’est plus l’album d’un gars encore entre deux mondes. J’aime bien les passages, les transitions, ce n’est pas tellement le disque d’un sédentaire. La chanson Paris est très parisienne, mais il y en a de très abstraites sur l’amour qui pourraient avoir été écrites n’importe où. Dans Waimarama, par contre, il y a quelque chose dans le tempo : les néo-zélandais à qui j’ai fait écouter ce disque me disent "ça c’est une chanson que tu as faite ici". Ils sentent quelque chose de plus, qui est lié à ce territoire, dans la façon de parler. La Nouvelle-Zélande est citée dans plusieurs chansons et il y a beaucoup de photos que j’y ai faites dans le livret, mais on pourrait la prendre comme une métaphore, comme si c’était l’éloignement maximal que peut être une grande passion amoureuse pour une personne : s’éloigner de soi le plus possible, tout en étant soi-même.

A certains endroits, la musique rappelle l’élan guilleret des chansons de Trenet à son retour d’Amérique…
Je le cite dans La Belle industrie ! J’y ai pris l’introduction de sa chanson La Cigale et la fourmi : le jeu de piano, c’est Trenet ! Ce n’est pas la même mélodie, mais le type d’orchestration est le même, j’ai d’ailleurs cherché dans le son un truc qui fasse penser à ça. Trenet est une référence importante pour moi, spécialement pour une chanson comme La Belle industrie, qui évoque en fond la crise, la difficulté qu’on a à vivre économiquement et à faire exister le concept d’école quand l’économie s’est écroulée. C’est une chanson sur l’ascenseur social on va dire. Et parler de Trenet, qui est arrivé à une époque où c’était le début de la catastrophe, n’est pas anodin. La comparaison me flatte.

Il y a trois invitées sur le disque : Jeanne Added aux chœurs, Pauline Croze, et Camelia Jordana pour votre duo Plus rien à me mettre
Pauline Croze me demandais une chanson depuis des années, et quand j’ai fini d’écrire Quelqu’un son disque était sorti, alors je l’ai invitée sur le mien pour cette chanson. J’ai rencontré Jeanne Added et Camélia Jordana au Maroc l’an dernier, en résidence pour un projet qui s’appelle Je me souviens : on était 11 chanteurs français qui découvraient 11 chanteurs marocains, c’était extraordinaire. Je n’étais pas en France du tout quand Camélia Jordana a cartonné, je ne savais pas qui c’était, je l’ai découverte sur scène. Elle a une voix incroyable et elle dégage un truc incroyable. Je me suis fait plaisir avec des invitées assez exceptionnelles !

Vous rendez hommage à Lhasa avec Les faons, dans une couleur musicale latine qui la rappelle…
Je n’aurais pas fait ce disque sans cette chanson, c’était inenvisageable. J’avais écrit un duo pour nous deux, Fiancés, qu’on avait chanté sur le disque des dix ans de Tôt ou Tard. C’était très émouvant. Elle était venue chanter avec moi un soir dans un bar aussi, à Montréal. J’aimais vraiment bien cette fille, en plus d’un talent complètement surnaturel elle avait la grâce. Ca nous a brisé le cœur ce qui s’est passé. Elle aimait beaucoup les chœurs, les voix ; là dans les chœurs il y a Camelia Jordana et Jeanne Added, ça fait un joli tapis... Mais je ne sais pas si je pourrais jamais la chanter sur scène, pour l’instant je n’y arrive pas. En dehors du fait qu’elle est inchantable techniquement - entre la note la plus haute et la note la plus basse c’est l’enfer -, ce n’est pas guéri.

Dans Différents, vous chantez votre "nostalgie du présent"…
C’est une grande déclaration d’amour. C’est la suite d’une chanson que j’ai écrite pour Vanessa Paradis il y a longtemps, Pourtant. C’est une chanson que je dédie à ma vie d’aujourd’hui mais aussi, "la nostalgie du présent", c’est évidemment une référence, un clin d’œil, une génuflexion, une embrassade sur la bouche à Matthieu Chedid, qui a écrit La nostalgie du futur.
Franck Monnet, Waimarama (Tôt ou Tard) 2014
En concert le 2 juin au Café de la Danse à Paris

A écouter : la session live dans La bande Passante
Page Facebook de Franck Monnet