Cali, l’âge de l’apaisement

Cali, l’âge de l’apaisement
Cali © Y. Orhan

Trois ans après Vernet-les-Bains, Cali poursuit son chemin introspectif avec L’Âge d’or, sixième album du chanteur catalan. Un disque optimiste et mélancolique, construit autour de la célèbre chanson de Léo Ferré, et inspiré par la vie familiale, les amitiés et les souvenirs d’enfance de Bruno Caliciuri. Interview.

Nous avions laissé Cali en 2012 avec Vernet-les Bains, sorte de retour aux sources et ode au village des Pyrénées où il a grandi. Nous le retrouvons, aujourd’hui, dans la même disposition d’esprit. L’ancrage géographique est moins précis. Restent les souvenirs d’enfance qu’il faut raviver, l’hommage à ses enfants, les histoires d’amitié.

L’album, logiquement, s’ouvre sur le titre nostalgique Tout ce qui ne reviendra plus, sorte de plongée proustienne et désordonnée dans son enfance, jusqu’à l’évocation, très sobre et touchante, de la disparition de sa mère à ses six ans. La nostalgie, Cali s’en défend pourtant : "Ce n’était pas mieux avant ! Je suis simplement dans l’hommage. Mais je suis tourné vers l’avenir. Tout ce qui ne reviendra plus, oui, mais tout ce qui va arriver…"
 
Polaroïds
 
Pourquoi, aujourd’hui, se retourner sur l’enfance de manière obsessionnelle ? Le chanteur perpignanais, âgé aujourd’hui de 46 ans, l’explique par son exil à Paris, l’an dernier, pour jouer dans la pièce Cowboy Mouth, de Sam Shepard et Patti Smith. "J’étais loin des miens, pendant ces quatre mois. Je jouais tous les soirs, et la journée, je composais, explique-t-il. Le fait d’être sur les planches, sans micro, c’était psychologiquement violent. Cela m’a remué. J’ai écrit une soixantaine de chansons pendant cette période. J’avais besoin d’écrire des chansons pour me faire du bien, me rappeler des moments incroyables : une maîtresse d’école qui t’apprend à lire et à écrire, le rugby, France-Irlande en 1978 dans le tournoi des 5 nations, la mort de Claude François..."
 
De retour de cette expérience, Cali enregistre, vite, pour garder le cap. "J’aime cela. Mes albums sont toujours des polaroïds de moi, à l’instant T." Pour cela, il fait appel à un réalisateur atypique, David François Moreau (demi-frère de Patrick Bruel, ndlr). Une collaboration qui a transformé son approche musicale, et donné des moments de bravoure orchestrale, comme sur le très réussi Je dois te dire tout ça. "Lui vient du ballet, des musiques de film. Je lui ai laissé l’imagination pour seule limite. Du coup, il a expérimenté. Sur Poppée in utero, il a construit le titre en collant bout à bout des bribes de musiques de l’album. C’est lui, également, qui m’a poussé à davantage laisser respirer ma voix, à éliminer un peu ce côté emphatique et pompier que je peux avoir."
 
L’âge de l’apaisement
 
Cette approche ralentie, plus apaisée tout au long de ce disque, hormis quelques rares saillies comme le single La vie quoi !, va de pair avec l’évolution de Cali, l’homme médiatique, de plus en plus en retrait au fil des ans. "Je suis loin de l’agitation parisienne, dans ma Catalogne natale, avec mes deux filles en bas âge, et ça me va !" 

De sa vie passée sous le feu des projecteurs, de ses sorties parfois spectaculaires, il ne regrette rien, mais reste lucide. "Je n’ai pas les ruses pour éviter tous les pièges tendus par les médias de masse. Je ne me suis jamais autocensuré. J’ai toujours parlé comme je parle à mes amis en soirée. J’ai dit beaucoup de conneries aussi. J’en suis conscient. En même temps, la maladresse, c’est ce qui me plaît chez les gens. Quand je vois certains chanteurs se donner l’image du gendre idéal, alors que derrière…"

 
Sur son engagement politique, Cali se fait, là aussi, plus discret. Une évolution qu’il aborde dans Le Cœur chargé comme un fusil, sous la forme d’un autoquestionnement. "Je me parle à moi-même, je me demande où est passé le jeune militant fougueux que j’étais. C’est une forme de coup de pied au cul que je me donne !"
 
Au terme de ce voyage en bateau ivre, où les lieux et protagonistes se bousculent (son acolyte musicien Geoffrey Burton sur Camarade, ses deux filles sur Coco et Poppée, la ville d’Ostende...), l’album se clôt sur une reprise dépouillée, piano-voix, de L'Âge d’or de Léo Ferré, figure tutélaire du chanteur. "Ferré, c’est la source. Cette chanson est celle d’un espoir total, une lumière très rare dans son répertoire. Elle donne tout son sens au disque a posteriori."
 
L’âge d’or selon Cali ? "Un printemps éternel, ni nostalgique, ni passéiste. L’âge de ma fille, l’avenir", avant de conclure : "Je suis un incorrigible optimiste !"
 
 
Cali L’Âge d’or (Columbia/Sony) 2015
Site officiel de Cali
Page Facebook de Cali
 
Le 12 mai au Zénith de Paris, le 18 juillet aux Francofolies de Spa (Belgique)…