Christophe Willem, désirs multiples

Christophe Willem, désirs multiples
Christophe Willem © DR

Revenu à des chansons plus accessibles pour le grand public, Christophe Willem refait à nouveau des siennes avec sa voix voltigeuse. Ce quatrième opus réalisé en partie par Fredrika Stahl, chanteuse qui l'a poussé à composer certains titres lui-même, signe le retour de Zazie et voit en Carla Bruni et Jean-Jacques Goldman l'arrivée de plumes marquantes.

RFI Musique : Êtes-vous conscient que c'est l'album que la plupart attendaient de vous ?
Christophe Willem : Visiblement oui (rires). Aussi bien du côté du public que des médias, j'ai l'impression. Ceux-ci retrouvent cette voix pour laquelle ils avaient accroché à l'époque de Nouvelle Star. On revient à l'éclectisme et le côté très frais du premier album, avec en plus l'expérience des trois précédents.

Doit-on en déduire que vous avez été jusqu'au bout de vos envies électro ?
Avec Prismophonic, je suis allé au bout d'une logique. C'était le maximum que je pouvais proposer. C'est-à-dire un seul réalisateur et un son uniforme. Il fallait donc trouver une manière de se renouveler et c'est pour ça qu'ici, j'ai pris plus de temps. Je ne voulais pas tomber dans l'écueil de me renfermer dans un autre genre musical. Cela aurait été trop restrictif par rapport à ce que j'aime faire et ce que je suis foncièrement.
 
Un retour à davantage d'émotions aussi, notamment du côté de la voix ?
Ce qui est certain, c'est que le précédent disque était plus froid. On peut le prendre comme un délire artistique entre le producteur et moi-même. On mettait la voix là où il y avait de la place. Là, on a un équilibre entre chansons posées et énergiques. Chaque chanson de ce disque prend plus le temps d'aller au bout de sa démarche et la voix est revenue au centre des chansons.
 
Vous portez des ailes sur la pochette. Ont-elles une signification particulière ?
D'une certaine façon, elles représentent la manière dont la notoriété m'ait tombé dessus d'un coup. Le côté torse nu de la pochette interroge sur la forme de pureté réelle quand on est dans quelque chose de très artificiel autour. C'est un peu le sens aussi de la chanson La règle du jeu. Il y a quelque chose de compliqué à n'être qu'artiste. Je n'ai pas envie de mentir aux gens à qui je m'adresse et je ne fais que des choses qui me parlent. Sauter d'un plongeoir par exemple, ce n'est pas mon truc ! (rires). 

Ce disque marque le retour de Zazie. Avez-vous cédé à la pression populaire ?
J'ai entendu dire à propos de mon troisième album que je ne voulais pas travailler avec elle. Comme je l'ai enregistré à Londres, je n'avais juste que deux mois de disponibles. Et Zazie, elle, était en tournée. Compte tenu du fait que ce disque-ci était une sorte d'introspection, il était évident qu'il fallait revenir à une collaboration avec elle. Il n'y a que Zazie qui peut aller dans quelque chose de transgressif, de piquant. Il n'y a qu'elle qui sait où sont mes limites. On a beaucoup discuté ensemble de ma vision sur certains sujets.
 
Est-ce elle qui a vous a poussé à parler plus que chanter sur le morceau La vie est belle ?
C'est le premier titre sur lequel on a travaillé. Elle m'a demandé dans quelle direction je voulais aller. Je lui ai dit qu'il fallait oublier ce qui avait été fait auparavant pour partir vers quelque chose de singulier. A la base, La vie est belle était très électro. Il s'est transformé pour qu'il y ait du sens dans l'album et pour qu'on ne cache pas l'émotion. Mais c'est elle, c'est vrai, qui a pris le parti de me faire parler et j'ai adhéré complètement à l'idée.
 
Parait-il que vous avez écouté beaucoup de musique avec Carla Bruni, auteure des titres Le chagrin et Loneliness...
Exactement. Pas mal de musique, pas mal de références de texte. Carla est très fan de Barbara. J'avoue qu'à part L'aigle noir, je n'avais pas beaucoup de repères. Il y a chez Carla un côté très poétique, très lyrique dans sa manière d'écrire. Pour Le chagrin, il fallait quelque chose d'imagé, d'abstrait. Cela s'est fait de manière tellement logique que je ne me suis pas posé de question.
 
Loneliness évoque la solitude. C'est un état fréquent chez vous ?
Pour moi, c'est davantage un sentiment. On peut se retrouver très seul bien qu'on soit entouré et très aimé. Il faut s'arranger pour vivre avec cette sensation. Dans la vie, je peux être très mélancolique. De toute façon, il n'y a pas de juste milieu avec moi : soit je suis euphorique, soit je suis au bout du rouleau (rires). On peut apprivoiser ce sentiment, qui est peut-être initialement négatif, et l'amener quelque part. A partir du moment où l'on comprend que ça nous aide à avancer, cela peut même être intéressant de se retrouver face à soi-même. Avant, j'avais beaucoup de mal à rester seul, c'était même une angoisse.
 
Avez-vous bel et bien réclamé un Pour que tu m'aimes encore à Jean-Jacques Goldman ?
Oui et cela l'a bien fait marrer... Il m'a dit qu'on lui demande souvent (rires). Cette chanson a marqué mon enfance. Avec Après toi, on reconnaît dès les premières notes la patte de Jean-Jacques. Je trouve que cela avait sa place dans ce disque. Sur ceux d'avant, ça aurait été la collaboration de trop et davantage pour dire que j'avais travaillé avec lui. Il m'a proposé plusieurs morceaux et j'en ai choisi deux. C'est une association de talents au profit d'un album et non au profit de quelqu'un.
 
La chanson Unisex a-t-elle été déclenchée par les manifs contre le Mariage pour tous ?
J'ai halluciné par rapport à cet élan négatif. Pour une fois qu'on fait une loi pour l'amour entre deux personnes, c'est terrible d'en être arrivé là. J'aurais aimé que ces mêmes personnes descendent dans la rue parce que des retraités payent des impôts alors qu'ils ont travaillé toute leur vie ou parce qu'il y a du chômage.
 
"Fille ou garçon, c'est pareil", chantez-vous dans cette chanson. Votre leitmotiv ?
Depuis le début, j'ai toujours dit que pour moi, c'est une question de personne. Parce que ramener une histoire d'amour à une sexualité, c'est à la fois très réducteur et très primaire.
 
Christophe Willem Parait-il (Epic/Sony Music) 2014
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En tournée et en concert à l'Institut du Monde Arabe à Paris le 26/02/2015