Christophe Maé, l'attache-texte

Christophe Maé, l'attache-texte
Christophe Maé © Yann Orhan

Il aura fallu attendre le quatrième album pour que Christophe Maé sorte de sa zone de confort. En adoptant une autre manière de travailler et en s'entourant de Paul Ecole pour la co-écriture des textes, le chanteur élargit sa palette. L'attrape-rêves marque aussi une incursion dans des rythmiques plus urbaines. Rencontre.

RFI Musique : Quel a été le déclic pour enfin s'ouvrir davantage ?
Christophe Maé : Celui de partir des textes. Je n'avais jamais fait ça auparavant. J'avais besoin de me remettre en question, de changer ma manière de travailler. Quand j'ai commencé à faire trois, quatre premiers morceaux il y a un an et demi, ma nana me dit : "C'est pas mal, mais j'ai l'impression d'avoir déjà entendu tout ça". Là, tu prends une tarte dans la gueule ! C'est violent sur le moment sauf qu'elle met le doigt sur quelque chose que je ressens moi aussi. J'intègre donc tout ça et je bouscule ma façon de faire. J'en ai profité pour raconter en écrivant ce que j'avais dans la tronche. 

Estimez-vous que ce soit une sorte de mise en danger pour vous ?
Vous savez, c'est l'envie qu'il faut. Je n'en suis plus à penser à ce que vont dire les gens. Je me lève le matin et c'est mon quotidien. Je ne carbure qu'à cela. Pour ce disque, j'ai passé un an et demi à dix-douze heures par jour. Je gamberge la nuit, je chante des mélodies au dictaphone pour les avoir au réveil. Je suis livré à moi-même, je n'ai pas d'obligations. Du lundi au jeudi, j'étais à Paris pour bosser. Et le fait de m'y plonger quatre jours non stop par semaine m'a permis de rentrer le vendredi dans le Sud pour être avec ma femme et mes fistons.
 
Qu'est-ce qui vous a amené à aller chercher Paul Ecole (auteur notamment du titre Le portrait de Calogero) pour la plupart des textes ?
Je mets le doigt sur un texte qui s'appelle Lampedusa. A la lecture, il y a quelque chose qui me saisit. L'émotion et la justesse étaient palpables immédiatement. Je mets ces mots en musique et je demande surtout à rencontrer l'auteur. On se rencontre et on commence à bosser ensemble. J'avais écrit une bonne partie d'Il est où le bonheur et il manquait juste le pont. Ensemble, j'ai l'impression qu'on a écrit d'une main.
 
 
Vous avez déjà écrit seul des textes, notamment un pour l'album de Line Renaud. Pourquoi ne pas reproduire cette approche ici ?
Parce que je rame. La musique, je sors la première et la dernière note, je sais exactement ce que je ne veux pas. Pour les textes, j'ai un thème bien précis en tête, mais je m'égare. Ce n'est pas mon fort, je ne suis pas le plus doué pour cela. Quand tu as des mecs comme Paul qui te sortent en dix minutes "C'est une bougie le bonheur/Ris pas trop fort d'ailleurs/ Tu risques de l'éteindre..", tu es scotché. Moi je ne pense pas à cette métaphore. C'est une vraie rencontre. On est d'ailleurs lié d'une forte amitié.
 
On retrouve aussi Boris Bergman pour la chanson éponyme. Un fidèle ?
C'est vrai qu'il m'a fait un titre sur chaque album. C'est mon porte-bonheur, Boris. Il est fou de culture amérindienne, de western. Donc là, je l'appelle parce que je savais que mon album s'intitulerait L'attrape-rêves, mais je n'avais pas la chanson. J'ai eu un vrai coup de cœur pour l'objet. Et dans la foulée, il y a cette phrase qui me vient : "Comme l'on vit on rêve/Comme l'on rêve on devient". Je lui dis que je voulais cette phrase dans le refrain. Après je ne m'en sortais pas. Boris, c'est d'un autre niveau. Je n'ai aucun problème d'ego. Je préfère avoir un texte d'un auteur qui déchire que plutôt que d'écrire moi-même juste pour avoir quatre revenus de Sacem en plus. J'ai pris conscience sur le tard que le texte c'était 50% de la chanson.
 
Assumez-vous tous les textes précédents ?
Certains sont plus légers que d'autres. Pour ne rien vous cacher, les paroles du refrain de Dingue, dingue, dingue, ce n'est pas possible. C'est un morceau que je ne joue plus. A quarante balais, je ne me vois plus chanter ça.
 
La touche urbaine est nettement plus marquée sur ce disque, notamment sur le phrasé. Est-ce l'envie du moment ?
Là encore, c'est grâce aux textes que j'ai pu avoir ce flow. Je n'étais pas restreint dans la découpe de l'écriture. Avant je partais de la musique, j'étais donc obligé de respecter la mélodie. Je suis moins dans la démonstration vocale, j'avais une volonté de déchanter. Les tonalités sont vachement plus basses. Envoyer des aigus, je réserve ça pour la scène parce que cela fait partie de moi et que c'est mon énergie aussi. Et puis quand j'avais quatorze ans et que je faisais du skate, j'écoutais de la musique urbaine comme Public Enemy ou Arrested Development.
 
On remarque même la présence de scratches au sein des morceaux...
J'ai fait venir un pote belge, DJ Joss, pour apporter cet aspect que je n'avais pas jamais exploré. Il a samplé et scratché ma voix. C'est assez subtil et cela amène un son moderne.
 
L'album se termine par Ballerine, titre dans lequel vous dites : "Tu pourrais me dire non/Dans ce cas-là tant pis/Tu porterais mon nom/ Si jamais tu dis oui". C'est original une demande en mariage en chanson ?
Sincèrement, je ne pensais pas mettre ce titre sur l'album. Un soir, on était avec les potes, on avait bien fait la fête. Je passe derrière le micro, je fais un guitare-voix. Il y a une telle émotion que tout le monde me regarde et me dit de la laisser sur le disque. Comme celui-ci est personnel, je trouve que cela ne dénote pas.
 
Pourquoi se poser la question "Il est où le bonheur ?". Tout vous réussit, non ?
A un moment donné, j'étais chez moi et je faisais une déprime à la suite de la tournée précédente. Après l'effervescence des dates, c'était le vide. Et j'ai eu cette interrogation. Je suis donc parti de ça pour parler des moments qui m'ont toujours fait basculer dans l'angoisse. On n'a jamais fêté Noël chez moi, mes parents travaillaient. J'ai aussi un problème avec les dimanches. C'est un jour qui me fait horreur, j'ai l'impression que le soir commence à 14h. C'est juste une mise à nu, je ne cherche pas à faire ma pleureuse.
 
Au bout du quatrième album, se fait-on aux critiques qui ne vous aiment pas ?
J'ai l'impression d'être assez épargné. Je ne joue pas à un jeu. Je suis tellement sincère que ça désarme, je pense. Après, il y a des critiques qui peuvent me piquer. Mais paradoxalement, cela va être positif parce que ça va me donner de l'énergie pour remettre le couvert. Personne ne me fera poser un genou à terre. On ne fait jamais l'unanimité. Par contre, quand cela devient très méchant, c'est autre chose. Dans ce cas-là, je fais comprendre qui je suis.
 
Christophe Maé L'attrape-rêves (Warner Music) 2016
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