Liane Foly, nouvelle parenthèse

Liane Foly, nouvelle parenthèse
Liane Foly © B. Decoin

Après un silence discographique de huit ans, Liane Foly "relooke" des titres déjà existants. En formule big bang, elle s'empare d'un répertoire à grande majorité masculin et saute de Jean-Louis Aubert à Léo Ferré, de Michel Jonasz à Julien Clerc. Interview.

RFI Musique : Après une si longue absence, n'est-ce pas curieux de revenir avec des reprises ?
Liane Foly : Ces huit ans ont été pleins. J'ai fait deux one-woman-show, avec 250 dates chacun. Il y a eu une pièce de théâtre dans laquelle je me suis éclatée et où je jouais trois personnages*. Je savais que j'allais revenir à la musique, mais je n'avais pas rencontré d'alter ego artistique. J'ai discuté d'un projet chez Sony. Je n'aurais pas su quoi faire. Il fallait que je me retrouve dans la peau de la chanteuse et surtout, il fallait tomber sur le cinquième élément, à savoir Franck Eulry. Cela a été fluide, agréable, on a fait un laboratoire de chansons. J'ai adoré la manière dont il m'a dirigée. Cela me permet, quand j'entends ce qu'on a fait, de préparer sereinement un disque de chansons originales. Mais j'avais besoin d'abord de remettre les compteurs à zéro.

Votre précédent disque Le goût du désir est plutôt passé inaperçu...
Il est sorti en même temps que La folle parenthèse, mon premier one-woman-show. Il était impossible de gérer les deux en même temps, ce qui explique pourquoi ça ne s'est pas bien passé. Il y avait pourtant de très jolies chansons dedans. Mais le disque est en quelque sorte mort-né.
 
Celui-ci, c'est votre envie ou celle de votre maison de disques ?
On en a discuté ensemble et on a trouvé que c'était ce qu'il y avait de mieux pour moi à ce moment de ma carrière. Prendre des chansons à des mecs et les féminiser, ça me plaisait bien. La boîte de jazz, je l'avais en tête depuis longtemps. J'en ai parlé à Michel Jonasz, il a trouvé cela fun. Il est même venu faire les chœurs. Il y a comme un double jeu, la volonté d'être androgyne, ambiguë. Les femmes qui m'ont inspirée, c'est quand même Annie Lennox, Julie Andrews.
 
"Crooneuse", une appellation plutôt rare ?
Un peu. Cela sonnait bien, je trouve. C'est bien de féminiser les mots. On dit bien une auteure, une écrivaine. Je ne suis ni une féministe endurcie ni dans une démarche de révolte. Je suis pour l'égalité des choix, des chances, de sexes.
 
Cela ne vous pose aucun souci de chanter J'aime regarder les filles ?
De courir après les femmes complices, ça ne signifie pas courir après les femmes rivales. C'est coquin, rigolo. Et puis, j'aime regarder les filles pour de vrai, je n'ai pas peur de le dire. Cela vient certainement de mon éducation. Je ne suis jamais dans la jalousie ou la concurrence. C'est ma mère qui m'a appris à être ouverte et bienveillante vis-à-vis des femmes.
 
Le choix de certaines chansons s'est-il fait en résonance avec des moments de votre vie ?
J'ai eu une grosse rupture il y a trois ans et demi de ça et j'ai voulu reprendre Voilà c'est fini (de Jean-Louis Aubert, ndlr). Malgré le constat, elle est lumineuse, j'aime sa nostalgie heureuse. On me voit souvent rire aux éclats, mais j'ai un côté assez grave. J'ai perdu mes parents à quatre mois d'intervalle en 2015. Je me suis sentie orpheline. J'ai pas mal morflé ces derniers temps. Cet album a été un vrai pansement. Il y avait chez moi comme un état d'urgence.
 

Le one-woman-show vous a-t-il permis d'entretenir votre voix ?
C'est encore mieux que ça. De faire les autres m'a rapprochée de moi. En faisant, par exemple, Mylène Farmer, Vanessa Paradis, Jeanne Moreau, j'ai étendu la voix. Je suis allée chercher des notes en médium, en grave, en aiguë. Au départ, j'avais un peu peur de me perdre là-dedans. Au contraire, je me suis trouvée. Vous savez, mon manager avait fait le tour des productions de Paris et personne n'y croyait. Comme je marche au coup de foudre, la parenthèse n'est pas fermée.
 
D'où vient votre suractivité ?
De mon enfance. C'est un rythme que m'a donné ma famille. Il ne fallait jamais s'arrêter et travailler sans cesse : la danse, la musique, le sport, l'orchestre. Je suis assez boulimique de la vie et épicurienne. Et puis le voyage me va parfaitement. Beaucoup d'artistes se plaignent des tournées. Moi j'adore ça. Aller et me perdre dans les villes, ça m'émerveille. Je ne suis pas blasée.
 
Êtes-vous blessée par les critiques sur Les Enfoirés ?
Ce n'est pas agréable quand on est dans la bienveillance, le don de soi et la générosité. Nous sommes des bénévoles, depuis le début. Coluche serait très fier de ce qu'a développé Jean-Jacques Goldman. C'est beaucoup d'investissement professionnel et personnel. Mais c'est très français de réagir de la sorte. Au lieu de se réjouir qu'on soit le seul pays au monde à faire ça, on préfère critiquer.
 
Avez-vous mené jusqu'ici la vie que vous désiriez ?
Oui. Maintenant il faut que je trouve un mari blindé (rires). Sinon, j'ai assouvi pas mal de rêves et de fantasmes. Ce n'est pas terminé, tout peut être possible pour moi. Je serai capable un jour d'arrêter tout ça et de partir dans une autre vie. Audrey Hepburn a donné toute la fin de sa vie aux gens. C'est assez inspirant.
 
Vous voyez-vous chanter âgée ?
Je ne pense pas. Chaque étape mérite son âge. Le théâtre, l'écriture, pourquoi pas. Si je chante encore à 80 ans, j'appellerai mon album Croulante (rires).
 
Liane Foly Crooneuse (Smart/Sony Music) 2016
Page Facebook de Liane Foly

En concert le 10 juin au Casino de Paris