Biolay dans les pas de Trenet

Biolay dans les pas de Trenet
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Audacieux créatif, Benjamin Biolay surprend en revisitant une partie du répertoire mélancolique de Charles Trenet. Au sein d'un trio jazz, il s'attache à une modernité tempérée, parfaitement équilibrée, toute en délicatesse et rigueur, et dont l'originalité ne se révèle pas si éloignée de son illustre aîné. Un disque au costume remarquable de sobriété.

Benjamin Biolay a peut-être la quarantaine déjà entamée mais il garde l'activité et l'euphorie toutes juvéniles d'un adolescent. L'ennui et l'apathie sont deux états dont il se moque. On l'a ainsi vu pratiquement partout ces cinq dernières années, aux Victoires de la musique pour le sacre de son divin album La superbe, en duo avec Julia Stone ou les BB Brunes, à la réalisation des disques de Charlélie Couture et Alka, aux côtés de Vanessa Paradis à la vie comme sur scène, aux manettes de bande originale de films, sur grand écran où il creuse parallèlement son sillon d'acteur. Il aura aussi déterré des titres inédits d'Henri Salvador pour un opus posthume et confirmé la maîtrise de son art avec un autre album admirable (Vengeance). Et cette liste n'est pas exhaustive.

Chez lui, les livraisons se comptent par mois, pas par année. Manquait-il une corde à son arc ? Un disque entièrement consacré à des reprises. Chose faite avec cette fouille profonde dans l'univers de Charles Trenet. Sur le papier, difficile de ne pas feindre la surprise. La plupart auraient imaginé une incursion autour du répertoire de Serge Gainsbourg. Trop attendue certainement.
Ce qu'on ne sait pas forcément, c'est que celui connu universellement sous l'appellation de "Fou chantant" a été un détonateur marquant dans le processus créatif de l'hyperactif Biolay. Rien de prémédité pourtant dans la démarche de ce dernier. En plein travail sur de nouveaux morceaux, il s'était mis en tête de s'attaquer à un titre de Trenet. Sur sa lancée, il ne s'est pas finalement pas arrêté.
 
Depuis 2005 et l'album-tournée de Jacques Higelin, c'est morne plaine pour célébrer Trenet. Fanée, un tantinet ternie également par d'interminables affaires d'héritage, la passion portée au chanteur précurseur demandait donc d'être ravivée. En compagnie de deux de ses fidèles acolytes, le guitariste Nicolas Fiszman et le batteur Denis Benarrosh, Biolay tranche dans le vif : il zappe le Trenet boute-en-train, ou tout du moins joyeux et jovial, pour n'en dévoiler que la face mélancolique. Y'a de la joie, Le soleil et la lune, Je chante, Douce France sont de ce fait spontanément écartées. Même sort pour La mer. En lieu et place de ces rengaines populaires, des titres moins immédiats dans la mémoire vive tels que Coin de rue, J'ai ta main ou Le grand café.
 
Benjamin Biolay ne succombe jamais à la tentation de la surenchère. Grâce à des arrangements sophistiqués jazzy et une voix de crooner sensuelle, il ne met pas le feu au lac mais redonne aux chansons une autre matérialité, une autre vie. Au fil de cette déambulation apaisante, le trio installe sa langoureuse musicalité. Certaines relectures sont impeccables à l'image de Revoir Paris, chanson dans laquelle il laisse le soin à une trompette finale de faire tomber la neige.
 
Quand il s'empare du classique Que reste-il de nos amours?, Biolay ravive la chose avec la délicatesse requise. Le swing insufflé aux Temps des cerises respecte l'esprit en dépassant la lettre, Le piano de la plage distille une élégance surannée, Vous qui passez sans me voir se passe de paroles et coule sous la pureté de la ligne mélodique, La romance de Paris se joue sur la retenue expressive. En toute fin de parcours, un inédit (La chanson du faussaire) est écrit dans le style Trenet. Et là encore, c'est une belle réussite.
 
 
Benjamin Biolay, Nicolas Fiszman et Denis Benarrosh Trenet (Barclay) 2015
En concert le 29 et 30 juin aux Folies Bergère à Paris

Site officiel de Benjamin Biolay
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