Katerine, à la vie, à l'humour

Katerine, à la vie, à l'humour
Katerine. © Eric Garault

Il aurait eu des désirs de meurtre et serait finalement venu à bout d'un... hérisson. Marqué par le décès de son père, Philippe Katerine livre un album magistral sur la réconciliation avec le monde pendant un deuil. Minimal sur la forme, Le Film pourrait bien être l'un des tout meilleurs albums de Katerine, une pièce maîtresse qui dissimule joliment la peine de cet artiste avec un grand A. Comme dans Absurde ou dAdA…

De prime abord, Le Film sonne comme une collection de chansons loufoques tournant autour d'un piano/voix et d'une contrebasse. "Le piano, je ne connaissais pas vraiment, mais j'en avais entendu parler, dira Philippe Katerine, avec cet humour qui transforme une première rencontre en partie de cache-cache. D'ailleurs, je voulais appeler ce disque "Piano", dans le sens tout doux. Je considère qu'il y a un temps pour tout. Il y a un temps pour danser, pour faire les fous, et puis un autre pour se poser. Avec le piano, on est loin de l'hystérie. C'est un instrument très civilisé et j'avais besoin de ça."

Les chœurs d'enfants rappellent la chorale de Robots après tout, cet album qui avait mené le chanteur au bar du Louxor – j'adooooooore- , mais cette naïveté sonne tout autrement ici. Collage dans la lignée de sa récente carte blanche pour la radio France Inter et hommage à un chansonnier comme Trenet, c'est bel et bien un retour vers l'enfance.
 
Le fil d'une vie
 
Si on a beaucoup plus vu Katerine dans les salles obscures dernièrement que sur des scènes qu'il retrouve ces jours-ci, ce dixième disque emprunte avec parcimonie au cinéma. Il y a bien des bruitages évoquant Jacques Tati, sans doute des clins d’œil à la Nouvelle vague, mais rien qui ne relève explicitement de ses expériences comme acteur et comme réalisateur.  
 
Dès lors, Le Film serait-il une fantaisie tombée à plat ? Ce qui pourrait arriver à n'importe qui, un disque mal nommé ? Ou le fait d'un chanteur trop bon spectateur ? "C'est le plus beau film du monde / Celui qu'on peut voir devant soi / Je ne suis qu'un acteur parmi les autres acteurs / Ne suis souvent figurant parmi les figurants", répond Katerine dans la chanson-titre.
 
Le Film est donc celui de la vie et il vaut mieux prendre du temps pour remonter ce fil. À ce titre, Papa est une clé pour comprendre tout ce qu'il y a autour. "T'aimais pas les chanteurs qui bougent le cul / T'aimais pas les chanteurs qui chantent aigu / Mais tu ne m'en voulais pas / C'était bien comme ça, si c'était bien pour moi...Merci papa... ", affirme cette dernière révérence à un père récemment décédé.
 
Pudeur et poésie
 
Mais tout cela ne nous dit pas pourquoi la notice livrée avec ce Film conte l'histoire d'un chanteur qui, après avoir quitté précipitamment ses vacances en famille, traverse la France en chantant à tue-tête et assouvit ses pulsions meurtrières en tuant un hérisson.
 
Parce que les oripeaux de l'exhibitionniste Katerine cachent bien la pudeur de Philippe Blanchard, sans doute. Qu'il pose en d'autres temps avec ses parents sur la pochette de son disque éponyme, Philippe Katerine, chante avec sa grande fille, Edie, et l'on croira à de l'ironie, alors qu'il s'agit simplement d'imposer son propre "premier degré". Philippe Katerine pourrait être au-dessus du lot (vocalement, notamment…) mais son humour dada est une poésie qu'il cultive soigneusement.
 
Un monde revu et corrigé
 
A bien réécouter Le Film, ce n'est pas le disque de Katerine le plus évident, mais c'est de loin son travail le plus intime. Est-ce parce que Julien Baer, avec qui il l'a enregistré, "se tenait le ventre" chaque fois que Katerine essayait "de jouer un rôle" ? Est-ce le propos qui s'y prêtait ? La forme minimale qui s'imposait ?
 
Alors que la mort est un thème classique, peu de monde aura traité de la façon dont "on se réconcilie avec le monde" après qu'elle a sonné à la porte. La chienne qui a l'odeur douteuse d'un Doudou se mue ainsi en compagne câline, Le bonheur s'immisce dans la moindre minute d'attente et les flâneries le long de La Seine deviennent des moments de joie intense. "Le monde est merveilleux / La vie, c'est merveilleux / Une journée passe / Elle ne sera jamais plus la même", dit Merveilleux.
 
Une vie passe et, on l'a bien compris Monsieur Katerine, le monde ne sera jamais plus le même.

Philippe Katerine Le film (Edie Editions / Cinq7) 2016
En concert les 11, 12, 17 et 18 mai au Flow à Paris puis en tournée.

Site officiel de Philippe Katerine
Page Facebook de Philippe Katerine