Diane Dufresne aux violons

Diane Dufresne aux violons
Diane Dufresne © DR

Diane Dufresne s’était lancée en 2012-2013 dans une tournée en compagnie des Violons du Roy, orchestre de chambre québécois. Partager les anges, l’album enregistré lors de ces concerts, sort enfin en France, avant une représentation unique à Paris, au Théâtre du Châtelet fin septembre. Une splendeur méditative et poétique.

Rares sont les chanteuses qui savent oser. Diane Dufresne, depuis des lustres, fait de l'audace et de la surprise sa marque de fabrique. Voix impressionnante de puissance et d'expressivité au disque, elle se refuse à l'excuse des dangers de la scène, qui en général dispensent les interprètes de tout risque devant le public.

Au contraire, elle a toujours aimé le risque, la folie, voire l’extravagance – et pas seulement avec ses tenues de scène. Longtemps, elle a fait de ses concerts des démonstrations de chant, d'éblouissantes performances vocales, mais aussi de grands moments de verbe et de jeu, d’incarnation et d’onirisme. Chanteuse majuscule, elle a aussi été souvent la comédienne, la mime, la danseuse de ses chansons.

Sans jamais dire crument qu’elle avait fait le tour de toutes les voltiges de la chanson en scène, Diane Dufresne a sacrifié à son tour à l’idée de partir en tournée avec un orchestre classique, les Violons du Roy. L’enjeu n’est pas de gonfler son répertoire d’effets symphoniques et sa démarche évoque plus le compagnonnage de William Sheller avec les musiciens classiques que les grosses commandes pour philharmoniques que passent de loin en loin des grandes vedettes des variétés.
 
Une chanteuse et vingt-deux musiciens

Autrement dit, on a l’impression que c’est pour dépouiller l’exercice de la scène que Diane Dufresne est partie en tournée au Québec entre fin 2012 et début 2013. L’album qui sort ces jours-ci en France a été enregistré alors, avec en scène une chanteuse, vingt-deux musiciens et une quinzaine de chansons.
 
Ce n’est pas par hasard qu’elle a écarté J’ai rencontré l’homme de ma vie ou Tiens-toé bien j’arrive, succès à jamais revêtus d’électricité, d’emphase et de dinguerie. Mais on retrouve des chansons classiques données jadis par Luc Plamondon (Hymne à la beauté du monde, Oxygène) ou Michel Jonasz et Pierre Grosz (Je voulais te dire que je t’attends)ou écrites par elle-même (Que, L’été n’aura qu’un jour).
 
Naviguant sur le vaste vaisseau de cordes des Violons du Roy, ces chansons trouvent à la fois grandeur et intériorité.
 
Elle reprend aussi Madame rêve d’Alain Bashung ou Je suis un homme de Zazie, qui prennent dès lors des couleurs lettrées et impératives à la fois, comme si elle tenait à dire avec plus de précision les mots qui la tourmentent ou la nourrissent chez ses confrères.
 
Sérénité

Les concerts de Diane Dufresne inspiraient souvent des vertiges de stades, de cathédrales, d’édifices industriels. Ici, on avance dans un lieu neutre et amical, nocturne et apaisé, comme si, à l’approche de ses soixante-dix ans, elle n’avait plus besoin de dompter l’espace ni le danger.
 
Parfois, même, on trouve une parenté entre l’autorité sereine de son chant et celui de Juliette Gréco – peut-être l’empreinte avouée de la prestigieuse aînée qui, en 2003, lui a remis à Paris les insignes de chevalier de l’Ordre national des Arts et des Lettres.
 
Cela tient à la fois du sortilège et du viatique, comme si elle ne tenait plus à faire voir et entendre ses propres aventures intérieures, mais à délivrer des idées et des mots qui accompagnent sa sérénité. Cela fait un disque moins prodigue que tous ses live précédents. Moins prodigue mais plus généreux.
 
 
Diane Dufresne et les Violons du Roy Partager les anges (EPM/Universal) 2014
Site officiel de Diane Dufresne
Page Facebook de Diane Dufresne
En spectacle avec les Violons du Roy le 29 septembre au Théâtre du Châtelet à Paris