Anaïs, l'indépendante

Anaïs, l'indépendante
Anaïs © L.Salto

Après l'échec de son opus A l'eau de javel dans lequel elle reprenait des chansons créées entre les années 1930 et 1970, Anaïs a quitté sa major pour (re)tracer sa propre route. Une démarche salvatrice puisque Hellno Kitty, son quatrième album aux couleurs folk, renoue avec la verve décapante du Cheap Show, en plus engagé. Et c'est inévitablement dans cette veine-là qu'on la préfère.

RFI Musique : Dans quel état d'esprit avez-vous abordé ce quatrième album?
Anaïs : De manière libertaire. Je suis repartie dans le circuit des indépendants. Artistiquement, j'avais envie de plein de choses et je trouvais que ça collait avec ce que j'avais redécouvert dans la folk américaine et anglaise des années 60/70. Je n'avais jamais fait le rapprochement avec mon écriture qui est un peu plus engagée et moins ancrée sur les instants du quotidien. Je l'avais déjà fait, mais davantage en filigrane.

Pourquoi avez-vous quitté Universal ?
Je sentais que j'avais des nouvelles chansons. Mais je n'arrivais pas à les écrire parce j'avais besoin de retrouver ma liberté, de me mettre en danger. Cela m'a libérée artistiquement de quitter ma maison de disques. Et puis, ce n'est pas comme si j'étais toujours passée par ce chemin-là. J'ai fait le Cheap Show toute seule et après, j'ai été signée. Je voulais retrouver cette sensation d'être sur la corde raide, de ne pas savoir exactement où on va.
 
Sur les réseaux sociaux, vous avez écrit : "Il y a quelque chose de pourri au royaume de l'entertainment". Qu'entendez-vous par là ?
C'est devenu très compliqué aujourd'hui de faire un album. Tout devient très long et on est obligé de passer par de nombreuses étapes de validation. Comme je suis quelqu'un qui n'aime pas attendre, je trouve cela soûlant. J'aime bien faire mes projets assez rapidement et ne pas tourner trop longtemps avec le même. Le problème aujourd'hui, c'est qu'on attend une sortie de disque presque aussi longtemps que sa réalisation.
 
Que doit-on voir dans l'appellation Hellno Kitty. Un clin d’œil acerbe à ce célèbre petit chat japonais ?
Il représente la mondialisation et toute l'horreur qui va avec. Sauf que c'est un petit chaton mignon et tous les parents semblent obligés de l'acheter à leurs enfants. On est dans un diktat formaté. Quand on voit les caddies dans les supermarchés, c'est hallucinant. Quand j'ai écouté ces chansons folk des années 60, je suis aussi tombée sur un chanteur-journaliste de l'époque Bob Dylan qui a écrit un morceau sur le fait divers Kitty Genovese. C'est une jeune femme qui a été tuée dans sa résidence sans que ses voisins disent quoi que ce soit à la police, alors qu'ils avaient tout vu.
 
Avec la chanson D.R.H, vous livrez une charge virulente contre les directeurs des ressources humaines. Quel a été le déclic de cette colère ?
Je ne suis pas déconnectée de la réalité, je ne vis pas que dans mon monde d'artiste. Chaque année, on nous dit que des gens se suicident chez France Telecom, chaque année cette entreprise clame qu'elle va revoir son système et chaque année, il y a de nouveau des morts. Tout le monde, au final, finit par trouver cela normal. On s'habitue à l'horreur. Cette chanson n'est pas uniquement à charge des D.R.H. Mais ils sont le point charnière de tout un système, ça doit être à eux de dire stop. On a tous dans notre entourage des gens qui les subissent.
 
La grande imitation du disque, c'est Cher. Un symbole de l'autotune (logiciel servant à corriger la tonalité, NDLR) donc ?
Quand elle a sorti son fameux morceau Believe, tout le monde a été surpris par ce passage où la voix se tordait. C'était la première fois qu'on utilisait l'autotune. À cause de cela, on a désormais de l'autotune à toutes les sauces. Cela permet à un nombre d'artistes complètement mauvais de penser qu'ils chantent correctement. Je m'en fiche que Beyoncé chante en play-back parce qu'elle danse en même temps. Après, pour d'autres artistes, il n'y a pas d'excuse.
 
Le titre C'est quand, plus mélancolique, et plus format chanson, détonne avec l'ensemble...
Au départ, je voulais l'écrire pour Nolwenn Leroy qui a une voix à la Joan Baez. Ce n'est pas la première fois que je pense à quelqu'un. Sur mon deuxième album, Le premier amour avait été fait pour Catherine Ringer. Pareil sur le Cheap Show, j'avais écrit Je t'aime à en crever en pensant à Brigitte Fontaine. C'est quand me permet d'aller ailleurs, c'est une chanson qui n'a pas de second degré, qui reste très folk. Ce n'est pas parce que tout ne se ressemble pas sur le disque qu'il ne fallait pas la mettre dessus.
 
Avez-vous bien vécu votre notoriété soudaine au moment du Cheap Show ?
Pas du tout. D'une façon un peu idiote, j'avais gardé mon prénom, je n'avais pas de pseudo. Donc quand les gens m'interpellaient dans la rue, que ça soit gentil ou non, ils venaient me parler directement à moi. Je n'arrivais pas à prendre du recul et me dire que ce n'était pas moi, mais l'artiste. Je suis arrivée d'un coup, je n'ai pas tout compris. J'étais le nouveau petit truc à la mode, il fallait se prendre en photo avec moi ou me dire que j'étais une merde. C'était assez violent. Là, il y a un retour à la normale qui est beaucoup plus sain.
 
Anaïs Hellno Kitty (Reft-Warner Chapell/L'Autre Distribution) 2014
Page Facebook d'Anaïs

En concert le 27 novembre au New Morning