Katel, chansons d'hypnose

Katel, chansons d'hypnose
Katel © Franck Loriou

À chaque disque, Karen Lohier, alias Katel, visite des territoires inexplorés. Nouvelle preuve avec ce troisième essai confectionné entièrement par elle-même et qui n'est pas facile d'accès au premier abord, Elégie. Au rythme d'écoutes répétées, le vertige nous gagne tant la voix se révèle fascinante et les harmonies d'une belle richesse.

La photographie de la pochette est d'un jaune solaire. Le regard déterminé fixe l'objectif sans ciller. Contraste marquant avec une approche musicale bâtie sur des brumes. Revoilà ainsi Katel, éloignée des bacs depuis six ans - l'excellent Décorum au succès critique, à défaut d'un succès commercial – mais qui s'était emparée entre temps avec brio de la réalisation du premier disque de Maissiat et du deuxième de Robi.
 
Mélancolique, sombre, sophistiqué. Tels sont les premiers qualificatifs qu'on aurait tendance à adjoindre à cet album. Il s'appelle Élégie. Tout le contenu est dans le titre. "Devant le futur impérial/Des armées de journées debout/ Ne me dites pas que je suis seule/J'ai bu le verre avant vous... ". Ces mots-là sont issus de Cyclones, chanson intime à la majesté terrifiante et qu'on écoute en retenant son souffle. Ils assènent surtout en pleine tête, la véritable identité d'une femme qui ne joue plus à cache-cache avec elle-même.

 
Derrière les sculptures sonores dominées par les claviers, aussi élaborées soient-elles d'un morceau à l'autre, le propos tourne autour du deuil (la fin choisie de sa mère) et de l'amour en fuite. À l'instar récemment de Clarika et de Maissiat, Katel œuvre au service des âmes brisées. Pas de chantage affectif ni d'exhibition malsaine dans ce chant aérien. Juste une forme d'abandon comme on plonge la main dans le courant d'un fleuve, pour en éprouver la force et la fragilité, pour rechercher la sensation.
 
Fixée sur ses disparus (Saisons), hantée par leur absence (Au large), Katel navigue entre abattements et brusques sursauts de révolte. Passe des envolées au récitatif, du souffle au silence. Quête intérieure dans laquelle surgit la voix de Marguerite Yourcenar (Danse sur le lac de Constance) et où les chœurs envahissent l'espace (Echos, Hors-foule).
 
La séduction n'est pas immédiate. Cela réclame une exploration sur la longueur. À chaque nouvelle percée, on y découvre des subtilités et une émotion davantage diffuse. "Ne me parlez pas plus de ma peine/ Ma peine a fait le tour de moi/Mais ce matin dans le soleil/Elle promet qu'elle s'en ira", assène-t-elle en toute fin de parcours dans le titre éponyme. Un peu comme si les astres contenaient un espoir de guérison avec soi et de réconciliation avec le monde. Élégie a la beauté des nouveaux départs.

Katel Elégie (Label At(h)ome) 2016
Site officiel de Katel

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En concert au Café de la danse à Paris le 10 mai 2016