Soan, la victoire est au bout du métro !

Soan, la victoire est au bout du métro !
Soan © Vanessa Filho

Avec son 4e album, Retourné vivre, Soan a voulu retrouver ses musiques d’avant La Nouvelle Star. Cet album est pour lui une véritable résurrection puisqu’il est effectivement "retourné vivre" à Narbonne plutôt que de "rester crever" à Paris. Un album généreux. Seize titres puissants et variés. Urgents. Et à aimer d’urgence.

Le jeune type est debout sur la scène. Œil charbonneux impérial, haut de forme, smoking noir, écharpe rouge, il interprète avec une singulière expérience Alabama Song, écrit en 1930 par Élisabeth Hauptmann, Bertolt Brecht et Kurt Weill. Ce 5 mai 2009, le candidat Soan est sur le point de faire applaudir à tout rompre Brecht et Weill par le très grand public de La Nouvelle Star, sur M6. Avec cette reprise, proche de celle des Doors en 1966, Soan, à 28 ans, entre dans la chanson rock par la très grande porte. Dès ce moment, on se doute que cet outsider peut remporter La Nouvelle Star lors de la finale du 9 juin 2009. "J’avais alors déjà quinze ans de zique, sourit Soan. Mon premier groupe, je l’ai eu à 13 ans. Tendance plutôt folk." 

Julien Decroix, futur Soan, naît le 4 mai 1981 à Annemasse, en Haute-Savoie. A la maison, on écoute Michael Jackson, "mais pas beaucoup de chanson française, à part Michel Sardou, se marre Soan, qui redevient sérieux. Si : Jacques Brel, que mon père m’a fait découvrir en même temps que Janis Joplin." Sur ce point, l’influence paternelle se perpétue jusqu’à nos jours.
 
Mais on n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans… Fidèle à ce principe rimbaldien, Julien quitte le foyer familial en 1998. Il prend la route. Lyon, Albertville. "C’était ma période raggamuffin… Nous avions un sound system avec des potes. Je vivais hip hop… " D’autres projets amènent Soan à Paris. D’abord le théâtre : Cours Simon… Une genèse qui reste évidente dès que Soan met un pied sur une scène.
En 2004, il pose ses valises aux Ateliers Chanson de Paris. "Ça a été une étape : j’ai pu confronter ma musique à celle des autres. Comme en famille… " La galère n’est pas finie pour autant : Soan, chanteur du métro, reprend REM, Leonard Cohen, Radiohead. Sur sa guitare folk, là où Woody Guthrie affichait This Machine Kills The Fascists, lui a apposé Expulser Tue… Autres temps, mêmes mœurs.
 
Du côté des Têtes Raides et de Christian Olivier

Le coup d’accélérateur arrive en 2006 grâce à Christian Olivier, poète rock et âme des Têtes Raides. "Je l’ai rencontré dans un bar, se souvient Soan. Avec Mano Solo, il a été le premier à me faire confiance. Quand c’est Christian Olivier qui te dit que tu écris bien, tu pars au front… " Soan signe alors un contrat avec la société d’édition d’Olivier. Concerts dans les bars sous le regard paternel de ce dernier, approche d’une maison de disques : Mercury, un label d’Universal.
 
Soan a déjà largement de quoi alimenter un premier album, mais Mercury ne donne pas suite. Qu’à cela ne tienne. "Pour charrier Christian, sourit Soan, je lui ai mis un marché en mains : 'ou tu me prends en première partie sur ta tournée, ou je vais à La Nouvelle Star et je crie partout que c’est de ta faute !' Il m’a répondu : 'Pas cap'. Eh bien… si, si ! Au départ, c’était pour faire trois tours de piste… "
 
On connaît la suite : Nouvelle Star 2009, premier album, Tant pis, qui sort dès novembre 2009 chez Sony, et un grand public qui s’ouvre enfin à la chanson cabaret rock de qualité… Suivront deux albums, en 2012 et 2013. Succès d’estime. Fin de l'aventure avec Sony.
 
Le futur de la chanson rock en France
 
Avec Retourné vivre, son quatrième album, nul doute à avoir : Soan est le futur possible de la chanson rock en France. Cet album rejoint et dépasse ses créations précédentes : il y mêle avec maestria des morceaux électriques comme les enthousiasmants Fakir et Anaïs, à mi-chemin de Brel et de Noir Désir, et le bouleversant Un verre sur deux, à mi-chemin de Brel… et de Brel.
 
Cette magie double-face s’appuie essentiellement sur la voix de Soan, harmonieuse, grave, puissante, cassée quand il le faut : "J’ai réappris à poser ma voix en essayant de nouveaux trucs. Écouter Asaf Avidan m’a donné des envies de renouveau… J’ai fait ce disque comme à 14 ans. Pour une fois, j’avais envie qu’un de mes disques ressemble à l’un de mes concerts. Que toutes mes tribus cohabitent."
Exemple : Quand je serai, qui ouvre l’album, mêle, à un mur de guitares électriques, un phrasé et un texte très "chanson française". Un type de texte et de phrasé que l’on retrouve ensuite sur l’émouvant Pustule, cette fois en piano solo… Malgré son titre, Adonaï (Dieu en araméen) balance un sacré coup de poing : Soan y déroule un épatant rap rock et y pose ses mots sur des guitares qui semblent venues du Mali, celles de son ancien guitariste, Grabs.
 
Alors, finalement, en compagnie de Brel, du Mali, de Noir Désir, des Têtes Raides, des Doors, de Kurt Weill, rock et chanson peuvent-ils cohabiter ? "Le rock n’est pas une musique, assène Soan. C’est une vie. Les Bigotes de Brel… Le sortir en 1963 était un acte punk !"
 
Soan Retourné vivre (Note A Bene) 2016
Soan en concert à La Cigale (Paris) mercredi 25 mai 2016

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