Le Noiseur, flou sentimental

Le Noiseur, flou sentimental
Le Noiseur © A. Mai

Le cousinage avec Benjamin Biolay, notamment vocalement, est plutôt confondant. Mais il serait trop réducteur de résumer Le Noiseur, à cela. Du bout des lèvres, son premier album a d'autres qualités perceptibles et on se laisse ainsi prendre par cet univers à la fois feutré, cinématographique, intime et mélancolique.

Dans le théâtre des songwriters talentueux, Le Noiseur se marierait avec Daniel Darc, demanderait à Vincent Delerm d'être son témoin et Benjamin Biolay jouerait l'amant épris. Car la ressemblance avec ce dernier - période Négatif - est criante. Elle pète même tous les plafonds : voix blanche nonchalante, dandysme revendiqué, champ lexical libéré et élégance des arrangements.

Cette comparaison tenace n'a pas que des avantages. Certaines taxent déjà Le Noiseur de simple suiveur. Sentence trop réductrice. Lui ne feint pas l'étonnement quant à cette ligature Biolay, mais clame aussi ne rien cultiver. Surtout pas un genre ou un style.

"C'est normal de situer quelqu'un de nouveau. J'ai toujours chanté de cette manière, c'est ma personnalité. Je ne suis pas quelqu'un d'expansif qui chante à pleins poumons. Quand on fait un disque, on a envie d'être singulier et cela ne fait pas forcément plaisir d'entendre qu'on ressemble beaucoup à un autre". C'est d'ailleurs la réponse la plus prolixe offerte par Le Noiseur au cours de l'entretien. De toute évidence, le garçon n'est pas un grand communicant. Il faudra s'en contenter. Une réserve déroutante à mettre certainement sur le compte de la timidité.

Au civil, il s'appelle Simon Campocasso. Pour le masque du chanteur, ce sera le pseudo Le Noiseur. "Enfant, on me surnommait de la sorte parce que j'étais très turbulent". Confession livrée du bout des lèvres, à l'instar du titre de son album.

Auparavant, il composait pour des courts-métrages ou des documentaires. Pas étonnant alors que ce disque conçu tel un scénario s'ouvre par un générique de début et de fin. "Je voulais être à cheval entre un album de chanson et de film".
 
Un travail très personnel

Voilà ainsi douze séquences déclarées autobiographiques. Elles sont objets de consolation pour un deuil affectif difficile à digérer. Hormis La maison d'Etretat, où il est question de l'Alzheimer de sa grand-mère, le sentiment amoureux est abordé ici de façon exclusive.
 
Comment nier l'évidence mélancolique puisque cet auteur-compositeur-interprète de 34 ans s'intéresse principalement à la fin de l'histoire et aux cendres. " J'ai écrit ce disque pour pouvoir supporter la douleur que je traversais et dire ce que je ressentais à la personne que j'aimais".  
 
Le Noiseur en appelle à la nostalgie, traîne sa souffrance, se dévoile, tente de ressentir chaque mot. Quelques formules tombent à plat ("À la verticale comme à l'horizontale/Quand tout se voile, je ferme les yeux/ Sur vous" dans Loin de vous), d'autres sont plus inspirées ("Quand tu t'agites et que mes doigts glissent/Vers l'objectif, je suis au Zénith/Rien de négatif, amours obscures que dis-je/ Quand j'arme et te vise, rien ne nous divise" dans 24X36).
 
Il confie que Loin de vous est le morceau le plus personnel. Ajoute dans le même élan : "Je n'ai pas envie d'expliquer plus que ça". Mieux vaut donc s'en tenir à ses chansons fragiles, fissurées et parfois impudiques. Elles doivent autant à leurs climats orchestraux (cordes, piano, guitares en arpèges) qu'à la teneur de leur propos.
 
Concernant la scène, Le Noiseur avoue être encore dans une approche tâtonnante. Et c'est, pour le coup, un problème à vite résoudre.
 
Le Noiseur Du bout des lèvres (Pias) 2015
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