Raphael, les bleus au cœur

Raphael, les bleus au cœur
© JB.Mondino

Raphael avait fait sensation en apparaissant aux dernières Victoires de la Musique la bouche bleuie comme s’il venait d’encaisser une droite. Un simple "maquillage promo" pour annoncer la couleur de son nouvel album, Somnambules, son septième disque studio.

Sur la photo illustrant la pochette (Jean-Baptiste Mondino), on dirait qu’il vient de se prendre une prune. Raphael pose l’air dépité, derrière des gamins eux aussi maquillés de contusions et l’œil cerclé de noir. Un visuel métaphorique pour exprimer surtout qu’il en a gros sur la patate. Loin du visage angélique d’éternel jeune premier qu’on lui connaît, la noirceur revendiquée colle au plus près au cœur de la thématique abordée ici : la brutalité d’une humanité en perdition et des désastres aussi bien intimes qu’extérieurs auxquels on est voués et qu’il nous faut combattre.
 
Le timbre grave, le chanteur poursuit le virage vocal amorcé avec Super-Welter, son disque précédent. Bien en dessous des tonalités auxquelles il nous avait habitués, et soutenu tout du long par un chœur d’enfants (élèves de trois classes de CM2 de l’école Houdon), leurs voix portent toutes les violences à assagir : celles de l’éducation, avec l’évocation notamment des hooligans "Gooners" londoniens (Arsenal), des dualités profondes (conviant toutes les analogies de la guerre dans Chant d’honneur, sur un texte de Samuel Benchetrit), de la situation sociale (Ça sent l’essence).
 
Si à l’écoute de Somnambule, qui ouvre l’album, on pense musicalement beaucoup à Zazie, Raphael renoue ensuite sur le fond avec les sonorités folk qui ont marqué sa carrière. La plupart des musiques ont d’ailleurs étaient co-composées avec David Ivar (David "Yaya" d’Herman Düne). On retrouvera plus loin d’autres invités prestigieux : Dick Annegarn signe le texte de la courte comptine leitmotiv de résistance Primaire, étoffée par Sly Johnson (Saïan Supa Crew) côté beat box, tandis que Gaëtan Roussel prête sa plume, sa voix et sa guitare à Eyes on the Island, qui clôture l’album et force à garder la tête hors de l’eau. Le tout a en outre été réalisé par Craig Silvey (Arcade Fire, Portishead, Pearl Jam, etc.)
 
Avec ce septième disque, Raphael prend le risque de dérouter tout à fait son public de la première heure, car ce n’est ni le plus mélodique, ni le plus folichon. Passé le choc frontal, il mérite néanmoins qu’on y prête l’oreille, ne serait-ce que pour la truculence du propos.
 
Raphael Somnambules (Play On) 2015
Site officiel de Raphael
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A écouter: la session live dans La Bande Passante (24/04/2015)
                      
l'Invité culture (20/04/2015)   
                 
En concert le 3 décembre 2015 au cirque d’Hiver Bouglione à Paris