Daphné, animale en liberté

Daphné, animale en liberté
Daphné © DR

Après une parenthèse consacrée à Barbara, Daphné poursuit son œuvre avec La Fauve, vaste album où la chanteuse explore, à son rythme et hors formats, l’univers des contes, la vie sauvage et l’atavisme criminel. Rencontre.

RFI Musique : Votre album précédent était un disque de reprises de Barbara. En quoi l’expérience a-t-elle influé sur ce nouvel album ?
Daphné : À vrai dire, j’avais déjà entamé l’écriture de La Fauve quand Thierry Lecamp (ndlr, présentateur d’On Connaît La Musique sur Europe 1) m’a proposé de faire cet album sur Barbara, il y a deux ans. Je ne pense pas que sa présence se ressente dans mon écriture. Par contre, elle m’a confortée dans la forme. Je ne me suis pas rapprochée d’elle, je ne le pourrais pas, mais de ce que je suis. Elle m’a incitée à approfondir mon goût pour la liberté, elle était cette grande personnalité, très forte, sans concession. Il est parfois difficile d’être soi-même dans ce métier, et son énergie m’a aidée.

Avez-vous encore le sentiment de devoir vous battre pour imposer vos vues dans ce métier ?
Me battre "contre", non, je suis une femme positive ! En revanche, poursuivre ma vision malgré les scepticismes, oui. Tout le monde, par exemple, m’avait déconseillé de faire un album aussi long (ndlr, l’album comporte 14 titres et dure plus d’une heure). Alors que pour moi, c’était court, j’avais à peu près 36 chansons ! J’entends dire qu’un disque idéal comporte dix chansons, pourquoi est-ce mieux ? Il est très rare que j’écoute un disque du début à la fin, aujourd’hui.

L’album va très loin dans la recherche de climats, d’atmosphères presque cinématographiques …
Les arrangements de David Hadjaj y sont pour beaucoup. C’est un compositeur de musiques de film, et c’est en partie pour cela que je l’ai choisi, pour cette sensibilité très cinématographique, dans les arrangements de cordes notamment. Ce qui m’intéresse, c’est que les auditeurs reçoivent des images, que les chansons aient une puissance évocatrice. Il y a des chansons où je sens le froid et c’est agréable, des chansons où je vois du brouillard… Le ressenti compte plus que tout pour moi, et pas seulement dans la musique.

Une thématique traverse tout le disque, celle du monde animal. En quoi celui-ci représente pour vous une source d’inspiration ?
Avant la notion d’animalité, il y a celle de l’espace. Tout est dit dans le titre : la fauve est cette femme qui a besoin de retrouver son espace. On en manque cruellement aujourd’hui. Nous ne nous respectons pas assez, nous n’écoutons pas assez notre nature animale. Dans le monde animal, on a besoin de se replier, et de savoir fuir. C’est le sens de la chanson Ne pardonne pas trop vite, où je m’adresse à une femme victime de maltraitance, un sujet que je voulais aborder depuis longtemps. Face à la violence, il faut savoir fuir, ne pas y revenir.
Floras Negras parle d’une cavalière faisant corps avec son cheval, et de la liberté en général. La musique est une vraie cavalcade, elle exprime parfaitement ce que je ressens au contact des animaux. Ces êtres m’inspirent énormément, mon premier album, L’Émeraude, leur était déjà dédié. J’ai d’ailleurs fait appel à Vincent Munier, l’un des plus grands photographes animaliers actuels, pour la pochette. Son travail est incroyable.

Le moment clé de l’album, Ballades criminelles, en duo avec Benjamin Biolay, est une chanson plutôt glaçante. Pourquoi tant de noirceur ?
Parfois les chansons naissent de croisements bizarres. Celle-là est née au cours d’un dîner avec Benjamin, où l’on parlait d’atavisme. J’ai eu alors l’idée de cette ballade criminelle, très noire, de ce dialogue des amants, que seul Benjamin pouvait interpréter selon moi ! J’adore le roman noir, Edgar Alan Poe, il y avait aussi ce film, L’Honneur des Prizzi (ndlr, drame américain réalisé en 1985 par John Huston), très noir, dans lequel une famille de la mafia demande à ses enfants d’éliminer leurs conjoints. Je suis fascinée par les histoires d’individus maudits, à l’héritage familial trop pesant. En même temps, il y a dans ma chanson un versant plus lumineux, cette capacité qu’a l’être de se transformer, de rebondir. Et cette outrance, ce grotesque proche du conte... L’univers du conte me plaît énormément : ce sont des archétypes, ils permettent de rentrer dans une forme d’initiation. Je suis aussi une très grande fan de Cocteau, de la littérature symbolique. Cela ne m’intéresse pas du tout de parler du quotidien de manière réaliste. Tout doit être ludique, symbolique, un jeu de l’esprit, dans la vie comme en musique !

La tournée à venir réserve-t-elle des surprises ?
Nous serons quatre sur scène, une batteuse, un guitariste, un violoncelliste et un pianiste, mais pas de mise en scène ! Sur disque, j’aime que les choses soient réfléchies, sophistiquées, mais sur scène, cela doit pour moi, rester un concert. Je préfère rester dans une forme de simplicité, de contact direct avec le public. Les chansons avant tout !
Daphné La Fauve (Naïve) 2014
En tournée en France à partir du 20 mars, à la Cigale le 07 avril.
Page Facebook de Daphné

A écouter : La bande passante (20/03/2014)
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