Renan Luce, chemins de traverse

Renan Luce, chemins de traverse
Renan Luce © L. Seroussi

Pour son troisième album, D'une tonne à un tout petit poids, Renan Luce a cassé ses repères et s'est entouré notamment du talentueux Peter Von Poehl. Et Renan Luce a toujours cet art de savoir planter le décor, avec une plume preste, truculente et délicate.

RFI Musique : Plus de quatre ans entre cet album et le précédent. Cette pause était-elle essentielle pour vous ?
Renan Luce : Il y a eu une longue tournée qui a suivi Le clan des miros. À la suite de ça, j'avais envie de ne plus avoir d'échéance devant moi et retourner à une vie plus normale, moins trépidante et au plus proche de ceux qui m'entourent. Je me devais aussi de vivre des choses, d'engranger des émotions, des souvenirs et des rencontres parce que c'est cela qui fait le sel de mes chansons.

Un besoin de souffler aussi après une mise en lumière assez fulgurante?
Pendant cinq ans, j'ai passé mon temps sur les routes. Effectivement, ça a été rapide. De mon côté, j'ai eu l'impression qu'il y a eu des petites étapes assez saines qui m'ont permis de ne pas être parachuté du jour au lendemain dans un truc complètement fou. Comme j'étais justement beaucoup sur scène, cela m'a permis de garder les pieds sur terre.

On imagine que votre paternité a également été un facteur influent...
Le point de départ, c'est ça. Quand la dernière tournée s'est terminée, je suis devenu papa quelques mois après. J'avais envie d'être pleinement concentré là-dessus et de vivre ça avec bonheur.

Qu'est-ce que cet événement a changé chez vous ?
J'ai notamment eu le sentiment de revivre mon enfance en miroir, de comprendre des choses concernant mes parents. Cela change votre vision des choses.

Pourquoi avez-vous créé un studio d'enregistrement en Bretagne ?
Parce que j'avais besoin de ce renouveau, de casser ma manière de travailler. Je voulais mon propre lieu et me dire que tout allait se passer là, de l'écriture à l'enregistrement. Cela répondait aussi à une espèce de rêve d'enfant. Je me suis isolé régulièrement là-bas. Pendant la période où on a enregistré le disque, il s'est passé un truc assez magique. C'était très familial, la voisine faisait à manger, on était comme à la maison. Et je pense que ce côté chaleureux et vivant se ressent sur le disque.

Êtes-vous passé par une période de doute ?
J'ai eu un moment de remise en question qui était, un peu à tort, comme s'il fallait absolument mettre un frein à une écriture instinctive. Hors, c'est la base de mon travail. J'étais légèrement dans le fantasme au niveau du style. Quand je me suis mis à me rattacher aux essentiels, à savoir, faire des chansons précises, les choses ont été beaucoup plus simples.

Pour le lancement du single Appelle quand tu te réveilles, vous avez posté votre numéro de téléphone sur votre page Facebook. Qu'est-ce qui vous a pris ?
Ce petit message était d'abord adressé aux gens qui me suivent régulièrement. Mais j'avais oublié que les réseaux sociaux étaient une vraie toile d'araignée. L'idée initiale est que j'avais un téléphone et lorsqu'on appelait ce numéro, je répondais. Quand je ne pouvais pas, on tombait sur le répondeur et on entendait un extrait de la chanson. J'ai donc passé deux, trois jours à répondre à des gens, c'était assez drôle.

Avez-vous besoin d'une chanson qui serve de déclic ?
Il y a eu un peu de ça pour ce disque. La première que j'ai écrite s'appelle Courage et elle est venue après cette période de repli de soi. J'ai tendance parfois à me mettre dans une bulle et à ne pas être assez dans la vie. C'est d'ailleurs ça dont parle la chanson : la nécessité de redresser la tête. Le deuxième déclic a été le fait de s'aérer et de partir en voyage le long du Mississippi. Quand je suis revenu, il y a eu une sorte de déblocage, moins de questionnements de ma part. Après avoir écrit Voyager, cela s'est enchaîné de manière assez fluide.

Qu'est-ce vous a poussé à travailler la matière sonore avec Peter Von Poehl ?
J'avais une affection pour son côté organique que je pressentais assez instinctif dans la réalisation. Au départ, je ne savais pas si nos univers allaient coller. Finalement, cela s'est incroyablement bien passé. Le hasard a voulu qu'il passe ses vacances d'été jusqu'à côté de ma maison en Bretagne. On a convenu de se voir plusieurs fois dans mon studio. On a commencé en ébauchant nos univers et je me suis rendu compte qu'on fonctionnait ensemble. Cette approche immédiate, on l'a retrouvée avec le bassiste, le batteur et l'ingénieur du son pendant une semaine à la maison. Et de cette semaine, on a gardé uniquement des prises live des chansons qui ont fait l'ossature du disque.

Est-ce votre disque le plus personnel ?
Je pense. D'une certaine manière, c'est la première fois où je me suis permis d'être au plus proche d'un sentiment qui me traverse. Mais j'essaye de le rendre universel par des détails qui ne sont pas forcément liés à ma vie. Je fais aussi confiance à mon imaginaire. Mes chansons partent souvent de rêveries.

Le thème de l'enfance est assez récurrent chez vous...
Je ne sais pas si je suis différent des autres. Je crois que tout le monde est rattaché à son enfance. C'est vrai que c'est très présent chez moi, j'y suis régulièrement connecté.

La mélancolie, un sentiment tenace ?
Elle est nécessaire chez moi. La mélancolie appelle à la poésie, à l'image. Je ressens ce sentiment presque physiquement. Cela passe aussi indéniablement par des moments de solitude. Ce n'est pas quelque chose de pesant en ce qui me concerne.

N'en avez-vous pas marre qu'on vous demande des nouvelles de Renaud, votre beau-père ?
Cette année, cela n'a pas arrêté ! Je ne sais pas ce qui a changé. Certainement qu'il manque beaucoup. Je suis surtout embêté, je ne sais pas quoi répondre. J'ai l'impression qu'on me prend pour un intermédiaire. Je vais devoir finir par lui demander quoi répondre...
Renan Luce D'une tonne à un tout petit poids (Barclay) 2014
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