Les 20 ans du Ministère A.M.E.R.

Les 20 ans du Ministère A.M.E.R.
Concert du Ministère A.M.E.R. à l'Olympia © A.-L. Lemancel

Ce 22 septembre, le Ministère A.M.E.R., désormais résumé à Stomy Bugsy et Passi, se reformait sur la mythique scène de l’Olympia, pour fêter les vingt ans de leur album historique : 95200. Un show explosif et d’actualité, qui vit l’apparition sur scène de Youssoupha et du Secteur Ä (Neg'Marrons, Ärsenik, etc.).Fidèle à sa réputation, ce groupe mythique, précurseur d’un rap français "100% cité", a mis le feu ! On vous raconte ?

"95200" ! Dans l’air, le code postal claque, les cinq chiffres rugissent, surgissent sur l’écran, en fond de scène, comme autant de coups de poing, de balles tirées à bout portant. L’Olympia, façon Sarcelles – pour les vingt ans de 95200, leur deuxième disque, culte, Ministère A.M.E.R. (Action, Musique et Rap), reformé pour l’occasion, ne se contente assurément pas de souffler des bougies : en bons pyromanes, ils embrasent le temple Bruno Coquatrix. Bam !

Peu avant l’incendie, le public, compact, se révélait déjà chaud bouillant. Des gosses, assoiffés du flow de leurs aînés, et des moins jeunes, venus retrouver la bande-son de leurs quinze ans, des "lascars" de "Celles-Sar", d’autres de Paris et des quatre coins de France, piaffaient d’impatience avant la remontée en scène de leurs idoles.
 
"95200 ? Mon tout premier disque ! confiait un garçon, venu spécialement de Valence, agrippé à son premier rang. Sans Ministère A.M.E.R, le rap français n’aurait pas le même visage. Il serait plus poétique, plus posé, à la MC Solaar. Eux, c’étaient des pionniers, des bad boys. Sans peur. Ils ont structuré le style, lui ont donné sa force." A ses côtés, deux filles de Garges confirment : "On a grandi avec eux. Ils racontaient notre quotidien".
 
Un groupe sulfureux
 
Il y a une quinzaine de jours, les deux survivants du Ministère, Stomy Bugsy et Passi, deux amis devant l’éternel, quarantaine au compteur, avouaient à RFI Musique leur trac, mais aussi leur enthousiasme : "Depuis des années, on poursuivait nos projets solos. Là, on avait envie de se retrouver, de renouer avec nos premières amours. On a sué sang et eau pour ce groupe : un truc sacré ! On n’avait pas fêté les vingt ans de Pourquoi tant de haine ?(leur premier disque, 1992, ndlr). Là, l’occasion était trop belle !". Surtout, à l’époque, ce groupe underground, attaqué par le ministre de l’Intérieur en personne, Charles Pasqua, pour des propos jugés provocateurs, voyait ses concerts déprogrammés un à un par arrêtés préfectoraux. En tout, ils ne joueront qu’une dizaine de shows. Une revanche ?
 
Un disque historique
 
Dès leur premier titre – Cours plus vite que les balles – Ministère A.M.E.R., sur fond de riffs de guitares, de batterie costaude, et des samples du mythique DJ Ghetch, donne le ton, enfile les tubes et les brûlots, tandis que grimpent la température et l’ambiance, lyrics repris en chœur : ce sera Un été à la cité, Les rates aiment les lascars, Traîtres, Nègres de la Pègre, Chap II, Acte 20, le sulfureux Brigitte Femme de Flic, etc.
 
Dans l’Olympia, 95200 sonne comme au premier jour. Une claque. Et pas une ride. "C’est un album historique, expliquaient de concert Passi et Stomy. Pour la première fois, un album de rap, plein de rage, inscrit dans le tourbillon de la haine, tissé de mots en français, de vocables salis, sans retenue, de paroles argotiques, de verlan, racontait la vie de la cité. C’était une enquête, de type journalistique, les yeux, la bouche, et les fesses dansle quartier. On posait là notre caméra, notre mike, à la bonne franquette. On sortait un truc pur et dur : du terroir !"
 
Si la situation s’est améliorée depuis ? "Elle a empiré ! regrettent-ils. Mêmes endroits, mêmes problèmes, sauf que les gamins actuels croient encore moins au système. Donc, ils créent le leur ! Nous, on écrivait nos envies, on s’inventait un avenir, on voulait à tout prix exister, imposer notre présence ! Si on criait aussi fort, c’était pour bousculer les paramètres. Résultat ? Statu quo, voire régression !"
 
Les retrouvailles du Secteur Ä
 
Sur scène, vient ensuite le moment des solos, ceux de Passi, puis l’incontournable Mon Papa à moi est un gangster, de Stomy Bugsy, chanté avec son fils, version 2014. Bientôt, les deux comparses invitent leurs potes, comme Youssoupha, digne représentant de la nouvelle génération ("À côté de lui, on fait office de tyrannosaure, rigole Stomy !) sur Pas venu en touriste.
 
Surtout, Ministère A.M.E.R. convie la famille, à savoir le crew Secteur Ä (Neg'Marrons, Ärsenik, Pit Baccardy, Papillon, etc.), ce collectif de hip hop fondé par leur soin. Ensemble, ils interprètent un nouveau titre, Combien on est ? Neg'Marrons enflamme ensuite l’auditoire avec Le Bilan, avant de laisser le mike à Ärsenik pour Sexe, pouvoir et biftons, Je boxe avec les mots puis à Lino pour son récent VLB.
 
Sur scène, la communion se révèle intense, la joie palpable. Un tourbillon de mots lancés, des vannes pleines d’émotions précèdent les dédicaces – à Hamed Daye, Kenzy, Moda, à DJ Desh, ex-membres du Ministère. Et puis, bien sûr, au grand absent : Doc Gyneco, "en tournée en Ukraine", selon Stomy, qui rigole encore.
 
Tandis que le concert s’achève, une question reste en suspens. Ministère AMER sortira-t-il un troisième disque ? "Non, assurent Stomy et Passi. On a vieilli, on a changé de situation, on a quitté la cité. On n’est plus 'amers'. On ne pourrait plus assumer le même discours, le même délire : un grand kick dans le dos, qui te fracasse les reins."
 
Au terme de plus de deux heures de show, le Ministère interprète, avec des flammes gigantesques sur l’écran derrière eux, Sacrifice de Poulets, la BO du film culte La Haine. "Quand je dis Ministère, tu dis ?...", demande une dernière fois Bugsy ! "AMER !" hurle le public, comme un seul homme sur les derniers accords. Sacré revival !

Ministère AMER Best Of, Les Meilleurs Dossiers  (Parlophone) 2014
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